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Discours de politique générale d'Elisabeth Borne : et maintenant ?

A l’Assemblée, pendant une heure et demie, Elisabeth Borne a décliné sa méthode et sa feuille de route. Peut-on dire que l'exercice est réussi ? L'édito politique de Jean-Jérôme Bertolus.

Article rédigé par franceinfo - Jean-Jérôme Bertolus
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Temps de lecture : 2 min
La Première ministre, Elisabeth Borne, le 6 juillet 2022 à l'Assemblée nationale. (BERTRAND GUAY / AFP)

Il n’est pas certain que ce discours restera dans l’histoire. Des phrases courtes, appliquées, saccadées : pas d’effet oratoire, pas de métaphores percutantes, pas non plus un regard acéré sur la France d’aujourd’hui. Mais Elisabeth Borne est apparue carrée, détendue, souvent souriante, tenant la barre malgré la houle et le chahut sur les bancs de l’Assemblée. 

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A la fin de son discours, tous les députés de la majorité se sont levés et l’ont longuement applaudi, satisfaits du discours d’Elisabeth Borne et sans doute soulagés. Car la Première ministre, décrite comme technocratique et sans épaisseur, est apparue combative et volontaire, avec suffisamment d’autorité pour, déjà, s’imposer comme patronne de la majorité. 

C’est d'ailleurs le paradoxe de la journée : avant de tendre la main aux groupes d’opposition, Elisabeth Borne savait qu'il lui fallait déjà réussir à s’imposer comme Première ministre, afin que sa légitimité à Matignon ne soit plus contestée par les piliers de la majorité et certains de ses propres ministres. 

Que faut-il retenir ?

Elisabeth Borne a surtout montré la vigilance du gouvernement sur tous les fronts. Pêle-mêle, sur celui de l’épidémie de Covid, sur le niveau du déficit budgétaire, sur la nécessité de transformations radicale en matière d’environnement, du dialogue sur les territoires pour éviter les zones blanches médicale, de l’attention portée aux territoires ultra-marins du respect vis-à-vis des forces de l’ordre… Et j’en oublie. Un catalogue, donc, mais peu d’annonces, à l'exception de la renationalisatrion d’EDF et de la reforme de l’Allocation adulte handicapé. Trop se dévoiler, c’est aussi risqué de rompre ce fil du dialogue avec l’opposition qu’elle appelle de ses voeux, cette impérative nécessité du compromis.

Reste un question : avec ce discours de la méthode, est-elle parvenue à tracer le chemin qui va lui permettre de gouverner avec une majorité relative ? En fait, elle a moins esquissé une méthode que souligner sa volonté de travailler avec tous les groupes parlementaires. Elle a martelé l’adjectif "ensemble" près d’une dizaine de fois. Elle a d’ailleurs cité tous les patrons de groupe parlementaires de l’opposition, à l’exception de Marine Le Pen pour le Rassemblement National et de Mathilde Panot pour la France Insoumise. Si la ficelle est un peu grosse, c’est une manière flatteuse de souligner qu’elle compte bien associer l’opposition pour parvenir à bâtir une majorité de compromis. C'est d'ailleurs une approche inédite car sous la Vème République, l'opposition parlementaire a toujours été ignorée, marginalisée. 

Mais au-delà de ces clins d’œil appuyés, Elisabeth Borne est restée flou. Quand elle souligne, "la nécessité d’un dialogue soutenu" qu’elle assure que les syndicats seront écoutés sur la très sensible réforme des retraites, elle ne dit jamais quand, sous quelle forme et jusqu’où. Il lui faut donc transformer l’essai pour Elisabeth Borne : passer de l’étape de l’affichage à de véritables compromis.

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