"En thérapie", une série thérapeutique ?

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La série "En thérapie" connait un vrai succès d'audience. Au point d'inciter certains à faire une psychanalyse ?

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Radio France
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La saison 2 de la série "En thérapie" diffusée sur la plateforme d'Arte à partir du 31 mars.  (ARTE)

La saison 2 de la série événement d'Arte En thérapie dont l'intégralité des épisodes a été mise en ligne le 31 mars, a atteint des records d'audience avec plus de 7 millions de vues en une semaine. Preuve que cette série suscite un vrai engouement.

Frédéric Pierrot reprend, un an après le tournage de la première saison, le personnage de Philippe Dayan, psychanalyste empathique et à l’écoute. L'occasion de s'interroger avec vous, Claude Halmos, sur l'influence que peut avoir cette série.

franceinfo : le succès d'En thérapie peut-elle rendre la démarche d'aller voir un psychiatre plus facile ?

Claude Halmos : La situation est paradoxale : les "psys" sont présents aujourd’hui dans à peu près tous les domaines, mais l’idée de les consulter pour soi suscite toujours beaucoup de craintes, et surtout de malentendus. La personne à qui l’on conseille de le faire peut donc penser que l’on juge son état plus grave, plus pathologique que ce qu’elle même en ressent. Et donc plus proche de la frontière qui, dans l’imaginaire collectif, est supposée séparer le mal-être, de la maladie. Frontière qui est parfaitement illusoire, mais qui empêche encore malheureusement beaucoup de gens de demander de l’aide, et sur laquelle une série comme En thérapie peut avoir une influence.

Cette série est-elle réaliste, selon vous ?

La série ne donne pas une vision théorique et abstraite des consultations ; elle nous plonge dans leur réalité, avec de vraies personnes. On peut donc s’imaginer à leur place, trouver, dans leurs difficultés, un écho des siennes. Et surtout ne plus raisonner en termes de pathologie, et de diagnostics, mais de souffrance. Et d’une souffrance dont on voit bien qu’aussi terrible soit-elle, elle peut s’apaiser si l’on en comprend les causes.

Quant au "psy", c’est, lui aussi, une vraie personne, que l’on peut trouver, comme dans la vie, sympathique ou non, mais qui montre bien comment il peut accueillir un patient et l’aider à faire ce travail. Et puis cette série parle aussi aux téléspectateurs parce que les problématiques qu’elle évoque sont en prise avec la réalité de notre époque.

Pourquoi, selon vous, En thérapie parle aux téléspectateurs ?

La psychanalyse a découvert que les problèmes dont nous souffrons, proviennent en général de graines qui ont été semées en nous dès l’enfance, et qui se sont ensuite développées, tout au long de notre vie. Le travail thérapeutique oblige donc le patient et l’analyste à se promener à travers les époques et à être de ce fait, d’une certaine façon, comme hors du temps. C’est inévitable mais cela conduit malheureusement trop souvent les professionnels à oublier le rôle du présent, et de ses réalités, alors qu’elles sont d’une importance essentielle. Parce que certaines, liées à l’économie, ou à l’état du monde, sont si terribles qu’elles pèsent lourdement même sur les personnes les plus solides ; et au-delà d’elles d’ailleurs, sur leur descendance. Il suffit de penser à l’Ukraine pour le comprendre.

En thérapie met en scène une "psy" qui n’est pas hors du temps, mais inscrite dans les souffrances de l’époque : les attentats pour la première série, le Covid pour celle-ci. Ce qui veut dire que cette série, très utile aux patients, pourrait peut-être aussi aider des psys à atterrir enfin dans leur époque…

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