Ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Valls sur France 2

Peu d'annonces concrètes mais la défense du pacte de responsabilité et de la future loi Macron pour la croissance : le Premier ministre a affiché un ton volontairement rassembleur. Voici ce qu'il faut retenir de son intervention télévisée.

Manuel Valls, sur le plateau du 20 heures de France 2, dimanche 7 décembre 2014 à Paris. 
Manuel Valls, sur le plateau du 20 heures de France 2, dimanche 7 décembre 2014 à Paris.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Opération séduction. Alors qu'il s'était fait plus discret au mois de novembre, Manuel Valls a accordé dimanche 7 décembre une longue interview au 20 heures de France 2. Interrogé pendant 40 minutes par Laurent Delahousse, le Premier ministre a surtout assuré le service après-vente de ses 250 jours passés à Matignon.

Peu d'annonces concrètes mais la défense du pacte de responsabilité, de la future loi Macron pour la croissance et un ton affirmé : celui d'un homme politique au front et rassembleur. Voici ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Valls. 

Le style

Attaqué par une partie de sa majorité, Manuel Valls a tenté un grand écart périlleux : montrer qu'il reste droit dans ses bottes ("Il n'y a aucune inflexion de ma part") et tendre la main aux frondeurs. Il a notamment évoqué la lutte contre les inégalités, thème cher à la gauche de la gauche. "C'est quoi être de gauche ?" a-t-il questionné. "C'est combattre les inégalités, c'est la justice sociale. Le combat de ce gouvernement, c'est de faire en sorte que les inégalités reculent." Loin du "J'aime l'entreprise" prononcé lors de l'université d'été du Medef ou du "My government is pro-business" lancé en déplacement à Londres, qui avaient irrité la gauche du PS, il s'est montré ferme face aux patrons : "Je demande au patronat d'être comme chacun d'entre nous à la hauteur de nos responsabilités."

"Le compromis est nécessaire mais c'est en étant moi-même que je réussirai", a aussi estimé le Premier ministre, avec en ligne de mire le congrès du PS de juin 2015 qui s'annonce difficile pour la ligne politique qu'il incarne. Mettant en garde contre "les sujet qui divisent", Manuel Valls a appelé à l'apaisement sur de nombreux dossiers (laïcité, barrage de Sivens...) et souligné la "nécessité d'un dialogue".

Le Premier ministre a aussi affiché sa loyauté à François Hollande, assurant travailler en osmose avec le chef de l'Etat. "Ma relation avec le président de la République est basée ainsi : nous sommes d'accord pour mener le pays vers plus de justice, plus d'emploi, plus de croissance, de le rendre plus fort, c'est le sens de la mission qui est la mienne", a-t-il affirmé, ajoutant "c'est ensemble que nous décidons de l'essentiel".

La phrase 

Manuel Valls va-t-il quitter Matignon en vue de préparer sa propre candidature à la présidentielle de 2017 ? Sera-t-il empêché de gouverner par une majorité trop serrée ? "Je suis là jusqu'à la fin du quinquennat, c'est ce que nous avons convenu avec le président", a affirmé le Premier ministre. En place à Matignon jusqu'à 2017, donc... mais à trois conditions : avoir la confiance du président, celle de sa majorité et la capacité de réformer le pays. Assurant ne pas être "un déserteur", il a promis : "Je serai là jusqu'au bout." 

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Les annonces

Les 35 heures. Manuel Valls a tenté de clore le débat sur la remise en cause des 35 heures. S'il a un jour souhaité les assouplir, ce n'est plus le cas. "Les 35 heures ont beaucoup évolué, a-t-il expliqué. Même la droite n'est pas revenue dessus. N'ouvrons pas de faux débats : il n'y aura pas de remise en cause de la durée légale du travail. D'ailleurs, la durée effective du travail en France est de 39 heures, supérieure à celle de l'Allemagne."

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Le travail le dimanche. Le Premier ministre a confirmé que le projet de loi Macron comprendrait la possibilité de travailler jusqu'à 12 dimanches par an, contre cinq actuellement. Mais il a laissé la porte ouverte au débat alors qu'une partie de sa majorité est hostile à la mesure. "Il y aura forcément un débat", a ajouté le Premier ministre, soulignant "un attachement au repos dominical" en France.

Le pacte de responsabilité. Le Premier ministre a recadré son ministre de l'Economie qui avait affirmé que le pacte de responsabilité était un "échec" : "Le pacte de responsabilité sera une réussite, a promis Manuel Valls. Il y a déjà six accords passés et un qui vient d'être signé. Je suis convaincu qu'avant la fin de l'année, plus de la moitié des salariés seront concernés par ces accords."

La proportionnelle à l'Assemblée. Manuel Valls s'est montré hostile à la proportionnelle intégrale, alors que l'UMP soupçonne François Hollande de vouloir instaurer ce type de scrutin. "Imposer la proportionnelle intégrale, c'est une sacrée responsabilité que je ne souhaite pas que nous prenions", parce que "cela ferait rentrer 150 ou 180 députés du Front national à l'Assemblée nationale et que cela rendrait le pays totalement ingouvernable", a affirmé le Premier ministre.

La pique à Sarkozy

Interrogé sur le retour en politique de Nicolas Sarkozy, le Premier ministre n'a pas mâché ses mots. Après avoir pris soin d'expliquer qu'il n'avait "pas à commenter son retour en tant que tel. C'est son droit", il a attaqué l'ancien président. "C'est vrai que nous n'avons pas très bien compris le sens de son retour. En tout cas, j'ai le sentiment qu'il est mû par une seule idée : la revanche", a-t-il dit.

"La revanche contre le président de la République : on peut le comprendre, il a perdu l'élection en 2012. A l'égard de ses amis, peut-être. Mais j'ai surtout le sentiment qu'il s'agit une revanche à l'égard des Français", a ajouté Manuel Valls.

Sa vision de la France

Au cours de l'interview, le Premier ministre a affirmé une vision positive de la France, en opposition avec le pays décrit par Eric Zemmour dans son livre Le Suicide français. "Soit on fait le choix d'une France décrite par Zemmour, une France repliée sur elle-même, triste, rance, soit on fait le choix de l'avenir", a déclaré Manuel Valls. Et le Premier ministre a également déploré le "manque d'indignation" au sein de la société française contre le racisme et l'antisémitisme. "J'ai été étonné qu'il n'y ait pas plus de mobilisation en dehors de celle de ce matin à Créteil, plus de mobilisation des intellectuels, mais tout simplement de la société", a-t-il dit. 

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"Nous ne pouvons pas accepter la banalisation des mots racistes, des injures", a ajouté le Premier ministre. Et Manuel Valls a regretté qu'il n'ait "pas eu beaucoup de soutiens" face aux propos antisémites de l'humoriste Dieudonné, et pas plus pour Christiane Taubira face aux attaques racistes dont la ministre de la Justice a été l'objet.