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Ukraine : des enfants dans la guerre

7,5 millions d’enfants vivaient en Ukraine avant le déclenchement de la guerre. Ils sont aujourd’hui sous les bombardements, dans des caves, ou en fuite avec leurs parents.

Article rédigé par franceinfo, Claude Halmos
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Nancy, 19 mars 2022. Arrivée d'un bus avec 100 réfugiés de guerre ukrainiens ayant transité par Lublin (Pologne) avant d'arriver à Nancy.  (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Avant le déclenchement de la guerre par Poutine en Ukraine, 7,5 millions d'enfants vivaient dans ce pays. La moitié désormais sont en fuite, et ceux qui restent sont sous les bombes, ou survivent dans des caves, ou en fuite avec leurs parents.
Nous revenons aujourd'hui avec la psychanalyste Claude Halmos sur la tragédie que vivent ces enfants.

franceinfo : Quelles sont les conséquences que cette guerre peut avoir sur leur avenir ? 

Claude Halmos : Cette guerre où les hôpitaux, les maternités, et les crèches sont bombardés, semble s’acharner sur les enfants. Peut-être parce que, la mort de son enfant étant la pire chose qui puisse arriver à un être humain, tuer les enfants ukrainiens est une façon très sûre d’abattre leurs parents. Et les enfants qui survivent sont soumis à des traumatismes d’une extrême gravité.

Ils ont vu disparaître brutalement tout ce qui faisait leur univers : leurs maisons, l’environnement au dehors (devenu méconnaissable), et les activités qui scandaient les journées ; ce sont désormais les sirènes, et les bombardements qui scandent le temps. Ils ont été séparés, sans être sûrs de les revoir, de beaucoup de leurs copains, et de leurs proches quand ce n’est pas, de leurs pères. Ils vivent dans le froid, la faim, la soif, et surtout dans l’omniprésence de la mort ; et donc la terreur.  

Quels sont les risques pour ces enfants ?  

Les traumatismes sont particulièrement destructeurs pour les enfants, parce qu’ils sont des êtres en construction. Surtout quand, comme dans une guerre, leurs parents, qui sont le pilier essentiel de leur sécurité, sont eux-mêmes bouleversés.

Ils sont donc la proie d’angoisses, de cauchemars, ou de maladies par lesquelles leurs corps essaient d’expulser l’horreur. Certains régressent (cessent d’être propres, par exemple) pour tenter de revenir, imaginairement, à une époque de leur vie, où il n’y avait pas la guerre.

Et le risque majeur est (comme pour les adultes) qu’ayant perdu tous leurs repères, ils se perdent eux-mêmes, et deviennent "fous". Donc, pour l’éviter, certains (de façon à ne pas tout ressentir), "débranchent" une partie d’eux-mêmes, et constituent ainsi une "mémoire traumatique".    

Comment accueillir, et aider ces enfants ?  

Il faut éviter le piège de croire qu’ils pourraient "oublier". Et ne pas être dupe de l’air qu’ils peuvent avoir, d’aller bien : c’est l’effet de l’amnésie traumatique, une fuite de la réalité, ou même une volonté de préserver leur entourage. Et il faut se souvenir qu’un enfant ne peut utiliser sa capacité de résilience que si on lui donne des points d’appui très solides.

Il faut donc aider ces enfants à avoir aujourd’hui, la vie la plus normale et heureuse possible. Mais les aider en même temps, à garder le lien avec ce qu’ils ont été avant ; avec l’Ukraine, et leur vie là-bas (qu’ils peuvent raconter, ou dessiner), et surtout avec leur langue. Ce qui est fondamental pour qu’elle ne devienne pas la langue de l’oubli, celle dans laquelle les horreurs qu’ils ont vécues resteraient cachées.

L’enjeu est qu’ils ne gardent pas, enfermée en eux, une mémoire traumatique qui pèserait sur leur vie, mais aussi, en se transmettant inconsciemment, sur celle de leurs descendants.              

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