Manuel Valls, champion de la gauche face au FN ?

En déplacement à Forbach (Moselle), sur la terre de conquête du frontiste Florian Philippot, le ministre de l'Intérieur lance ce mardi sa tournée pour contrer le parti de Marine Le Pen. Avec des chances de réussite plutôt limitées.

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, lors d\'une conférence de presse, le 25 septembre 2013 à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, lors d'une conférence de presse, le 25 septembre 2013 à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Une visite qui arrive à point nommé. Au surlendemain de la déroute électorale de la gauche à Brignoles (Var), le ministre de l'Intérieur vient marquer son territoire à Forbach (Moselle), mardi 7 octobre, première étape d'une tournée anti-FN en préparation. Objectif : combattre le Front national dans un département où Marine Le Pen a recueilli plus de voix (24,73%) que François Hollande (24,53%) en avril 2012, lors du premier tour de l'élection présidentielle.

Le choix de cette commune ne doit rien au hasard : Forbach est la ville où le bras droit de la leader frontiste, Florian Philippot, a décidé de s'implanter. Battu sur un score honorable aux dernières législatives face à Laurent Kalinowski, maire PS de la ville, le candidat FN espère s'emparer de la commune aux municipales. Rare ministre populaire au sein d'un gouvernement qui subit la défiance de l'opinion, Manuel Valls se pose en rempart anti-FN. Avec, semble-t-il, la bénédiction de François Hollande, dont le déplacement dans la Loire, ce mardi sur le thème de l'emploi, risque de passer au second plan.

Sa mission : sauver la gauche

Sécurité, immigration… Depuis son arrivée à l'Intérieur, le ministre parle haut et fort, quitte à désarçonner son camp. La stratégie est payante, du moins dans les sondages. Mais désormais, Manuel Valls se retrouve, de fait, investi d'une mission autrement plus délicate : sauver la gauche.

Après l'élimination de la gauche à Brignoles, le député socialiste de Paris Jean-Christophe Cambadélis trouve que "ça commence à faire beaucoup". Pour combattre le FN, il faut "d'abord continuer à assécher le terrain frontiste, chômage, sécurité-solidarité et une autre Europe", écrit-il sur son blog. Au sein de l'aile gauche du PS, Emmanuel Maurel estime que si le FN est fort, "c'est parce que notre électorat a des doutes sur la politique qui est menée" et que "la justice sociale n'est pas au rendez-vous". "Les déplacements sont importants – ça fait partie du militantisme – mais ça ne peut remplacer les décisions", insiste-t-il, proposant par exemple au gouvernement de ne pas augmenter la TVA (ce qui est pourtant prévu pour le 1er janvier 2014).

D'autres au Parti socialiste pensent que l'action du gouvernement n'est pas le seul levier sur lequel devrait s'appuyer la gauche pour combattre l'extrême droite. "Il est temps d'arrêter de dire que c'est en luttant contre le chômage qu'on arrivera à faire reculer le FN", plaidait le député Malek Boutih en août, à l'université d'été de La Rochelle, rappelant la défaite de Lionel Jospin en 2002 malgré un bilan économique relativement bon.

"Il n'y a pas de solution magique ni idéologique. Les résultats économiques et sociaux sont urgents ainsi que des réponses concrètes pour l'emploi et le pouvoir d'achat, mais la baisse du chômage seule ne fera pas disparaître le FN, il faut aussi affirmer des principes républicains", abonde le député PS Thierry Mandon dans une déclaration à l'AFP.

Un ministre populaire, mais qui ne fait pas des miracles

Pour réaffirmer les repères républicains, Valls a le profil parfait : ex-maire de banlieue, socialiste modéré, attaché à la laïcité et intransigeant sur la sécurité. "Manuel Valls est un ouvre-porte. Il est apte à conquérir un électorat bien au-delà de la gauche car il incarne une gauche de l'action qui s'affranchit du politiquement correct. Sa voix est entendue au-delà du périph", juge François Kalfon, animateur du club de la Gauche populaire.

"Tenir des colloques sur l'extrême droite c'est très bien, mais faire du porte-à-porte, c'est encore mieux", affirme l'élu, candidat aux municipales à Melun (Seine-et-Marne). Un tacle au premier secrétaire du PS, Harlem Désir, qui animait samedi à Paris un forum sur "La République face aux extrémismes". Pour François Kalfon, un combat efficace contre le FN passe par "le retour de l'esprit du Bourget". Quand François Hollande, pendant sa campagne, promettait "de combattre de la même façon les voyous des quartiers et les voyous de la finance", se souvient l'élu francilien.

Manuel Valls peut-il incarner ce deuxième souffle ? Tout populaire qu'il soit, le ministre n'est pas une assurance anti-défaite pour son camp. Lors de plusieurs élections législatives partielles, il était venu prêter main forte au candidat socialiste. La gauche les a toutes perdues, avec ou sans lui. A Béziers (Hérault) ou dans les Hauts-de-Seine, en juin, sa venue n'a pas permis d'inverser la tendance. Pas plus qu'à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), dans l'ex-circonscription de Jérôme Cahuzac, où le candidat PS n'a pas passé le premier tour.

Pour le chercheur Joël Gombin, spécialiste de l'extrême droite, Manuel Valls "veut utiliser la popularité du FN pour faire monter sa propre popularité, dans une stratégie assez subtile : d'un côté, une préemption de certains thèmes associés à l'extrême droite (Roms...) et, d'un autre, une posture de meilleur obstacle contre l'extrême droite. Cela peut être payant individuellement, mais il n'est pas certain que cela puisse l'être collectivement".