Présidentielle américaine : défilé du clan Trump à la tribune, maintien de l'ordre, menace d'apocalypse… Ce qu'il faut retenir de la convention républicaine

Le président sortant, Donald Trump, a officiellement été désigné comme le candidat des républicains pour tenter de remporter un second mandat à la tête des Etats-Unis.

Donald Trump et Melania Trump lors de la convention républicaine, le 26 août 2020 à Baltimore (Maryland).
Donald Trump et Melania Trump lors de la convention républicaine, le 26 août 2020 à Baltimore (Maryland). (SAUL LOEB / AFP)

On prend les mêmes et on recommence. Jeudi 27 août, la convention républicaine a pris fin à Washington avec la désignation du même duo qu'en 2016 : Donald Trump, candidat à la présidence des Etats-Unis, et Mike Pence, à la vice-présidence. Les adversaires, eux, ont changé : Joe Biden et Kamala Harris, qui ont concentré les attaques des républicains pendant ces quatre jours. Le contexte aussi est bouleversé, en raison de la pandémie de Covid-19, mais aussi de nouvelles manifestations dans le pays et avec un bilan à défendre pour le président sortant. Franceinfo vous résume les interventions à retenir de cette grand-messe du Parti républicain.

Donald Trump promet un vaccin (et vite)

Le président sortant a longtemps refusé de voir la dangerosité du Covid-19. Il a souvent minimisé le bilan humain aux Etats-Unis et a toujours donné la priorité à l'économie. Mais aujourd'hui, le voilà pieds et poings liés avec le coronavirus. Alors, à moins de trois mois de l'élection présidentielle, il a même décidé de faire du vaccin une promesse de campagne"Nous produirons un vaccin avant la fin de l'année, et peut-être même plus tôt", a lancé le président américain, jeudi, lors de son discours de clôture de la convention républicaine dans les jardins de la Maison Blanche. "Nous vaincrons le virus, mettrons fin à la pandémie et reviendrons plus forts que jamais."

"Des centaines de millions de doses seront rapidement disponibles", s'est même avancé le chef d'Etat dans son discours d'une heure et dix minutes. "Nous mobilisons le génie scientifique de l'Amérique pour concevoir un vaccin en un temps record (...) Nous allons disposer cette année d'un vaccin sûr et efficace, et, ensemble, nous allons terrasser le virus", a-t-il affirmé devant ses supporters.

La famille Trump occupe le terrain

Au programme de cette convention : Trump, Trump et (encore) Trump. Qu'il s'agisse du président lui-même, de son épouse, de ses fils ou de ses filles. Donald Trump Jr., 42 ans, l'aîné des enfants du président, est intervenu le premier, lundi 24 août. Star auprès de la base trumpiste, aussi accro à Twitter que son paternel, il défend farouchement sa politique, retweetant des théories du complot avec un goût notoire pour la provocation.

Le lendemain, Melania Trump s'est démarquée du reste de la famille avec un discours plein d'empathie. Elle a notamment abordé les ravages de la pandémie de Covid-19 : "Mes plus profondes condoléances à tous ceux qui ont perdu un être cher. Et mes prières vont à ceux qui sont malades ou souffrent", a-t-elle lancé, alors que son mari minimise régulièrement les conséquences du coronavirus. La première dame a aussi abordé le mouvement de colère historique contre le racisme. Là où Donald Trump s'est contenté de parler d'"émeutiers", elle a appelé à "apprendre de notre passé". "La difficile réalité, c'est que nous ne sommes pas fiers de pans de notre histoire", a-t-elle déclaré.

Dans la foulée, Eric Trump et Ivanka Trump ont eux aussi délivré leurs discours, plus corrosifs. "Ce ne sont plus de simples membres de la famille, mais des responsables du gouvernement, des personnalités politiques", analyse Costas Panagopoulos, professeur de sciences politiques à l'université Northeastern de Boston, à l'AFP.

L"extrême gauche" brandie comme menace

Haro sur les démocrates. La plupart des intervenants de la convention républicaine ne se sont pas contentés de chanter les louanges de leur champion, ils ont aussi vivement attaqué celui qui pourrait leur barrer la route vers un second mandat : Joe Biden. Et les attaques ont souvent été virulentes, au-delà de simples désaccords politiques : "La dure vérité est que vous ne serez pas en sécurité dans l'Amérique de Joe Biden", a lancé l'actuel vice-président Mike Pence, mercredi.

