Présidentielle américaine : union de la gauche, tacles d'Obama, colère de Trump... Ce qu'il faut retenir de la convention démocrate

Malgré une grand-messe virtuelle, épidémie de Covid-19 oblige, les démocrates ont réussi à afficher un large rassemblement autour de leur candidat, Joe Biden.

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Joe Biden et sa femme Jill sont filmés à Wilmington, dans le Delaware, le 20 août 2020, pour conclure la Convention démocrate qui s'est déroulée en ligne. (OLIVIER DOULIERY / AFP)

Les démocrates sont en ordre de bataille. Jeudi 20 août, leur candidat à l'élection présidentielle, Joe Biden, a clôturé la convention d'investiture du parti, qui sonne le début officiel du duel avec le président des Etats-Unis sortant, Donald Trump. "Trop de colère, trop de peur, trop de divisions ! L'heure est venue de nous rassembler", a-t-il lancé en accceptant d'être désigné candidat. Malgré l'absence de supporters, pour cause de Covid-19, les démocrates ont aligné un nombre impressionnant de personnalités et ce en rassemblant toute la gauche, des socialistes aux centristes. Tous ont un même objectif : battre Trump. Franceinfo vous résume les moments forts de cette convention inédite.

L'appel au "rassemblement" de Joe Biden

"Je serai un allié de la lumière, pas des ténèbres." L'ancien vice-président des Etats-Unis Joe Biden a officiellement accepté sa désignation comme candidat du Parti démocrate, jeudi 20 août, en clôture de la convention nationale de celui-ci. En des termes très tranchés, il a présenté l'élection présidentielle du 3 novembre prochain comme une lutte pour l'avenir de l'Amérique, appelant les électeurs à "surmonter cette période sombre" en ne réélisant pas Donald Trump pour un second mandat. "C'est avec beaucoup d'honneur et d'humilité que j'accepte cette investiture au poste de président des Etats-Unis d'Amérique. Mais si je suis un candidat démocrate, je serai un président américain", a-t-il déclaré. Sans jamais prononcer le nom du président républicain, son adversaire à la présidentielle, il a appelé à se "rassembler".

L'émotion (et l'appel au vote) de Michelle Obama

Michelle Obama a donné le ton. L'ancienne First Lady, qui jouit toujours d'une grande popularité aux Etats-Unis, a ouvert la convention démocrate avec un discours très personnel. "Si vous pensez que les choses ne peuvent pas être pires qu'aujourd'hui, croyez-moi, elles peuvent et le seront, si nous ne faisons pas bouger les choses à cette élection. Si nous avons le moindre espoir d'en finir avec ce chaos, nous devons voter pour Joe Biden comme si notre vie en dépendait", a lancé Michelle Obama.

Après avoir souligné "le manque total et absolu d'empathie" de Donald Trump, l'ancienne Première Dame a lancé un appel à la participation lors de l'élection présidentielle du 3 novembre. Et un détail n'est pas passé inaperçu : son collier formait le mot "VOTE".

Le rassemblement de la gauche, de Bernie Sanders aux républicains modérés

C'était l'une des clés de la convention démocrate : créer un large rassemblement autour de Joe Biden. Après un match parfois tendu lors des primaires démocrates, le principal opposant de Joe Biden, le socialiste Bernie Sanders, a eu un message très clair lors de son discours : votez Biden, car "l’avenir de notre démocratie est en jeu". L'autre figure de l'aile gauche du parti, la jeune élue de la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez, elle, n'a eu le droit qu'à une minute d'intervention.

Il faut dire que les démocrates voulaient aussi donner toute leur place aux représentants de l'autre bout du spectre politique visé par Joe Biden, les républicains modérés. C'est ainsi que John Kasich, ancien gouverneur républicain de l'Ohio, a fait son apparition lors de la convention. "Je suis un républicain de longue date, mais cet attachement occupe une place secondaire par rapport à ma responsabilité envers mon pays”, a-t-il lancé avant d'appeler à voter pour Joe Biden.

D'autres personnalités issues du Grand Old Party ont aussi marqué leur soutien au candidat démocrate, à l'image de Colin Powell, l'ancien général et chef de la diplomatie américaine, et de Cindy McCain, la veuve du sénateur John McCain, décédé en 2018. Mais ces interventions restent très largement symboliques. "Les ralliements à Biden de toutes ces personnalités ne représentent rien dans le parti républicain actuel", explique Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine, en rappelant que ces responsables étaient opposés de longue date à Donald Trump.

