En Espagne, la semaine de quatre jours va être testée à grande échelle

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À partir de 2022, le gouvernement espagnol veut tester pendant trois ans la semaine de quatre jours dans 200 entreprises volontaires. 

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Les employés de la marque Desigual participent à un vote sur la réduction de leur semaine de travail de cinq à quatre jours, à Barcelone le 7 octobre 2021. (JOSEP LAGO / AFP)

L’idée de la semaine de travail de quatre jours, sans réduction de salaire, semble avancer à petits pas en Espagne. Lancée par le parti de gauche radicale Más País, fondé par des anciens de Podemos, l’initiative a été reprise par le gouvernement de Pedro Sánchez. Pour l’heure, Más País et l’exécutif espagnol sont parvenus à un accord. À partir de 2022, un projet-pilote sera lancé à grande échelle. L’Espagne va ainsi consacrer 50 millions d’euros pour expérimenter, pendant trois ans, la semaine de quatre jours, qui sera implantée dans 200 entreprises volontaires. L’objectif de ce test est de comparer les entreprises qui auront mis en place la mesure et les autres, afin d’évaluer les effets.

Un pari gagnant pour l'entreprise et les salariés

Mais à Jaén, en plein cœur de l’Andalousie et des champs d'oliviers, la semaine de quatre jours est déjà une réalité pour l’entreprise Delsol. Spécialisée dans le développement de logiciels pour entreprises, elle a été la première en Espagne à l’instaurer, en janvier 2020. Les 181 salariés profitent ainsi de leur semaine raccourcie, sans réduction de salaire. Un pari gagnant, selon la directrice des ressources humaines, Ana Arroyo: "Le bilan est très positif. Cela a été bénéfique aussi bien pour les salariés que pour l’entreprise. Le travailleur a gagné en équilibre émotionnel. Or, un salarié heureux est beaucoup plus productif et, par conséquent, il va faire gagner plus d’argent à l’entreprise. Le taux d’absentéisme a chuté de près de 20% et le chiffre d’affaires a également augmenté de 20%."

Plus de bien-être au travail et dans leur vie personnelle, c’est le constat réalisé par les salariés de Delsol. "Au delà du temps que j’ai gagné pour faire de la poésie, du théâtre ou rendre visite à ma famille, j’ai appris à cuisiner et commencé à faire du sport, s’enthousiasme Pedro Cortés, chargé de communication. Ça a provoqué un changement radical car j’ai complètement changé de style de vie. À tel point que j’ai perdu 46 kilos grâce aux changements qu’a entraîné la semaine de quatre jours et à ma nouvelle façon d’envisager le travail et, en définitive, la vie !"

De nombreux détracteurs

Chez Delsol pas de doute, le test de la semaine de quatre jours s’est avéré concluant. Mais l'initiative n’a pas l’air de plaire à tout le monde en Espagne. L’opposition, le patronat et de nombreux économistes considèrent cette initiative utopique. Ils ne comprennent pas comment cette mesure pourrait fonctionner en Espagne, alors que l'économie souffre déjà d’un grave problème de productivité. “Affirmer que la réduction de 20% du nombre d’heures de travail peut être totalement compensée grâce à la hausse de la productivité, seulement parce que les salariés sont plus heureux car ils travaillent moins de jours par semaine, c’est à mon sens une affirmation téméraire, qui manque profondément de rigueur et ne repose sur aucun fondement”, argumente María Jesús Fernández, économiste chez Funcas, la fondation des Caisses d’épargne espagnoles.

Les détracteurs de la semaine de quatre jours rappellent aussi que l’économie espagnole est faite essentiellement de petites entreprises, orientées vers des secteurs traditionnels à faible technologie. C'est dans ce type de structure que la mesure aura le plus de difficultés à être mise en place. Une chose est sure, la semaine de quatre jours a encore un long chemin à parcourir en Espagne avant d’obtenir un large consensus.

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