Les hostilités avaient d'ailleurs été ouvertes dès le premier jour de la convention avec l'intervention du fils aîné du président. Lundi, Donald Trump Jr. avait ainsi affirmé que l'élection de novembre serait un choix entre "l'église, le travail et l'école" et "l'émeute, le pillage et le vandalisme". La menace de "l'extrême gauche" et du "marxisme" a été brandie à de nombreuses reprises par des intervenants n'hésitant pas à déformer le programme du candidat démocrate.

Donald Trump a quant à lui clos la convention républicaine, jeudi, en dénonçant la "faiblesse" de Joe Bien, le présentant comme une marionnette de la "gauche radicale""Il est le destructeur des emplois américains, et si on lui en laisse la chance, il sera le destructeur de la grandeur américaine", a-t-il lancé à propos l'ancien vice-président de Barack Obama.

Le maintien de l'ordre comme priorité 

La convention républicaine s'est déroulée dans un climat bien particulier. La veille de son lancement, Jacob Blake, un père de famille de 29 ans, a été grièvement blessé lorsqu'un policier lui a tiré sept balles dans le dos à Kenosha, dans l'Etat du Wisconsin. Trois mois après la mort de George Floyd, l'affaire a rapidement déclenché un cocktail dangereux mêlant émeutiers et groupes d'autodéfense, les nuits suivantes. Une actualité qui a fortement résonné dans les discours de la convention républicaine, axés sur le maintien de l'ordre.

En première ligne, le vice-président a dressé le sombre tableau d'une élection où "la loi et l'ordre sont en jeu". "La violence doit s'arrêter – qu'il s'agisse de Minneapolis, Portland ou Kenosha (...) Nous maintiendrons l'ordre dans les rues de ce pays pour chaque Américain de chaque race, confession et couleur, a déclaré Mike Pence. Il ne s'agit pas vraiment de savoir (...) si l'Amérique sera plus républicaine ou démocrate. La question posée dans cette élection est de savoir si l'Amérique restera l'Amérique." Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait annoncé qu'il allait envoyer des forces de l'ordre fédérales à Kenosha avec l'accord du gouverneur du Wisconsin.

Un discours apocalyptique remarqué

Ce fut la sensation de la convention républicaine. Celle dont le discours a été le plus partagé (et moqué) : Kimberly Guilfoyle, ancienne présentatrice de Fox News et actuelle compagne de Donald Trump Jr. Son message était clair : l'apocalypse est proche si les démocrates prennent le pouvoir. "Biden, Harris et le reste des socialistes vont fondamentalement changer cette nation. Ils veulent des frontières ouvertes, des écoles fermées, une amnistie dangereuse et ils renverront égoïstement vos emplois en Chine pendant qu'ils s'enrichissent", a-t-elle assuré avec vigueur.

Face à ce risque, Kimberly Guilfoyle a vanté les atouts de Donald Trump. "Mesdames et messieurs, dirigeants et combattants de la liberté et du rêve américain, le meilleur est encore à venir", a-t-elle conclu dans une envolée lyrique.

Des républicains rejoignent… Joe Biden

Mais tout ne s'est pas passé comme prévu lors de cette convention. Le matin même de son ouverture, pas moins de 27 anciens élus du Grand Old Party (ou GOP, le surnom du parti) ont annoncé la création des "Républicains pour Joe Biden". Parmi eux, l'ancien sénateur de l'Arizona Jeff Flake. "C'est parce que je suis conservateur, parce que je crois en la Constitution et en la séparation des pouvoirs, et parce que la conduite et le comportement de notre président actuel m'inquiètent que je soutiens Joe Biden", a-t-il justifié, dans un message sur Medium (en anglais).

Un coup dur pour le parti. "S'annoncer ainsi le jour de la convention est terriblement bien choisi. Jeff Flake veut court-circuiter la communication de Trump qui voulait faire de la convention républicaine 'son' moment, alors que le Covid-19 le prive de meetings", explique à France 24 Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université Paris 2. 

D'autant que ces défections viennent s'ajouter aux prises symboliques des démocrates lors de leur convention, durant laquelle une large place avait été accordée à d'anciens républicains qui appelaient à voter contre Donald Trump. Parmi eux, John Kasich, ancien gouverneur républicain de l'Ohio, Colin Powell, ancien général et chef de la diplomatie de George W. Bush, ou encore Cindy McCain, la veuve du sénateur John McCain, décédé en 2018. A l'inverse, un élu démocrate à la Chambre des représentants, Vernon Jones, a, lui, appelé à voter… Donald Trump.