Congé de deuil d'un enfant : "C'est vraiment important pour ces parents, pour qu'ils soient reconnus dans leur deuil", explique la présidente d'une association

L'Assemblée nationale a refusé jeudi de faire passer ce congé de cinq à douze jours, provoquant un tollé.

L\'Assemblée nationale à Paris, le 21 janvier 2020 (photo d\'illustration).
L'Assemblée nationale à Paris, le 21 janvier 2020 (photo d'illustration). (BERTRAND GUAY / AFP)

"Le congé de deuil d'un enfant est vraiment important pour ces parents, pour qu'ils soient reconnus dans leur deuil", estime sur franceinfo Marie, présidente de l'Association de parents endeuillés Jonathan Pierres Vivantes. Elle espère un nouveau vote des députés concernant le congé de deuil d'un enfant. Jeudi, l'Assemblée nationale a refusé de faire passer ce congé de cinq à douze jours, provoquant un tollé. Depuis, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a plaidé "une erreur collective" et Emmanuel Macron a demandé au gouvernement "de faire preuve d'humanité".

Franceinfo : Comment avez-vous réagi quand vous appris que les députés rejettaient cette proposition de loi ?

Présidente de l'Association Jonathan Pierres Vivantes : Je n'étais pas étonnée, parce que je savais qu'une majorité était contre au départ. Mais dans le fond, nous avons été déçus, tout en se disant que ça ferait quand même son chemin et que cette sensibilisation à la situation des parents endeuillés de jeunes enfants serait entendue largement.

Qu'est-ce que cela change que ce congé soit inscrit dans une loi ?

Quand des parents viennent de perdre un enfant et qu'ils travaillent, soit il y a un arrangement avec les chefs d'entreprise, les chefs de service qui eux-mêmes vont accorder des jours d'absence à ces parents récemment endeuillés, soit ces parents vont voir leur médecin et se font accorder un congé maladie. C'est donc très important que ce congé soit inscrit dans le Code du travail, avec la mention explicite de décès d'un enfant, parce que cela contribue à la reconnaissance sociale du deuil des parents.

Passer de cinq à douze jours, ça change vraiment les choses ?

Douze jours, ce n'est pas assez parce que le deuil est très long. Il dure toute la vie. Mais là, on est dans l'urgence, dans l'organisation des jours qui suivent le décès. Donc cinq jours, c'est très peu pour tout organiser, pour prendre toutes les dispositions, régler les formalités, les questions administratives, les obsèques, les pompes funèbres, l'inhumation, la crémation, et, si c'est un accident ou un suicide, les enquêtes policières, qui sont extrêmement violentes et reçues de façon très difficile. Les parents se trouvent dans un état de choc, de sidération face à cette situation qui inverse complètement l'ordre naturel des choses. Les parents meurent en général avant leurs enfants. Donc, dans cet état de choc, cet allongement de congé de deuil permet de faciliter ces démarches, de faciliter ces premiers jours de l'après-mort.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, défendait plutôt ce qui est déjà inscrit dans la loi : le don de RTT. Est-ce que c'est une bonne mesure ?

C'est quand même extrêmement aléatoire. D'abord parce qu'il n'y a pas de RTT dans toutes les entreprises, et puis c'est vraiment au bon vouloir des collègues, des chefs. Cela n'a rien de très assuré pour les parents endeuillés. Donc inscrire dans le Code du travail ce congé, c'est vraiment important pour ces parents d'être reconnus dans leur deuil.