Tensions entre les États-Unis et l'Iran : "C'est une partie de poker qui est en train de se jouer", estime la journaliste Mariam Pirzadeh

La guerre, les forces armées iraniennes y sont "prêtes psychologiquement ", selon Mariam Pirzadeh. Toutefois, elles n'ont pas "les moyens" de la mener.

Donald Trump (G) / Le guide suprême Ali Khamenei (D).
Donald Trump (G) / Le guide suprême Ali Khamenei (D). (SAUL LOEB / HO / AFP)

La tension continue de monter entre les États-Unis et l'Iran, moins d'une semaine après l'assassinat du général iranien Soleimani tué par une attaque de drone américain à Bagdad. Dans la nuit de mardi 7 à mercredi 8 janvier, l'Iran a tiré des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak. Donald Trump a annoncé qu'il allait faire une déclaration dans la journée.

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"C'est une partie de poker qui est en train de se jouer", a expliqué sur franceinfo Mariam Pirzadeh, journaliste à France 24, ancienne correspondante en Iran et autrice de "Quand l'Iran s'éveille" (La Martinière). "Sauf qu'au milieu, il y a l'Irak qui est une victime collatérale de ces tensions qui existent depuis 40 ans".

franceinfo : Où en est-on dans le conflit ?

Mariam Pirzadeh : C'est une première réponse, mais cela paraît peu proportionné même s'il y a beaucoup de similitudes. Ce matin, beaucoup de dirigeants iraniens et des médias iraniens ont tweeté le drapeau de la République islamique tout comme Donald Trump l'avait fait lorsqu'il avait tué le général Soleimani. J'ai le sentiment qu'on est dans un discours assez policé, on ne veut pas partir dans la surenchère, que ce soit de la part des gardiens de la révolution ou des dirigeants. Mohammed Jawad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, a dit que l'Iran ne voulait pas la guerre. Il s'est protégé derrière un article de la charte des Nations unies pour dire que l'Iran s'était défendue en tant que Nation.

Les gardiens de la révolution iranienne conseillent à Washington de rappeler ses troupes. Les États-Unis ne veulent pas partir. Quelle va être la suite ?

Lorsqu'on voit qu'il y eu des tirs de missiles, la question est de savoir s'il va y avoir une guerre. Beaucoup de personnes en Iran disent qu'on y est. Ils la craignent depuis 40 ans, il y a des menaces effectivement pour cette guerre, mais pour le moment non. La guerre existe sans en avoir le nom en Irak. On voit bien que les États-Unis ne veulent pas partir, et le guide suprême Ali Khamenei l'a encore rappelé, veut le départ des troupes américaines d'Irak. On voit bien que de part et d'autre, c'est une partie de poker qui est en train de se jouer. Sauf qu'au milieu, il y a l'Irak qui est une victime collatérale de ces tensions qui existent depuis 40 ans.

Peut-on s'attendre à d'autres représailles ?

Il y a plusieurs scénarios possibles. Est-ce que ce qui s'est passé aujourd'hui était la manière de venger Qassem Soleimani comme l'ont indiqué plusieurs dirigeants ? C'est assez surprenant venant d'Hassan Rohani puisque j'ai écouté le discours du guide suprême et il n'y avait pas de menace. Il n'avait pas de très bonnes relations avec Qassem Soleimani puisqu'Hassan Rohani incarnait cette diplomatie, cette main tendue vers l'Occident, c'est lui qui a permis de signer l'accord sur le nucléaire iranien dont Qassem Soleimani ne voulait absolument pas. Le deuxième scénario, c'est que c'est le début d'une vague de représailles. Même s'il y a deux armées en Iran, elles sont prêtes psychologiquement à rentrer en guerre, mais ce sont des armées qui ont des équipements vétustes et qui n'ont pas les moyens de mener une guerre.

Que peut changer la réunion ce jeudi du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Pas grand-chose. Quand on voit que Mohammed Jawad Zarif, le chef de la diplomatie, est mis au ban de plus en plus de la République islamique, et privé de visa de la part de l'administration américaine pour se rendre à une réunion des Nations unies pour apaiser les tensions, on se demande ce que va pouvoir faire le Conseil de sécurité.