Ils ont fait l'actu. David Vallée, céréalier qui a perdu presque toute sa récolte à cause de la grêle

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Sandrine Etoa-Andegue revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui vous les racontent. David Vallée, céréalier dans les Yvelines, a perdu 90% de sa récolte à cause de la grêle en juin dernier.

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Radio France
Publié
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David Vallée, agriculteur dans les Yvelines, constate les dégâts sur son exploitation après le passage d'un orage de grêle le week-end du 4 et 5 juin. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

4 juin 2022. Des grêlons de la taille, parfois, d'une balle de ping pong se sont abattus dans une quarantaine de départements céréaliers un peu partout en France, et ont mis à terre des épis de blé, du maïs, du colza ou de l'orge. David Vallée, agriculteur des Yvelines, a perdu 90% des récoltes de cette année. Au lendemain de la tempête, il est "dévasté" : "Il n’y a plus de grains sur les épis. C'était d'une violence ! Je croyais que ça allait casser les fenêtres de la baie vitrée. Je regardais par la fenêtre, mais quand j'ai vu des grêlons arriver, franchement, je suis tombé par terre."

Le gouvernement a promis d'alléger les charges et d'étaler les remboursements des prêts des agriculteurs. David Vallée est agriculteur de père en fils. Installé à Sonchamp, au sud de Rambouillet, il exploite 200 hectares de céréales. À 45 ans, c'était la première fois qu'il assistait à une tempête d'une telle intensité. Et quelques mois après, il reste très affecté. "Franchement, je suis dans le même état psychologique après cet épisode qui a été vraiment très violent. Les champs dévastés, je les ai regardés pendant un mois et demi devant chez moi et c'était juste horrible. Et aujourd'hui, une fois la moisson faite, je crois que c'est même encore pire."

"Il y a tout le côté économique à gérer avec les banques et avec les assurances. Sur le plan psychologique, c'est dur à vivre et compliqué."

David Vallée

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Visuellement, ses champs ressemblent à "des chaumes" par rapport à il y a deux mois, maintenant que tout est récolté. "J’ai pu en tirer quelque chose, mais c'est une partie infime de ce que j'aurais pu récolter. J'ai récolté 10%, en gros, de mes récoltes. J'en ai perdu 90% avec la grêle." L’agriculteur se dit encore traumatisé par la perte brutale de la quasi-totalité de son salaire de cette année. Il s’interroge : "C'est mon salaire de l'année. Aujourd’hui , au lieu de récupérer 100% de mon salaire, j’en ai récupéré 10% et le reste, ce sera avec les assurances. Est-ce qu’elles vont me rembourser 80%, 70% ? Je ne sais pas... 50% ? Je n'en sais rien !"

Ces épisodes météorologiques à répétition l'ont-ils découragé dans la poursuite de son métier ? "On a eu 2016, aussi, où il y a eu beaucoup de pluie. Mais bon, les rendements étaient quand même beaux. Rien à voir avec là. Pour moi, c'est une des plus grosses pertes que je subis. Je me bats mais je suis un peu découragé. Une fois la moisson finie, il m'a fallu deux ou trois jours pour accuser le coup. Ce sera une croix marquée à vie, en espérant ne jamais revivre ça. Et je ne souhaite à personne, à aucun agriculteur, même à mon pire ennemi, de vivre ce que j'ai vécu cette année. C'est très, très difficile."

"Tout ce qui n’est pas vital, il faudra essayer de s'en passer"

Les conséquences pèseront pendant "un an" au moins. "Aujourd'hui, il faut que je réensemence mes parcelles avec du blé que je n'ai pas et qu'il va falloir que j'achète, ou à mes voisins, pour resemer. Il faut que j'achète de l'engrais, dont les prix sont aujourd’hui fois trois plus élevés par rapport au prix habituel, avec une trésorerie au ras des pâquerettes. Donc oui, l'année va être très très dure."

Début juin, il se demandait s’il allait pouvoir nourrir ses enfants. "C'est une réalité. Même si je pense que je vais y arriver avec les assurances, il va me falloir quand même négocier avec les banques, si on peut me faire une pause sur les prêts en cours. Je n’aurais jamais assez de trésorerie pour soit ensemencer, soit rembourser mes prêts, soit donner à manger à mes enfants. Je vais pouvoir leur donner à manger mais ça va être dur. Tout ce qui n’est pas vital, il faudra essayer de s'en passer cette année." 

Être agriculteur reste un "beau métier" malgré les difficultés, "On a l'impression que chaque année, on a une merde qui nous tombe sur la tronche, mais ça a du sens de faire ce métier là" clame David Vallée. Et si ses enfants voulaient reprendre le flambeau ? "Je ne les découragerai pas mais je les inciterai à faire des études au cas où. Mes parents ont fait ça pour moi. J’ai un diplôme et aujourd'hui, si je ne suis plus agriculteur, je peux faire un autre métier, ce que je ne souhaite pas évidemment."

L'accord sur l'exportation des céréales entre l'Ukraine et la Russie a fait baisser les prix du blé. C'est une bonne chose pour la sécurité alimentaire, commente David Vallée. Il reste prudent et se demande si la Russie le respectera sur le long terme.

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