Désamour des Français envers les parlementaires : Patrick Kanner regrette "une forme de schizophrénie chez nos concitoyens"

"Ce sont les mêmes concitoyens qui nous demandent plus de services, d'équipements, mais qui considèrent qu'une fois que ces services sont rendus, on peut jeter le bébé avec l’eau du bain, en l'occurrence les élus locaux et nationaux", affirme le sénateur.

Patrick Kanner, le 17 juillet 2019 à Paris
Patrick Kanner, le 17 juillet 2019 à Paris (THOMAS SAMSON / AFP)

"Nous avons un problème de crise de société, de crise de la démocratie", a regretté sur franceinfo lundi 12 août Patrick Kanner, sénateur socialiste du Nord et ancien ministre des Sports, au lendemain d'un sondage paru dans le Journal du Dimanche. Selon cette enquête Ifop, plus de huit Français sur dix ont une "bonne opinion" des maires, mais la proportion tombe à 33% quand il s'agit des députés et sénateurs.

franceinfo : Comment analysez-vous ce sondage ?

Patrick Kanner : Je remarque une forme de schizophrénie chez nos concitoyens, qui est extrêmement inquiétante et triste. Ce sont les mêmes concitoyens qui nous demandent plus de services de proximité, plus d'équipements pour leurs enfants et parents, mais qui considèrent qu'une fois que ces services et équipements sont rendus, on peut jeter le bébé avec l’eau du bain, en l'occurrence les élus locaux et nationaux.

Vous avez ce même type de réactions au niveau national : "D'accord pour diminuer de manière drastique le nombre de parlementaires, mais surtout ne touchez pas à mon député ou à mon sénateur". Nous avons un problème de crise de société, de crise de la démocratie. Il y a une forme de manque de reconnaissance, qui traduit un malaise dans le fonctionnement de la démocratie dans notre pays.

Il faudra analyser ce phénomène de très près. C'est d'ailleurs ce que le Sénat va faire, avec cette mission d'information qui devrait accompagner la commission des lois, qui a décidé d'envoyer un formulaire aux 35 000 maires de France pour leur demander comment eux vivent leur relation avec leurs concitoyens.

Un projet de loi sur le statut de l'élu sera présenté au Sénat à l'automne. Selon vous, peut-il aider à retisser ce lien qui s'est distendu avec les citoyens ?

Sûrement et c'est un élu de l'opposition qui le dit sans aucune acrimonie, au contraire. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, porte le projet de loi Engagement et proximité, qui s'inspire beaucoup des travaux du Sénat, de la haute assemblée, celle qui représente les collectivités territoriales.

Ce que je souhaite, c'est qu'on ne se limite pas qu'aux questions matérielles, financières. Les Français pensent d'ailleurs que les élus gagnent trop. Il est important de revaloriser les indemnités des maires des petites communes si l'on veut attirer dans ces responsabilités une nouvelle génération.

L'usure du pouvoir est réelle. Aujourd'hui dans les petites communes, ce sont surtout des retraités qui sont maires. Ils ont besoin d'être renouvelés, à leur demande. Il faut revaloriser les indemnités pour que ça ne soit pas un sacrifice pour soi-même et sa famille. Il faudrait aussi de nouveaux droits et de nouvelles responsabilités, pour les maires en particulier. C’est ce que souhaite François Baroin, le président de l'Association des maires de France et il a raison.

Vous avez voté en faveur de la loi du 14 février 2014 contre le cumul des mandats. Cette loi est-elle responsable de ce lien distendu ?

Sûrement pas. Je pense mordicus qu'il ne faut pas supprimer cette loi. Un parlementaire fait bien son boulot, quand il est trois ou quatre jours à Paris. Il est là pour faire la loi, pour contrôler l'action du gouvernement. Cela ne l’empêche pas d’avoir un mandat local, mais un mandat non exécutif. Il peut être conseiller municipal, conseiller départemental, conseiller régional, sans pour autant avoir des responsabilités qui l'amèneraient à faire des choix entre sa vie parisienne, son travail parlementaire et sa vie locale.