Le grand oral de Kamala Harris avec sa famille

Elle était très attendue. La sénatrice Kamala Harris a été officiellement investie candidate à la vice-présidence, mercredi 19 août, soit quelques jours après le choix de Joe Biden. Autant dire que son discours était scruté de près, face aux autres personnalités déjà bien installées sur la scène nationale. "Il n'y a pas de vaccin contre le racisme. Il faut qu'on se mette au travail", a notamment lancé l'ancienne procureure générale de Californie.

Mais c'est son histoire familiale qui a pris le devant lors de ce grand oral. Kamala Harris, première femme noire et d'origine indienne à briguer ce poste, a longuement évoqué la mémoire de sa mère, Shyamala Gopalan, chercheuse indienne spécialisée dans la lutte contre le cancer, arrivée à l'université de Berkley, en Californie, à l'âge de 19 ans, ainsi que de son père Donald Harris, étudiant en économie venu de Jamaïque. Sa sœur, sa nièce et la fille de son époux se sont aussi succédé en vidéo.

Les tacles (virulents) de Barack Obama contre son successeur à la Maison Blanche

Alors qu'il se retenait habituellement de nommer Donald Trump lors de ses interventions publiques, l'ancien président américain Barack Obama a cette fois-ci abandonné sa réserve pour lâcher les coups en direct. "J'espérais, pour le bien de notre pays, que Donald Trump montrerait un certain intérêt à prendre ce poste au sérieux. Qu'il en vienne à ressentir le poids de la fonction et qu'il fasse preuve d'un certain respect pour la démocratie qui avait été mise entre ses mains. Mais il ne l'a jamais fait", a-t-il lancé.

Et les tacles ce sont multipliés tout au long de son discours : "Donald Trump n'est pas à la hauteur de sa tâche parce qu'il n'en est pas capable", a-t-il encore accusé. Une virulence qui a surpris les spécialistes de la politique américaine. "On peut noter qu'une telle charge de la part d'un ancien président envers un autre est très rare", expliquait ainsi Jean-Eric Branaa, maître de conférence en politique américaine à l'université Panthéon-Assas. "Aucun ancien président n'avait jamais attaqué son successeur en poste à une convention comme Barack Obama ce soir", a abondé Michael Beschloss, auteur et spécialiste des présidents américains.

La mise en garde d'Hillary Clinton

Forte de son expérience malheureuse à la présidentielle face à Donald Trump en 2016, Hillary Clinton a mis en garde les candidats de 2020. Il faut dire qu'elle s'était retrouvée dans une situation similaire à celle de Joe Biden dans les sondages. A quelques mois de l'élection, une large avance lui était promise par tous les instituts d'opinion du pays.

Mais patatras, la candidate démocrate avait finalement perdu l'élection, malgré une avance au vote populaire. "Joe et Kamala peuvent gagner avec trois millions de voix d'avance, mais tout de même perdre. Croyez-moi, a rappelé Hillary Clinton. Donc nous devons avoir une victoire écrasante."

Les réactions de Trump en direct

Donald Trump ne veut rien laisser passer. Et encore moins laisser le champ médiatique libre aux démocrates. Tout au long de la convention, le président américain a multiplié les déplacements, dans le Minnesota, le Wisconsin, l'Iowa ou encore l'Arizona, en s'efforçant de défendre son bilan... et en répondant aux discours des personnalités démocrates.

Michelle Obama l'accuse d'avoir divisé le pays ? "Les gens oublient combien notre pays était divisé sous Obama-Biden", répond Donald Trump, du tac au tac, sur Twitter. A chaque fois qu'il en a l'occasion, il tente aussi de dénigrer son adversaire, "la marionnette de la gauche radicale", qu'il surnomme inlassablement "Sleepy Joe" ("Joe l'endormi").

Mercredi 19 août, le président américain semble même avoir suivi la convention démocrate en direct pour déverser une salve de tweets rageurs en lettres capitales afin de critiquer vivement Kamala Harris et Barack Obama, et mettre en doute leur allégeance à Joe Biden. Un avant-goût de la convention républicaine, qui doit se tenir à partir du 24 août.

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