Référendum sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : une campagne électorale largement improvisée

La consultation sur la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes aura lieu dimanche dans toute la Loire-Atlantique. La participation s'annonce faible, et cela tient sans doute à une campagne laborieuse et déséquilibrée.

Un militant colle des affiches invitant à voter \"non\" au projet d\'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le 13 juin 2016.
Un militant colle des affiches invitant à voter "non" au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le 13 juin 2016. (LOIC VENANCE / AFP)

Le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes a beau être un dossier qui traîne depuis une cinquantaine d'années, la consultation qui doit permettre de clore le débat est organisée dans la précipitation. Ce n'est que lundi 20 juin puis mercredi 22, à quelques jours du scrutin, que le Conseil d'Etat a confirmé que le vote aurait bien lieu dimanche, après avoir rejeté tous les recours des opposants.

Avant ça, ce n'est que début avril qu'a été annoncée la date du référendum, par la suite devenu simple "consultation", même si Manuel Valls a promis à l'Assemblée que le projet serait retiré si le "non" l'emporte.

Un document d'information critiqué

Conséquence de cette relative improvisation, la Commission nationale du débat public (CNDP), organisme indépendant, a dû produire un document d'information à l'attention des électeurs en seulement un mois. Le document de 17 pages, consultable en ligne, entend faire le point sur les éléments du débat (état des lieux de la situation actuelle, historique du projet, impacts du projet, etc.) et lister les arguments du camp du "oui" et du camp du "non", à égalité.

La CNDP, par la voix de son président Christian Leyrit, a le "sentiment d'avoir donné une vision objective du sujet". Son document est pourtant pointé du doigt par les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et par Mediapart. François Beaulieu, le porte-parole de l'association Naturalistes en lutte, cité par Le Parisien, estime que la promesse d'objectivité n'est tenue qu'en façade : "Il y a d’un côté des faits scientifiquement démontrés, comme le fait que le terrain abrite cinq zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique. De l'autre, on leur oppose des platitudes, s’indigne-t-il. Comme si l’on disait que la terre est ronde, mais que certains croient qu’elle est plate !"

Mediapart reproche aussi à la CNDP de ne pas avoir fait de travail d'enquête, mais plutôt une "juxtaposition" de "points de vue contradictoires" qui ne suffit pas à créer un "discours juste". Parmi les griefs retenus : le fait d'avoir passé sous silence des rapports hostiles au projet, d'omettre des éléments, de choisir des termes contestables (comme "transfert" ou "saturation") ou de minimiser certaines données. Parmi celles-ci, l'impact sur l'agriculture locale ou le coût total du projet. Celui-ci ne prendrait pas en compte la ligne ferroviaire à grande vitesse prévue pour la desserte de l'aéroport ou la contribution financière des collectivités locales au projet (ce dernier point figure pourtant bien dans le document.)

Pas d'envoi d'information par courrier

Mais au-delà du fond, la forme aussi pose problème. Comme le fait remarquer Julien Bayou, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts, contacté par francetv info, "les professions de foi sont d'habitude envoyées par papier, ne serait-ce que pour que les gens sachent qu'il y a un vote. Là, non seulement le document n'est pas à la hauteur de l'enjeu, mais en plus il n'est disponible qu'en ligne, à une adresse dont, même moi, je ne me souviens pas."

"Pour trouver de l'information, il faut que tout le monde aille sur internet. Mais ma mère, par exemple, n'a pas de connexion", renchérit François Verchère, coprésidente du Collectif d'élus doutant de la pertinence de l'aéroport (CéDPA). "Le mieux aurait été qu'ils proposent aux partisans et aux opposants de rédiger une page, un document par camp, à envoyer aux électeurs. La formule retenue n'est pas digne d'une démocratie moderne."

Ce référendum est la première consultation locale de ce type à avoir lieu en France. Face à la presse, le préfet de Loire-Atlantique, Henri-Michel Comet, admettait le 8 juin : "Nous sommes dans une démarche où nous inventons largement les règles".

