ÉDITO. Autonomie de la Corse : une promesse semée d'embûches pour le gouvernement

L’exécutif presse les élus corses de s’entendre sur un projet de révision constitutionnelle proposant l'autonomie pour l'île, mais il se heurte au Sénat qui met des limites.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Gérald Darmanin avec Gilles Simeoni et d'autres élus corses, pendant une visite du ministre en Corse, le 19 février 2023. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Une révision constitutionnelle à peine approuvée, lundi, avec l'inscription de l'IVG dans la Constitution, et l'exécutif souhaite déjà en enclencher une deuxième, à l'issue beaucoup plus incertaine : un nouveau "statut d'autonomie dans la République" pour la Corse. Le compte à rebours est lancé. Emmanuel Macron voudrait boucler le contenu du texte fin mars. Raison pour laquelle Gérald Darmanin invite les élus de l'Assemblée de Corse, gouvernée par une majorité autonomiste, à un nouveau dîner place Beauvau lundi 11 mars, sur le modèle de celui qui s'y est déjà tenu le 26 février.

Pour avancer, le gouvernement exige au préalable un consensus des élus corses. Ceux-ci se sont accordés sur trois points importants, le "bilinguisme" pour favoriser la pratique de la langue corse, un statut de "résidence" pour limiter la spéculation immobilière et la reconnaissance d'une communauté historique et culturelle, mais ils se divisent toujours sur un quatrième point essentiel.

Le pouvoir normatif des élus corses

Ce point de division, c'est l'octroi aux élus insulaires d'un pouvoir normatif. Jusqu'où pourraient-ils faire leurs propres lois ? Dans tous les domaines hormis les sujets régaliens répondent les autonomistes, alors que la droite penche, elle, pour un "pouvoir d'adaptation" des textes nationaux. C'est l'enjeu principal qui fragilise les chances du gouvernement d'obtenir une majorité des 3/5e au Parlement. L'exécutif se retrouve de nouveau dans la main de la droite, majoritaire au Sénat, qui agite la crainte d'une remise en cause de "l'indivisibilité de la République".

À en croire la place Beauvau, un échec serait d'abord celui d'élus corses incapables de s'entendre et d'une droite sénatoriale bornée. Cette attitude à la Ponce Pilate froisse quelque peu les élus autonomistes. Et elle indique qu'au fond, l'exécutif ne croit pas forcément à ce statut d'autonomie. Une trouvaille dégainée, il y a deux ans, par Gérald Darmanin pour éteindre les émeutes provoquées dans l'île par la mort d'Yvan Colonna, tué en prison par un détenu radicalisé. Une violence qui s'est d'ailleurs réveillée le week-end dernier à Bastia. Des manifestants nationalistes, qui jugeaient bon de rendre hommage à l'assassin du préfet Érignac, ont jeté des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre en renvoyant dos à dos l'État et les élus insulaires coupables de discuter. Ce climat éruptif devrait rappeler les négociateurs à leurs responsabilités : en Corse, quand la discussion échoue, la violence est souvent prête à se réveiller.

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