"Je continue à faire le ménage, mais là, c'est au sens propre" : la nouvelle vie de Jérôme Lavrilleux, poursuivi dans l'affaire Bygmalion

Alors que doit s'ouvrir le procès Bygmalion, mercredi, franceinfo s'est rendu chez l'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, en 2012, poursuivi avec 13 autres personnes, notamment pour financement illégal.

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Jérôme Lavrilleux dans le gîte qu'il tient à Abjat-sur-Bandiat (Dordogne), en mars 2021. (YANNICK FALT / RADIO FRANCE)

Nous sommes à Abjat-sur-Bandiat, 619 habitants, dans le Périgord vert. C'est là que Jérôme Lavrilleux réside. Un logement, deux gîtes sur 14 hectares de prairies et de forêt, avec piscine, sauna et jacuzzi. Il a acheté le domaine en 2014, peu de temps après ses aveux télévisés. Directeur de cabinet du patron de l'UMP Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux était directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, en 2012. Il est l'un des 14 prévenus du procès Bygmalion qui doit s'ouvrir mercredi 17 mars pour "financement illégal" de de cette élection présidentielle. 

>> VIDEO. Affaire Bygmalion : le directeur de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy parle pour la première fois

En 2014, il avait tout déballé, larmes aux yeux, en direct à la télévision. Il avait reconnu l'existence d'une fraude à grande échelle pour dissimuler des dépenses de meetings de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Jérôme Lavrilleux s'est depuis reconverti : une société de conseil en communication et son gîte en Dordogne, où franceinfo l'a rencontré.

Cette deuxième vie, et l'acquisition de son gîte, n'ont pas été sans difficultés. "J'ai découvert qu'il existait une procédure PPE : personnalité politiquement exposée, confie Jérôme Lavrilleux. J'ai fait plus de trente banques et agences bancaires. Il y en a même une qui m'a accepté le prêt. Et puis, au moment de signer définitivement, le type était un peu blême, il m'a à peine reçu dans son agence, debout : 'Notre siège national nous a appelés, j'ai l'ordre de ne pas vous prêter'." Seule solution, un prêt devant notaire, avec un particulier. De quoi lancer l'affaire. Jérôme Lavrilleux se retrouve homme à tout faire.

"Une partie de ma vie, en tant que collaborateur, a consisté à 'faire le ménage' pour d'autres. Je continue à faire le ménage... Mais là, c'est au sens propre et non plus au sens figuré."

Jérôme Lavrilleux

à franceinfo

Le gîte est ouvert depuis juillet 2019, sept ans après la campagne Bygmalion. Entre temps, l'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy a été député européen entre 2014 et 2019. "Oui, j'ai reçu des pressions. 'Attention.... Il faut rester respectueux... Vous n'allez quand même pas...' Et j'étais au Parlement européen, je voyais des sarkozystes..."

Voilà deux ans qu'il s'est totalement mis au vert. Jérôme Lavrilleux attendait le procès pour redire sa vérité. Douche froide la semaine dernière : ses deux avocats sont malades du Covid. "Ça fait trois jours que je n'en dors plus. Moi, je connais le dossier, mais je vais arriver à poil. C'est une vraie source d'angoisse." Le procès va s'ouvrir, mais risque d'être renvoyé. Pas de quoi changer son issue, pour l'intéressé. "Je serai condamné à quelque chose, j'assumerai. Mais quelle que soit la condamnation, vous savez, ça fait déjà sept ans que je morfle. Je crois que la page ne sera jamais tournée parce que j'ai l'impression d'avoir pris perpète."

La voix parfois blanche, les yeux humides, Jérôme Lavrilleux se dit prêt à payer pour ce qu'il a fait, mais pas davantage. "Je ne me laisserai pas condamner sur l'accusation d'avoir détourné de l'argent. Je ne pourrais pas dîner ce soir avec mes parents et qu'ils se disent : 'mon fils a volé de l'argent'. Vous n'aurez pas le loisir de m'interroger là-dessus."

Grand brûlé de la politique, Jérôme Lavrilleux a réagi à sa manière à la récente condamnation de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des "écoutes" à trois ans de prison, dont un ferme : une photo tweetée, trois jonquilles de son jardin et ce message : "Enfin, le beau temps arrive".

Jérôme Lavrilleux rencontré par Yannick Falt
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