Congrès Les Républicains : l’art de crier victoire

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Tous les jours, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité.

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Radio France
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Eric Ciotti et Valérie Pécresse lors de leurs prises de parole, jeudi 2 décembre, après les résultats du congrès LR qui les placent en tête. (CAPTURE D'ECRAN)

La position d’Éric Ciotti, arpès le premier tour jeudi 2 décembre du congrès LR, est intéressante, en ce qu’elle comporte une forme de tension. D’un côté, les résultats constituent pour lui une excellente nouvelle : il arrive en tête, alors qu’il a longtemps été présenté comme ne faisant pas partie des favoris. Mais d’un autre côté, Valérie Pécresse a reçu le soutien des trois autres candidats, ce qui le place dans une situation délicate pour le second tour. "J'accueille aujourd'hui cette victoire que j'attendais, que j'espérais, affirme Éric Ciotti, après l'annonce des résultats. La vérité, la clarté en politique finissent toujours par triompher... Ces valeurs que nous avons défendues ont triomphé." Il accueille sa "victoire". Alors, certes, il arrive en tête mais c’est tout de même oublier qu’il reste un second tour ! Ses valeurs ont "triomphé" : peut-être… Mais il faut rappeler qu’il ne dépasse Valérie Pécresse que d’un cheveu (Éric Ciotti et Valérie Pécresse ont obtenu respectivement 25,59% et 25% des voix), ce qui invite à relativiser le terme de "triomphe"

Activer l’effet Bandwagon

La rhétorique est relativement transparente : en présentant son bon résultat avec une telle emphase, Éric Ciotti cherche à activer ce que l’on appelle l’effet Bandwagon. C’est un biais cognitif qui dispose que, dans l’incertitude, les individus auraient plutôt tendance à rejoindre le camp qui leur apparaît comme le plus susceptible d’emporter la victoire. C’est d’ailleurs pour cela que les candidats ne manquent jamais de mettre en avant les sondages quand ils leurs sont favorables : c’est précisément pour tenter d’activer l’effet Bandwagon. Et puis, tout n’étant pas forcément rhétorique, on peut également distinguer une hypothèse psychologique derrière le choix de ce lexique. Éric Ciotti étant dans une situation compliquée pour le second tour, on peut imaginer qu’il n’ait pas résisté au plaisir de crier victoire aujourd’hui, sachant qu’il n’est pas sûr de pouvoir le faire samedi.

Une stratégie différente pour Valérie Pécresse

Sans grande surprise, son, discours a été radicalement différent. Elle ne parle à aucun moment de victoire. Valérie Pécresse insiste beaucoup sur le rassemblement. Elle n’attaque à aucun moment Éric Ciotti, alors que lui ne s’est pas privé de lui réserver quelques piques. Malgré tout, il y a des points communs entre ces discours, dont celui-ci : "Je suis le seul à pouvoir battre Macron en rassemblant tout le peuple de droite", déclare Éric Ciotti. "Je suis la seule à pouvoir battre Emmanuel Macron. Je sais ce que sont les combats difficiles, dit de son côté Valérie Pécresse. Je sais les remporter, je suis une femme qui gagne et qui fait."  

Valérie Pécresse serait la seule à pouvoir battre Emmanuel Macron, et Éric Ciotti serait… le seul à pouvoir battre Emmanuel Macron ! Nous ne retrouvons pas ici uniquement une forme d'effet Bandwagon. Derrière ces affirmations, nous distinguons aussi des arguments de stratégie politique. Éric Ciotti aurait le positionnement le mieux à même de rassembler tous les électeurs de droite. Quant à Valérie Pécresse, elle serait la candidate la plus crédible, et la plus expérimentée. Mais effectivement, chacun cherche à se présenter, non plus comme le futur vainqueur du congrès, mais bien comme le futur président ou la future présidente de la République.

Tenter de paraître vainqueur à l’avance n’est donc pas qu’une forme d’audace politique. C’est aussi un outil rhétorique, qui relève de ce que l’on appelle les prophéties autoréalisatrices. Souvenons-nous en : dans les mois qui viennent, Éric Ciotti et Valérie Pécresse ne seront sous doute pas les seuls que l’on entendra crier victoire ! 

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