Quand François Fillon promettait qu'il ne serait pas candidat s'il était mis en examen (avant de changer d'avis)

Le candidat de droite a d'abord fait de cette condition sine qua non un argument de campagne, avant de changer d'avis, une fois l'affaire de ses emplois fictifs présumés installée.

François Fillon, le 1er mars 2017, lors d\'une conférence de presse à son QG de campagne à Paris.
François Fillon, le 1er mars 2017, lors d'une conférence de presse à son QG de campagne à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP )

Il en a fait lui-même l'annonce, mercredi 1er mars, lors d'une courte conférence de presse organisée en catastrophe, François Fillon sera convoqué le 15 mars prochain par les juges d'instruction en vue d'une mise en examen dans l'affaire des emplois fictifs présumés de son épouse et de deux de ses enfants. Malgré cette menace judiciaire, malgré les soupçons qui paralysent sa campagne, malgré le pessimisme de son propre camp, le vainqueur de la primaire de la droite a décidé de maintenir sa candidature à l'élection présidentielle. Envers et contre tous. Et contre ses propres déclarations.

Août 2016 : "Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ?"

Nous sommes le dimanche 28 août. Le soleil brille sur Sablé-sur-Sarthe. Depuis son fief sarthois, François Fillon, en bras de chemise, passe à l'offensive, après les discours de rentrée de ses rivaux à la primaire de la droite : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. L'ancien Premier ministre prend pour cible l'ex-président, de nouveau candidat à l'Elysée malgré les nombreuses affaires héritées de son quinquennat.

"Il ne sert à rien de parler d'autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable", lance-t-il, avant d'ajouter, faisant appel au passé gaulliste du parti Les Républicains : "Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ?" Et le candidat, qui fait de sa droiture et sa probité des arguments de campagne, d'enchaîner : "Avoir une haute idée de la politique signifie que ceux qui briguent la confiance des Français doivent en être dignes. Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs."

Janvier 2017 : "Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat, c'est d'être mis en examen"

Jeudi 26 janvier, François Fillon est l'invité du JT de 20 heures de TF1. Le candidat vient y mener une "opération transparence". Deux jours plus tôt, Le Canard enchaîné a fait éclater l'affaire Fillon, avec une première révélation : Penelope Fillon est soupçonnée d'avoir été rémunérée pendant des années par son mari en tant qu'assistante parlementaire pour un travail difficile à prouver. François Fillon se défend, lâchant même au passage des révélations embarrassantes : il a également employé deux de ses enfants comme collaborateurs au Sénat.

Soudain, il fait une promesse que personne n'attend, pas même ses plus proches conseillers : "Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat, c'est si mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen." Et il insiste : "J'ai toujours dit que je ne pourrais pas être candidat à la présidence de la République, si j'avais pas seulement un soupçon, mais s'il y avait une évidence que j'avais transgressé la loi." Il conclut : "Ce n'est pas le cas."

Deux semaines plus tard, François Fillon est en déplacement à La Réunion. Sa campagne est désormais inaudible, engluée dans les soupçons. Ses déplacements sont perturbés par des manifestations de militants de gauche aux cris de "Fillon en prison". Le candidat l'assure alors au JDD, il maintient cette posture morale : "Je l’ai dit. Je n’ai pas changé d’avis."

Février 2017 : "Je m'en remets au suffrage universel"

Vendredi 17 février, François Fillon fait brusquement volte-face. Dans un entretien au Figaro, le candidat des Républicains laisse entendre qu'il maintiendra sa candidature, même en cas de mise en examen. Pourtant, les révélations s'accumulent et le parquet national financier annonce le même jour la poursuite de l'enquête et écarte "en l'état" un classement sans suite de l'affaire de ses emplois fictifs présumés.

L'enquête se poursuit et l'horloge tourne. Plus on s'approche de la date de l'élection présidentielle, plus il serait scandaleux de priver la droite et le centre d'un candidat. Je m'en remets désormais au suffrage universel. Ma décision est claire : je suis candidat et j'irai jusqu'à la victoire.François Fillondans "Le Figaro"

En privé, le candidat affiche la même volonté, selon les propos rapportés par RTL et Le Parisien : "Même si je suis mis en examen, rien ne m'arrêtera." "Je ne renoncerai donc pas. Hors de question d'abandonner."

Mars 2017 : "Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas"

Mercredi 1er mars, François Fillon repousse sa visite au Salon de l'agriculture et organise à la dernière minute une conférence de presse depuis son QG de campagne. Le candidat fait une annonce : "Je serai convoqué le 15 mars par les juges d'instruction afin d'être mis en examen."

La menace de la mise en examen est cette fois bien réelle. Mais l'ancien chef du gouvernement campe sur ses positions : "Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas. J'irai jusqu'au bout parce qu'au-delà de ma personne, c'est la démocratie qui est défiée", dit-il. 

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Depuis le début du mois de février, François Fillon dénonce "un coup d'Etat institutionnel"  orchestré, selon lui, par la gauche au pouvoir, et s'en prend à l'institution judiciaire et aux médias. Il poursuit sur sa lancée : "Cette convocation s'inscrit dans la ligne d'une enquête menée depuis le début exclusivement à charge." "Je n'ai pas été traité comme un justiciable comme les autres". "La présomption d'innocence a complètement et entièrement disparu."  

Et d'affirmer : "Par ce déchaînement disproportionné, sans précédent connu, par le choix d'un calendrier, ça n'est pas seulement moi qu'on assassine, c'est l'élection présidentielle." Comme quinze jours plus tôt, il lance à nouveau un appel aux électeurs : "Au-delà de la procédure judiciaire, c'est au peuple français et à lui seul que j'en appelle désormais (...) parce que seul le suffrage universel et non pas une procédure menée à charge peut décider qui sera le prochain président de la République."