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EDITO. COP27 : le Macron du verbe est souvent plus vert que celui de l’action

Lors de la COP27 réunie en Egypte, Emmanuel Macron s’est engagé lundi à "ne pas sacrifier" les Accords de Paris sur l’autel de la crise énergétique… L'édito politique de Renaud Dély.
Article rédigé par franceinfo, Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse en marge de la COP27, à Charm el-Cheikh, en Egypte, lundi 7 novembre.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Promis-juré, pas question de renoncer ! Pour mobiliser contre le réchauffement climatique, rien de tel qu’un discours solennel, ambitieux. Le chef de l’Etat a donc décliné son triptyque : sobriété, énergies renouvelables et nucléaire. Il a même lié le climat et la biodiversité, "deux combats jumeaux" ! C’était évidemment le Macron vert qui était de sorti à Charm-El-Cheikh. Et c’est le même qui reçoit aujourd’hui, à l’Elysée, les dirigeants des 50 sites industriels français qui émettent le plus de gaz à effet de serre.

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A l’Elysée on insiste : le chef de l’Etat est décidé à convaincre ces grands patrons d’investir massivement dans la transition écologique. L’enjeu est lourd : les 50 sites en question pèsent pour la moitié des émissions de CO2 de l’industrie française, soit autant que celles de quatre millions de Français. On peut donc penser que l’exécutif veut les contraindre... Mais c’est tout le problème. Le Macron du verbe est souvent plus vert que celui de l’action. Par philosophie politique. Le chef de l’Etat est un libéral qui préfère convaincre que contraindre. Il rechigne à empiler lois, décrets, et règlements. C’est aussi un productiviste, soucieux de ne pas freiner la croissance et l’emploi.

"Notre maison brûle..."

Et au fond, le Président croit à la parole performative, en tous cas la sienne. Au risque que cette parole, trop lyrique, masque des avancées réelles mais plus modestes. On l’a vu quand sa promesse de reprendre "sans filtre" les propositions de la Convention pour le climat a comme annihilé le contenu de la loi finalement votée au Parlement. Or, ce décalage entre le verbe et l’action peut devenir dangereux quand il nourrit la frustration de jeunes activistes. Même un élu Vert, lui-même ancien apôtre de la désobéissance civile comme Yannick Jadot, a récemment fait les frais de leur radicalisation.

Emmanuel Macron n’est d'ailleurs pas le premier chef d’Etat à se laisser emporter par le verbe. Souvenez-vous, un exemple parmi d’autres, pas n’importe lequel. Il y a tout juste 20 ans, au sommet de la Terre de Johannesburg,  Jacques Chirac : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Et il ajoutait : "La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables." Vingt ans plus tard, nous ne regardons plus ailleurs. Nous voyons la catastrophe arriver. Nos dirigeants aussi. Mais avec une certaine sidération, pas toujours garante d’une action à la hauteur.

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