"Comme l'impression d’avoir été cocufié" : à Marseille, le remplacement annoncé de Michèle Rubirola à la mairie ne passe pas

Michèle Rubirola, élue maire de Marseille en juillet à la tête d'une liste d'union de la gauche, a annoncé mardi sa démission. Elle a exprimé son souhait de voir son premier adjoint socialiste, Benoît Payan, prendre la tête de la ville. "Un déni démocratique", dénonce l'opposition.

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Michèle Rubirola et Benoît Payan lors de l'élection du maire de Marseille, le 4 juillet 2020, à Marseille. (ALAIN ROBERT / SIPA)

"J'ai comme l'impression d’avoir été cocufié par la décision de Michèle Rubirola", explique à franceinfo Maxime, un militant du Printemps marseillais. Comme nombre d'habitants de la cité phocéenne, Maxime ne cache pas sa déception après l'annonce de la démission de Michèle Rubirola, mardi 15 décembre, moins de six mois après son élection sur une liste d'union de la gauche inédite. Opérée à la fin de l'été, cette médecin de 64 ans justifie sa décision notamment par des raisons de santé, mais évoque aussi "la crise sanitaire et économique". Le premier adjoint, le socialiste Benoît Payan, est déjà désigné pour lui succéder : "Je souhaite que notre binôme continue, mais s'inverse."

"Marseille a besoin d'un urgentiste à sa tête."

Michèle Rubirola

à franceinfo

Au lendemain de ce renoncement, certains militants ont l'impression d'être les "dindons de la farce", comme l'affirme Sébastien sur Twitter : "J'ai le sentiment envahissant d'avoir été pris pour un con." Près de la Canebière, des Marseillais partagent également leur incompréhension. "Si Michèle Rubirola est arrivée à ce poste, c'est portée par un sentiment citoyen. Là, on a une démission qu'on ne comprend pas sur des enjeux qu'on ne maîtrise pas, confie sur franceinfo Dimitri. Et on va se retrouver avec quelqu'un qui n'a pas été élu pour ça. Donc oui, on peut parler de déni de démocratie."

"Elle n'avait pas envie d'être maire"

La démission de la première femme maire de Marseille provoque des remous dans le Vieux-Port. L'opposition n'hésite pas à dénoncer "une tambouille politicienne". "Ce n'est pas respectueux des Marseillais et de la démocratie, avec ce tour de passe-passe qui consiste à juste inverser les sièges", s'agace la députée LREM Claire Pitollat. Si elle "estime qu'elle est fatiguée", Renaud Muselier, président LR de la région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, lui souhaite "un prompt rétablissement. Mais elle ne peut pas être première adjointe. Il faut qu'elle prenne de la distance.

"Mais première adjointe, ce n'est quand même pas la même chose. Quand vous êtes maire de Marseille, vous êtes sur le qui-vive 24 heures sur 24", répond-on dans l'entourage de Michèle Rubirola. Reste que plusieurs élus de l'opposition estiment que l'affaire était entendue depuis longtemps entre Benoît Payan et la tête de liste Michèle Rubirola. "Je pense que tout était négocié et qu'il n'a jamais été question que madame Rubirola fasse six ans à la tête de la ville", estime le sénateur RN Stéphane Ravier.

"Ils ont été surpris de gagner et Michèle Rubirola s'est dit : 'Flûte, je ne suis pas faite pour naviguer dans les eaux troubles de la politique marseillaise'."

Stéphane Ravier, sénateur RN

à franceinfo

Ils sont plusieurs à évoquer les confidences de la candidate Rubirola pendant la campagne. "En privé, elle ne s'est jamais cachée de dire partout qu'elle n'avait pas envie d'être maire, affirme l'élu LR Yves Moraine. Elle ne voulait pas des contraintes que représentait le poste." Le journal Le Monde raconte qu'au cœur de l'été, la nouvelle édile a confié à un interlocuteur : "Tu es au courant que je ne reste que trois mois ?"

"Baron noir, c'est un amateur"

Mais quel était l'intérêt d'un tel stratagème et pourquoi n'avoir pas placé Benoît Payan dès le départ en tête de liste ? "Au début du Printemps marseillais, Benoît Payan s'est retrouvé face à deux obstacles : les membres de la société civile ne voulaient pas d'un PS passé par tout le système Guérini, et Mélenchon refusait un socialiste en tête de liste pour des raisons politiques. Donc ils sont allés chercher Rubirola", explique l'opposant Yves Moraine. "Le personnage de la série Baron noir, c'est un amateur, un enfant de cœur à côté de ce qu'il se passe aujourd'hui à Marseille", commente l'élu RN Stéphane Ravier. 

"Les Marseillais peuvent se sentir floués, fustige aujourd'hui l'élue d'opposition Catherine Pila (LR). Ils ont fait le choix d'une femme, écologiste, en dehors des partis, et on leur impose un futur maire qui est un pur produit du système socialiste, un bébé Guérini." 

"Ce sont des magouilles politiques, ils ont trahi leurs électeurs."

Catherine Pila, élue LR

à franceinfo

L'opposition est désormais unanime pour réclamer une nouvelle élection. "Tout ça n'est pas clair, ni honnête, donc j'en appelle à un retour aux urnes", réclame Stéphane Ravier. "Il faut que le Printemps marseillais retourne devant les électeurs pour qu'il y ait une offre politique claire", complète la députée LREM Claire Pitollat. "Tout cela, c'est de la politique politicienne, balaye le socialiste Patrick Mennucci, lui-même candidat à la mairie en 2014. Il y a une majorité élue et Benoît Payan va pouvoir être élu maire. Ce n'est pas la première fois que des gens se font élire maire, avant de faire autre chose. Pour moi, les gens ont voté pour les idées du Printemps marseillais, pas seulement pour Michèle Rubirola."

"La ficelle est grosse"

Avant de pouvoir prendre place dans le fauteuil de maire, Benoît Payan va de toute manière devoir passer l'épreuve du conseil municipal qui doit se réunir afin de procéder à l’élection d’un nouveau maire et de ses adjoints. Selon France 3, ce conseil municipal devrait se tenir le lundi 21 décembre. Le troisième tour au mois de juillet avait déjà donné lieu à une journée mouvementée, entre conciliabules et suspensions de séance. "Je pense que les choses sont déjà bouclées, et la ficelle est grosse", peste l'élu LR Yves Moraine. On va élire un nouveau maire avant Noël pour que les fêtes passent dessus et que les Marseillais oublient, c'est un déni démocratique grave."

Mais pour beaucoup, Michèle Rubirola était le ciment de l'alliance du Printemps marseillais qui était parvenue à prendre la mairie, après vingt-cinq ans de règne de la droite. "Benoît Payan sera sans doute très bien, mais j'étais tellement heureux d'avoir participé à l'élection d'une femme, qui n'était pas une politicienne", regrette encore Maxime, qui a activement participé à la campagne. Pour l'élue LR Catherine Pila, le Printemps marseillais se retrouve affaibli et rien n'est joué. "Comment, avec leur alliance déjà fragile, peuvent-ils envisager d'élire quelqu'un qui ne fait pas l'unanimité ?"

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