Présidentielle : en visite à l'usine Whirlpool d'Amiens, "Le Pen a bien joué, mais Macron a su riposter"

Les deux candidats au second tour de la présidentielle se sont rendus, mercredi, à l'usine Whirlpool d'Amiens (Somme). Un affrontement à distance qu'analyse Christian Delporte, historien spécialiste de la communication politique.

Emmanuel Macron, le candidat d\'En marche ! à la présidentielle, en déplacement à l\'usine Whirlpool d\'Amiens (Somme), le 26 avril 2017.
Emmanuel Macron, le candidat d'En marche ! à la présidentielle, en déplacement à l'usine Whirlpool d'Amiens (Somme), le 26 avril 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)
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Cette fois, la campagne pour le second tour de la présidentielle a bien commencé. Marine Le Pen s'est rendue par surprisemercredi 26 avril, auprès des salariés de l'usine Whirlpool d'Amiens (Somme), dont l'activité est menacée de délocalisation en Pologne. Emmanuel Macron, qui avait prévu de faire de même dans l'après-midi, après avoir rencontré l'intersyndicale, a été pris de court. 

Sur les chaînes d'information en continu, le parallèle était saisissant : alors que Marine Le Pen se prenait en photo avec les ouvriers, Emmanuel Macron, lui, se trouvait dans une grande salle à moitié vide avec une poignée de représentants du personnel. Et, dans l'après-midi, c'est sous les huées qu'il a été accueilli sur le terrain. Christian Delporte, spécialiste de la communication politique, décrypte la séquence pour franceinfo.

Franceinfo : que retenez-vous de cet après-midi à l'usine Whirlpool ? 

Christian Delporte : Selon moi, cette séquence donne le coup d'envoi de la campagne pour le second tour. Marine Le Pen, qui avait jusque-là fait une campagne assez tiède, a aujourd'hui réalisé un joli coup médiatique. Elle a court-circuité tout le plan établi par Emmanuel Macron en s'inscrustant devant l'usine Whirlpool pile au moment où lui était en train de discuter avec des représentants du personnel à la chambre de commerce et d'industrie.

Quel message a souhaité faire passer Marine Le Pen ?

Elle a cherché la confrontation. C'est comme en sport, lorsque l'outsider vient titiller le favori. Elle n'a rien à perdre, elle est loin dans les intentions de vote du second tour, alors elle fonce. Après, les deux candidats se sont véritablement différenciés au niveau du style. 

C'est-à-dire ?

Marine Le Pen est essentiellement venue faire des selfies avec des salariés en souffrance qui ont peur pour leur avenir. C'est de la récupération politique de base. Elle était dans l'émotion pure. D'ailleurs, elle n'a fait aucune annonce. 

Et pour Emmanuel Macron ? 

Les premières minutes ont été compliquées pour lui. Il y a eu des huées, des bousculades, rien ne semblait très organisé. Mais je trouve qu'il s'en est bien sorti par la suite. Il n'a pas eu peur d'affronter la colère des salariés. Il ne s'est pas défilé. Pour moi, il est devenu candidat à Whirlpool. Il a eu le culot d'y aller, à l'improviste. Il est venu sans être entouré de ses militants, ce qui était le cas pour Marine Le Pen. Et il est resté bien plus longtemps qu'elle. Une heure et demie pour lui, une petite demi-heure pour elle. Une manière de dire qu'il avait du temps à leur consacrer, lui.

Si vous deviez désigner le gagnant de la journée… 

En fait, tout dépend de ce que les télés retiendront. Soit les huées à l'encontre d'Emmanuel Macron, soit son côté combatif. En résumé, je dirais que Le Pen a bien joué, mais que Macron a su riposter.

Cette séquence vous en rappelle-t-elle d'autres ? 

Oui, je pense notamment à François Hollande à Florange (Moselle), en septembre 2013, qui avait été sifflé par une partie des salariés. Le scénario est le même qu'aujourd'hui à Whirlpool. Macron, comme Hollande, devaient se faire entendre dans un environnement hostile à la base.