Affaire Karachi: le chaînon manquant entre les contrats d'armement et Balladur

Libération révéle qu'un communicant américain de la campagne d'Edouard Balladur a été rémunéré par un intermédiaire des contrats d'armement avec le Pakistan.

L\'ancien premier ministre Edouard Balladur, le 7 juin 2012, à Paris
L'ancien premier ministre Edouard Balladur, le 7 juin 2012, à Paris (MEHDI FEDOUACH / AFP)

Il pourrait faire le lien entre les contrats d'armement pakistanais et la campagne d'Edouard Balladur. Libération révèle samedi 3 août que les juges de l'affaire Karachi ont recueilli un témoignage crucial, celui d'un consultant politique américain qui a travaillé pour l'ancien premier ministre candidat à la présidentielle de 1995.

Francetv info vous explique pourquoi son témoignage fait avancer l'enquête.

Paul Manafort, un spin doctor grassement rémunéré

Communicant de profession, Paul Manafort a travaillé pour les présidents américains George Bush père et Ronald Reagan. En 1994, il est sollicité par un nouveau client, Edouard Balladur. Il réalise pour ce dernier un sondage, en possession des juges selon Libération, et une note stratégique

Selon les documents collectés par la justice, il touche 65 000 euros pour ce travail et se rend en France pour le présenter à l'équipe du premier ministre. Mais la collaboration entre les deux hommes tourne court. Edouard Balladur, visiblement peu convaincu par ses services, ne fait plus appel à lui.

L'histoire pourrait s'arrêter là si le personnage qui a présenté Paul Manafort à Edouard Balladur n'était autre que Abdul Rahman El-Assir, un intermédiaire en armement mis en examen dans l'affaire Karachi. Autre détail troublant : lors de l'entretien avec l'équipe Balladur, c'est un certain Ziad Takkiedine, également mis en examen, qui a servi de traducteur.

Abuld Rahman El-Assir, le collègue de Ziad Takkiedine

Le Libanais Abdul Rahman El-Assir était aux côtés du fantasque Ziad Takkiedine l'un des intermédiaires en charge des contrats d'armement de la France avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite, des contrats soupçonnés d'avoir servi à financer la campagne de Balladur via des rétrocommissions. C'est lui qui présente Paul Manafort, le parrain de son fils, au camp Balladur et qui rémunère, toujours selon Libération, le consultant politique entre septembre 1994 et août 1995.

D'où provient cette argent ? Devant les juges, El Assir a assuré que ces paiements "n'ont absolument rien à voir avec la campagne d'Edouard Balladur". Dans le clan Balladur, l'ancien directeur de campagne Nicolas Bazire ne se souvient pas de Paul Manafort.

Seul Ziad Takkiedine, qui a reconnu devant les juges avoir remis de l'argent issu des commissions à des proches de Balladur, se souvient de l'Américain et mentionne des sondages. Il n'a pas évoqué en revanche la rencontre entre Paul Manafort et le candidat.