Format, durée, annonces… A quoi faut-il s'attendre avec la conférence de presse d'Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron va livrer ses réponses au grand débat national devant la presse, jeudi. L'événement vient remplacer l'allocution prévue le 15 avril et reportée en raison de l'incendie de Notre-Dame de Paris.

Emmanuel Macron à l\'Elysée, le 12 avril 2019, à Paris.
Emmanuel Macron à l'Elysée, le 12 avril 2019, à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Elle est présentée comme un tournant du quinquennat d'Emmanuel Macron. La première grande conférence de presse depuis son élection se tiendra, jeudi 25 avril, pour livrer les réponses du président au grand débat national. A deux jours du 24e samedi de manifestation des "gilets jaunes", le chef de l'Etat se sait attendu après l'allocution annulée le 15 avril en raison de l'incendie de Notre-Dame de Paris. Voici ce qu'il faut savoir sur ce rendez-vous retransmis par les principales chaînes de télévision et de radio.

Une conférence de presse marathon 

Le président de la République est attendu à 18 heures face aux journalistes dans la salle des fêtes du palais de l'Elysée. La conférence de presse est censée durer environ deux heures. Mais il n'est pas impossible, selon les confidences d'un responsable LREM à franceinfo, d'assister à une nouvelle réunion marathon : "Il va vouloir faire un grand débat avec les journalistes." 

On l'a suffisamment accusé de ne pas parler aux journalistes. Tant qu'il y aura des questions, il continuera.un responsable LREMà franceinfo

"L'idée, ce n'est pas non plus de rejouer un grand débat de cinq heures comme avec les citoyens et les maires ces dernières semaines", tempère l'entourage du président dans Le ParisienLa salle des fêtes risque d'être pleine à craquer puisque pas moins de 300 journalistes ont demandé une accréditation. Des ministres seront également présents pour être appelés par le président à "se mettre en ordre de bataille très rapidement", a indiqué la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. "On a intérêt à bien écouter. Macron aura aussi l'œil sur nous", souffle un ministre au Parisien.

"Ça peut être un beau moment de télé", espère un parlementaire LREM, joint par Le Figaro. "Il va falloir trouver le bon rythme, avec des réponses ni trop longues, ni trop courtes pour capter l'attention et surtout que ça tienne dans les deux heures prévues. Même si on se doute bien qu'il va déborder un peu…" estime dans Le Parisien Daniel Cohn-Bendit, visiteur régulier du chef de l'Etat. 

Des mesures à confirmer

"Le président pense qu'une conférence de presse ne peut être convoquée que pour dire des choses très importantes. C'est le cas aujourd'hui. Nous vivons un moment historique de la Ve République", annonce avec solennité un proche de la présidence dans Libération. Emmanuel Macron a prévu de débuter la conférence de presse par une déclaration d'une vingtaine de minutes qui "donnera des perspectives et un cap", a indiqué l'Elysée. Le président entrera ensuite dans le détail des mesures en répondant aux questions des journalistes français et étrangers. 

Normalement, la majeure partie des annonces est connue puisque le discours de l'allocution du 15 avril a fuité dans la presse. Emmanuel Macron devrait ainsi préciser les conditions des baisses d'impôts pour les classes moyennes, de la réindexation sur l'inflation des retraites inférieures à 2 000 euros ou de la promesse de ne pas fermer d'écoles ou d'hôpitaux jusqu'à la fin du quinquennat. Des éclaircissements sont également attendus sur l'évocation d'un possible allongement de la durée du travail pour financer la dépendance et le grand âge.

Les journalistes s'attendent à plusieurs confirmations, mais le président pourrait aussi évoluer sur certaines questions en fonction des réactions qui ont suivi les indiscrétions de la presse sur les projets présidentiels. "La sortie du discours, c'est un mal pour un bien. On a pu tester des mesures", confie un conseiller du président à France 2. Dans Le Figaro, un membre de LREM pense savoir que le président pourrait notamment revenir sur la suppression de l'ENA. "Les Français ne veulent pas d'énarques, mais militent pour conserver l'ENA ! Ils sont contradictoires", estime-t-il. 

Il a intérêt à changer des choses par rapport au discours de lundi.Un proche du présidentà France 2

La grande inconnue reste la réforme de la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires. D'après un ministre influent, interrogé par franceinfo, "le président doit bouger sur cette question, car la mesure est vécue comme arrogante vis-à-vis des territoires". Il est également attendu sur ses intentions concernant la décentralisation, la possibilité d'organiser des référendums locaux ou la transition écologique. Mais difficile de connaître le contenu des nouvelles annonces du président, qui a cherché à éviter de nouveaux déballages dans les médias. "Il a été échaudé lundi dernier, rien ne fuit", explique un conseiller.

Un duel attendu avec les journalistes

Emmanuel Macron n'est pas un grand amateur de l'exercice des conférences de presse, une pratique présidentielle initiée par le général de Gaulle. Contrairement à ses prédécesseurs, le président de la République avait jusqu'ici pris soin d'éviter cette confrontation. Il faut dire que ses relations avec les journalistes sont tendues depuis le début du quinquennat. "Pour quelqu'un qui n'aime pas les journalistes, il va en avoir 150 [300 en réalité] devant lui", ironise un membre de l'entourage d'Emmanuel Macron.

Il ne voulait pas. Il a fallu le convaincre pour se rabibocher avec les journalistes.Un membre de l'entourage d'Emmanuel Macronà France 2

"C'est une épreuve, avec forcément une part de risque", confie Daniel Cohn-Bendit au Parisien. De fait, comme c'est de tradition, les questions des journalistes risquent de dépasser le cadre du grand débat. Le président devrait être interrogé sur son ancien protégé Alexandre Benalla ou sur les plaintes pour "prise illégale d'intérêts" visant son bras droit Alexis Kohler, pense Libération. Il pourrait également être amené à s'exprimer sur son mode de gouvernance "jugé solitaire", sur la vague de départ de conseillers à l'Eysée ou sur les attaques répétées de François Hollande, estime également Le Figaro.