Des appels aux dons pour financer la campagne

De fait, les conditions d'organisation sont un peu particulières. Il n'y a pas de financement public pour les campagnes, et pas de panneaux électoraux pour coller les affiches. Cela signifie que, financièrement parlant, chacun fait comme il peut. Europe Ecologie-Les Verts a, par exemple, misé sur une série "d'appels téléphoniques" passés par des bénévoles. L'objectif ? Aiguiller les votants, notamment en proposant des procurations aux opposants qui ne pourraient pas aller voter. "Le coût de ce dispositif est d'un euro par heure", explique Julien Bayou à francetv info, "le tout financé par un appel aux dons". Des dons qui servent aussi à financer les actions menées sur place : distributions de tracts, réunions publiques, affichages... "On n'a pas de moyens", déplore Julien Bayou qui considère que "cela crée un déséquilibre terrible". Le Cédpa, par la voix de Françoise Verchère, confirme de son côté avoir récolté 40 000 euros de dons.

L'association Des ailes pour l'Ouest, qui regroupe des partisans du projet dit, elle, avoir réuni un budget de 50 000 euros, constitué à partir des cotisations des adhérents. Un porte-parole de l'association affirme à francetv info que les opposants au projet "ont imprimé cinq fois plus que de tracts que nous, 500 000 contre 100 000 de notre côté. Ils ont plus de moyens que nous, ils ont les écologistes derrière eux."

Des pratiques contestables ?

Concernant le financement, des élus pro-aéroport sont accusés d'utiliser les moyens de l'Etat. "Il y a des maires qui écrivent à leurs administrés pour leur conseiller de voter 'oui', ou qui font des campagnes d'affichage public, le tout financé avec l'argent du contribuable", accuse Julien Bayou"On compte plein de cas d'utilisation du bulletin municipal pour la campagne, renchérit Françoise Verchère. Et quand on le dénonce auprès de la préfecture, ils nous disent de déposer un recours." 

Mediapart pointe du doigt le cas du maire du village de Mouzeil, au nord de Nantes, qui se prononce pour le projet d'aéroport dans l'édito du journal municipal. Contacté par francetv info, Hervé Bréhier se défend : "Je n'ai jamais utilisé le journal à des fins de campagne politique. Ici, ce n'est pas une question de politique politicienne, c'est une question d'aménagement du territoire. Je ne fais qu'informer mes administrés d'une question que j'ai suivie de près lorsque j'étais au conseil général." 

Un porte-parole de l'association Des ailes pour l'Ouest (pro-aéroport) affirme aussi à francetv info "ne voir aucun problème au fait que les élus puissent exprimer leur opinion dans le journal municipal." Dans les rues de Nantes, le journal Libération note, lui, un affichage sobre mais neutre de la part des pouvoirs publics, la région ou le conseil général, pourtant en faveur du projet : "Ne restez pas sans voix ! Votez", ou tout simplement la question du scrutin précédé des mentions "oui" et "non".

Internet comme champ de bataille

Du coup, la campagne s'est déplacée sur le web. Chaque camp a sorti une série de vidéos pour défendre ses arguments. Du côté des anti-aéroports, le Collectif passager a publié cinq mini-films, réalisés de manière bénévole.

Du côté du "oui", c'est l'association Des ailes pour l'Ouest qui s'est chargée de produire des spots, réalisés par des vidéastes rémunérés mais anonymes. Pour un coût total de 60 000 euros, selon Alain Mustière, le président de l'association, cité par Libération.

Et là encore, l'absence de cadre légal bien défini permet quelques dérives. Libération a repéré une page Facebook pro-aéroport qui publie les spots de l'association Des ailes pour l'Ouest en les sponsorisant pour toucher un maximum de gens. Julien Bayou confirme lui aussi avoir vu ces procédés de "publicité ciblée sur Facebook, très efficace, mais illégale". La publicité est en effet interdite par le Code électoral qui encadre cette consultation. Questionné à ce sujet, le président de l'association Des ailes pour l'Ouest répond à Libération que "sur les réseaux sociaux, on ne contrôle pas grand-chose, les gens se réapproprient les choses".