À Hong Kong, la loi de sécurité nationale musèle un peu plus encore la contestation

Depuis l’adoption du texte le 30 juin 2020, il n’y a plus de presse ouvertement critique des autorités locales ou centrales, ni d’opposition politique ou intellectuelle.
Article rédigé par France Info
Radio France
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Hong Kong. (ISAAC LAWRENCE / AFP)

Pour mettre fin aux manifestations pro-démocratie de 2019 et faire taire la dissidence, la Chine a imposé le 30 juin 2020 à Hong Kong une loi de sécurité nationale. Depuis, il n’y a eu qu’une seule manifestation autorisée, le 26 mars dernier : une marche pour protester à un projet de terre-plein dans l'est du territoire avec 100 participants maximum, contraints de porter un badge d'identification numéroté et les journalistes tenus au loin.

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Fin mars, une œuvre d'art où figuraient les noms de manifestants emprisonnés à Hong Kong a été retirée d'un immense panneau d'affichage du cœur de la ville et l'avocat de 71 ans Albert Ho, déjà menacé dix ans de prison pour "incitation à la subversion", a été remis en prison. En février, s'est ouvert le plus grand procès collectif de militants pro-démocratie : 47 personnes jugées pour avoir enfreint la loi sur la sécurité nationale. Le 25 septembre, c'est Jimmy Lai, le magnat de la presse pro-démocratie âgé de 75 ans, qui sera jugé pour "atteinte à la loi de sécurité nationale". Il risque la prison à perpétuité. 

"Effet glaçant"

En plus de museler la presse ou l’opposition, cette loi a aussi un effet dévastateur dans les campus et dans les écoles. Étudiants et enseignants décrivent un climat d’autocensure et de peur. Les questions politiques ont été évacuées des conversations. Un exemple est assez symbolique : la fermeture des "murs de la démocratie", où depuis des décennies dans toutes les universités, les étudiants pouvaient publier toute sorte d’avis, des pamphlets. Aujourd’hui, ils sont, au mieux, réduits à des petites annonces. 

"J’appelle cela l'effet dissuasif ou l’effet glaçant", qualifie l’un des rares enseignants qui a accepté d’être cité, le professeur Kenneth Chan, maître de conférences en sciences politiques, et ancien député du Civic Party, un parti de l’opposition pro-démocratie.

"Dans toutes les universités de la ville, les collègues ne cessent de se demander s'ils ont franchi une ligne interdite, s'ils ont pénétré une zone rouge."

Kenneth Chan, professeur et ancien député

à franceinfo

"Certains redoutent également que les étudiants chinois du continent se plaignent d’eux", ponctue le professeur Kenneth Chan.

Un effet d’intimidation indéniable. Pourtant, les changements sont peu perceptibles aux yeux des visiteurs. Si cette loi touche les libertés politiques, les délits d’opinion, la liberté d’expression et la liberté de la presse de manière drastique, elle n’a quasiment aucun effet sur les autres aspects de la vie quotidienne.

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