Affaire Benalla : si Emmanuel Macron s'exprimait, "on dirait qu'il vient interférer ou faire pression"

Le président du groupe MoDem à l'Assemblée nationale et membre de la commission des Lois, Marc Fesneau, réagit à l'absence de prise de parole du chef de l'État sur l'affaire Benalla.

Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l\'Assemblée et membre de la commission des Lois. Photo d\'illustration.
Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l'Assemblée et membre de la commission des Lois. Photo d'illustration. (PARA / MAXPPP)

Dialogue de sourds, polémique sur le badge d'Alexandre Benalla, altercation Le Pen - Castaner... l'affaire Alexandre Benalla a encore perturbé samedi 21 juillet les travaux de l'Assemblée nationale. Lundi, la commission d'enquête auditionnera le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Pour Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l'Assemblée et membre de la commission des Lois et invité de franceinfo dimanche 22 juillet, "le rôle des parlementaires, c'est aussi que la vérité soit manifestée." Le député qui regrette la "course à l'échalote" à laquelle se livre, selon lui, l'opposition a une explication du silence du président de la République : "S'il s'exprimait, on dirait qu'il vient interférer ou faire pression, vu l'ambiance."

Marc Fesneau estime qu'il faut mener les auditions, laisser la justice et la commission d'enquête travailler, avant de réclamer des démissions. Il reconnaît tout de même une affaire regrettable : "Notre réponse doit être une réponse d'exemplarité et de transparence."

franceinfo : On a appris qu'Alexandre Benalla avait un badge d'accès à l'Assemblée nationale. Cela vous paraît justifié ?

Marc Fesneau : Le président François de Rugy nous le dira. C'est assez régulier que les membres des cabinets de l'Élysée ou de Matignon aient des badges d'accès à l'Assemblée nationale. Pour ma part, je n'ai jamais vu M. Benalla à l'Assemblée nationale, ni dans l'hémicycle, ni à l'extérieur. Ce sont les ministères qui fournissent les gens susceptibles d'accéder, pour des raisons diverses. J'ai l'impression que l'opposition prend n'importe quel motif pour faire un incident de séance, c'est bien ça qui se passe depuis 72h.

Cela pose tout de même des questions sur le rôle précis d'Alexandre Benalla : simple sécurité ou rôle plus politique en ayant accès à l'Assemblée ?

Cela fera partie des questions qui seront posées aussi. Il y a des questions qui interrogent les uns et les autres. C'est le rôle de la commission d'enquête d'une part et de la justice d'autre part, d'y répondre. Je n'ai pas de problème avec l'idée que l'on investigue et qu'on pose des questions. Le rôle des parlementaires, c'est aussi que la vérité soit manifestée. Majorité comme opposition, nous avons besoin que cette vérité soit manifestée. C'est ce que demandent les Français. Sur toutes ces questions-là, il y aura des réponses, j'imagine.

Vous l'avez dit : ce n'est pas aux députés de rendre la justice, pas plus qu'au président de la République. Emmanuel Macron a-t-il raison de ne pas s'exprimer dans cette affaire ?

S'il s'exprimait, on dirait qu'il vient interférer ou faire pression, vu l'ambiance. En même temps, sans doute, à un moment ou un autre, il aura une expression. Je pense qu'au moment où les enquêteurs investiguent, où la commission d'enquête se met en place... Je vois très bien ce que l'on dirait s'il prenait la parole. Il faut que les choses se fassent dans leur temps. D'abord la commission d'enquête, la justice et ensuite nous verrons.

Le ministre de l'Intérieur était au courant des agissements d'Alexandre Benalla le lendemain des faits. Peut-il se maintenir ?

J'entends que l'opposition dit ça. Ils veulent l'auditionner, ils ne veulent plus qu'il soit ministre de l'intérieur. Il faut être crédible et dans l'ordre des choses. Le ministre de l'Intérieur va nous expliquer ce qu'il avait à connaître des faits, j'imagine, demain. Et j'imagine que de nombreuses questions seront posées sur cela. Ensuite, nous verrons ce qu'il répondra. Mais je trouve que cette manière d'accélérer le processus en permanence et de se mettre dans une course à l'échalote, en bloquant l'Assemblée nationale, ce n'est pas acceptable. Si on veut que la vérité soit révélée de façon nette, simple et incontestable, il faut que les choses se fassent dans l'ordre. Il y a une commission d'enquête. Il y a la justice. Le ministre de l'Intérieur répondra demain aux questions de la commission d'enquête. Je pense que c'est comme cela qu'on rend le plus service à la démocratie. Notre réponse doit être une réponse d'exemplarité et de transparence. Personne n'est infaillible. Il y a toujours des choses comme ça dans les équipes, c'est regrettable. Mais nous voulons être à la hauteur, dans notre réponse, pour montrer que l'on fait en sorte que ce genre de chose ne se reproduira pas et qu'on en tire des conséquences. Mais nous n'en sommes pas là, il faut d'abord poser les choses sur la table et qu'on voit d'où vient le problème.