Collégienne kosovare expulsée : une enquête administrative ouverte

Devant la polémique, le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'il allait faire la lumière sur les conditions d'éloignement de Leonarda.

Le ministre de l\'Intérieur Manuel Valls, lors d\'un déplacement à Chambéry, le 11 octobre 2013.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, lors d'un déplacement à Chambéry, le 11 octobre 2013. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Leonarda a dû quitter ses camarades, mercredi 9 octobre, alors que sa classe était en route pour une sortie scolaire. Ces faits ont été révélés après la publication lundi d'un article sur le blog de Réseau éducation sans frontières (RESF), hébergé par Mediapart. Depuis, les conditions de l'expulsion de cette collégienne rom kosovare de 15 ans scolarisée dans le Doubs font polémique. Francetv info revient en trois points sur cette expulsion controversée.  

1RESF dénonce l'arrestation

Dans son texte, RESF affirme que Leonarda, collégienne de 3e scolarisée à Pontarlier dans le Doubs, a été contrainte par la police de quitter le car en pleine sortie scolaire, malgré les protestations de sa professeure d'histoire-géographie.

L'association ajoute que sa famille, qui occupait un appartement "dans le cadre de la prise en charge des demandeurs d'asile", avait été arrêtée un peu plus tôt, en l'absence de la jeune fille. Toute la famille a finalement été expulsée par avion vers le Kosovo, en début d'après-midi le 9 octobre, pour rejoindre le père de famille, expulsé la veille.

Dans l'article de RESF, les professeurs de l'établissement de Leonarda se déclarent "profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue". Mercredi sur France Inter, Gérard Guinot, de l'Association de soutien aux sans-papiers, décrit la scène de l'arrestation de Leonarda. Il évoque une jeune fille "en pleurs".

2L'Etat donne sa version des faits

La préfecture du Doubs a raconté une scène assez différente de celle décrite par RESF : "Les choses se sont déroulées sans coercition et sans incident. C'est un éloignement triste, mais tous les recours légaux avaient été utilisés". Une version confirmée par le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, qui détaille le déroulé des faits et rappelle que la famille faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, selon la préfecture.

"Constatant que l’une des enfants était absente [au moment de l'interpellation de la famille], un membre du comité de soutien de la famille a, en présence de la mère, appelé cette jeune fille sur son téléphone portable", explique le communiqué. "Il a été convenu (...) de laisser la jeune fille sortir du bus afin de lui permettre de rejoindre sa famille", affirme également le ministère. "Elle a été prise en charge par les policiers et ramenée à sa mère avant de partir pour Lyon et de décoller avec sa famille en direction du Kosovo", a de son côté précisé le secrétaire général de la préfecture.

Manuel Valls, vivement critiqué à gauche pour ses propos niant la volonté d'intégration d'une majorité de Roms, a rappelé qu'il appliquait "avec fermeté les décisions d'éloignement tout en veillant scrupuleusement au respect des droits des étrangers". Son ministère a tenu à clarifier que le cas de la famille de Leonarda était un "cas d'immigration irrégulière qui n'a rien à voir avec les campements illicites de roms".

3Deux enquêtes en cours

Mercredi matin, les services du Premier ministre ont annoncé l'ouverture, par Manuel Valls, d'une "enquête administrative" sur les "conditions d'éloignement" de Leonarda. Ils ont expliqué que l'objectif était de "vérifier si l'ensemble des règles ont été respectées".

Précisant que l'affaire avait été évoquée lors d'une conversation entre le président de la République, le Premier ministre, et elle-même, Najat Vallaud-Belkacem a relevé qu'il "y a des divergences d'appréciation sur la façon dont les choses se sont réellement passées" et qu'une enquête devait faire la lumière sur le déroulement des faits. 

Le Défenseur des droits, Dominique Baudis, a également ouvert une enquête. Il s'est autosaisi du sujet après avoir obtenu l'accord de la famille de l'adolescente. Son avis et éventuellement ses recommandations sont attendus d'ici à quelques semaines.