Scandale Facebook : la hantise de Mark Zuckerberg serait "une réglementation avec des contraintes juridiques plus fortes"

Ce mardi, le patron de Facebook Mark Zuckerberg doit s'expliquer, après la fuite de données de plus de 87 millions d'utilisateurs. Cette affaire pourrait lui faire perdre sa "latitude d'action", selon Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité.

Le siège de Facebook à Menlo Park, en Californie (Etats-Unis), le 21 mars 2018.
Le siège de Facebook à Menlo Park, en Californie (Etats-Unis), le 21 mars 2018. (JOSH EDELSON / AFP)

Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg est dans la tourmente. Il doit s'expliquer ce mardi 10 avril devant le Sénat, puis mercredi 11 avril face à la Chambre des représentants, après le scandale Cambridge Analytica. Cette société, qui a travaillé pour la campagne de Donald Trump, a récupéré les données de 87 millions d'utilisateurs dont plus de 200 000 en France. Une audition très importante pour Facebook, estime Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité, directeur scientifique à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

franceinfo : Mark Zuckerberg risque-t-il gros ?

Nicolas Arpagian : Sa ligne de défense, c'est "Excusez-moi, nous avons failli". Sa hantise, ce serait que les parlementaires américains envisagent une réglementation avec des contraintes juridiques beaucoup plus fortes, presque à l'européenne, alors que pour l'instant, il a une véritable latitude d'action. Il semble que sa stratégie soit de dire, "Je m'excuse, nous allons réparer", en espérant que la classe politique, institutionnelle s'en contente.

Il dit avoir péché par idéalisme, optimisme. Cette défense est-elle recevable ?

Elle est certainement recevable aux Etats-Unis dans un débat, mais vous voyez bien au regard des sommes manipulées, au regard de la présence de l'entreprise Facebook dans les vies de milliards d'utilisateurs, que la naïveté et la candeur ne font pas partie, a priori, du cahier des charges d'une entreprise qui a réussi à conquérir aussi rapidement une population sans équivalent.

Les parlementaires sont nombreux à vouloir légiférer. N'est-il pas trop tard ?

Effectivement, d'autant plus que les "conditions générales d'utilisation", que vous signez sans les avoir lues, permettent de céder le droit d'internet. Des juristes écrivent de manière univoque des textes qui s'imposent aux utilisateurs. Les grandes entreprises du numérique ne veulent pas que cet univers évolue et qu'il y ait une gouvernance qui lui soit supérieure. Le profil bas est la stratégie adoptée pour que rien ne change.

Facebook dit n'avoir jamais menti. Mais est-ce que tout le monde était au courant ?

C'est ça qui est particulier. La question maintenant est du côté des utilisateurs qui doivent admettre qu'ils sont des utilisateurs gracieux de ces services. Il faut se poser la question du modèle économique et de l'équilibre. Est-ce que l'on considère que les termes de l'échange sont équilibrés ? Est-ce que le fait que j'offre mes données personnelles, celles de mes amis, tout ce qui constitue le portrait de mon identité, est-ce que cela vaut le service qui m'est rendu, la possibilité de partager des informations ? C'est une réflexion personnelle.