Guerre entre Israël et le Hamas : la bande de Gaza, une peau de chagrin

La population civile de la bande Gaza est acculée au sud du territoire par l’armée israélienne. Alors que les bombardements ne faiblissent pas, les Gazaouis espèrent toujours un cessez-le-feu. Rares sont ceux qui ont pu sortir du territoire pour se mettre à l’abri.
Article rédigé par Frédéric Métézeau
Radio France
Publié
Temps de lecture : 15 min
A l'hôpital européen de Khan Younès le 21 décembre 2023, des Palestiniens pleurent leurs morts tués durant des frappes israéliennes. (SAID KHATIB / AFP)

Jeudi 21 décembre, notre correspondant à Jérusalem Thibault Lefevre reçoit un message vocal bouleversant de la part d'Assia, une jeune femme gazaouie. Son cousin a été retrouvé mort, tué par un sniper israélien dans cette guerre entre le Hamas et Israël. "Il est mort parce qu'il n'a pas trouvé d'hôpital pour le ranimer, raconte-t-elle en larmes. Il a été laissé comme ça. Il n'a que 16 ans. J'ai le coeur qui saigne (...) Parle au monde, dis leur, il faut cesser le feu !"

Sur une vidéo diffusée sur instagram, on voit ce jeune homme, touché à Beit Lahia, inanimé transporté sur une cariole tirée par un âne. Le cocher maintient un pansement sur le cou du blessé pendant que son père, Abou Sajed, lui embrasse les mains. Il décrit le cou de son fils, percé de part en part et raconte que les hôpitaux n'ont plus de canules pour soigner ce type de blessure par balles.

Près de 20 000 morts à Gaza

Selon le Hamas qui est au pouvoir à Gaza et qui a encore tiré des roquettes vers Israël jeudi, plus de 20 000 personnes sont mortes à Gaza. Depuis le début du conflit, on s'interroge sur la pertinence de ces bilans. Je me posais aussi la question quand j'étais en poste à Jérusalem face à ces données. Lors des conflits précédents, ils étaient fiables à 10 ou 15 % près, après recoupement avec les données des ONG et de l'ONU. L'Autorité Palestinienne documente également les bilans car elle a des contacts à Gaza et publie les noms des victimes avec, tant que possible, copie de leur carte d'identité. Mais ceux qui connaissent bien Gaza ou les affaires militaires craignent un bilan sous-évalué étant donné l'ampleur des destructions, les corps toujours sous les décombres, et ceux qui mourront des suites de leurs blessures, de maladies ou de malnutrition. À Gaza, le travail des secouristes est très difficile puisque, parfois, des convois de Médecins Sans Frontières sont attaqués par des habitants à bout de nerfs et dans le plus grand dénuement.

Mercredi 20 décembre, Israël a demandé aux Gazaouis d'évacuer environ 20 % de Khan Younès, la grande ville du sud, déjà saturée de réfugiés chassés du nord. Un nouveau mouvement de population à lieu vers Rafah, une sorte de cul de sac collé à la frontière égyptienne ouverte au compte-gouttes. "C'est une ville qui n'a pas la capacité d'accueillir tous ces déplacés, explique Alice Froussard, correspondante de Radio France au Proche-Orient. Ils manquent surtout de tout. Donc c'est vraiment une confusion, les gens ne savent plus où aller (...) On se retrouve avec des gens qui n'ont même plus de maison, qui n'ont plus d'argent (...) Le froid arrive, la pluie aussi, c'est 'l'enfer sur Terre', c'est comme ça qu'a résumé Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), parce qu'il n'y a plus de nourriture, il n'y a pas d'eau potable, il n'y a plus de soins (...) C'est pour ça que, ce que nous rappellent les docteurs, les habitants, les gens qu'on a pu avoir au téléphone, c'est qu'il y a vraiment cette nécessité d'avoir un cessez-le-feu pour pouvoir avoir une vraie arrivée d'aide humanitaire."

Dans cet épisode : Gwendal Lavina, Édouard Dropsy, Alice Froussard
Technique : Cherif Bitelmaldji
Production : Frédéric Métézeau

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