Présidentielle américaine : comment Donald Trump repart (déjà) en campagne, en continuant de positiver à propos du Covid-19

Le président américain a acté son retour dans la campagne présidentielle samedi, seulement neuf jours après l'annonce de sa contamination au coronavirus. Dimanche, il a même affirmé qu'il était désormais "immunisé". 

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Le président américain, Donald Trump, retire son masque avant de prononcer un discours depuis la Maison Blanche, le 10 octobre 2020 à Washington (Etats-Unis).  (MANDEL NGAN / AFP)

Il y aura eu à peine sept jours entre son diagnostic positif au Covid-19, vendredi 2 octobre, et l'annonce de son retour dans la course à la Maison Blanche. Jeudi 8 octobre, le président américain, Donald Trump, s'est dit prêt à participer à un meeting de campagne dès samedi soir, lors d'un entretien accordé à Fox News. "Si on a assez de temps pour l'organiser (...) nous voulons avoir un meeting, probablement en Floride", a déclaré le dirigeant républicain, quelques jours après sa sortie de l'hôpital militaire Walter Reed. 

Ce meeting n'a pas pu avoir lieu, mais un autre – "déguisé en événement à la Maison Blanche", selon CNN*  s'est tenu sur la pelouse de la résidence présidentielle américaine, samedi 10 octobre à Washington. Donald Trump y a rassemblé plusieurs centaines de sympathisants, avant la reprise dès lundi de ses meetings de campagne. Trois sont prévus en trois jours, à maintenant trois semaines de l'élection présidentielle. 

De la communication rassurante (mais opaque) de son médecin à la reprise de ses meetings, franceinfo décrypte ce retour de Donald Trump dans la campagne qui l'oppose à Joe Biden, sans grand changement de ton sur l'épidémie de coronavirus, à 23 jours de l'élection, le 3 novembre.

Une communication partielle (et positive) sur son état de santé

Comme l'explique CNN, le président et candidat républicain s'était déjà montré très vague, mais très optimiste, vendredi sur Fox News, au sujet de son état de santé et de son infection au Covid-19. "J'ai été retesté et ce que je sais, c'est que je suis au bas de l'échelle ou libéré" du virus, a-t-il déclaré. Une réponse floue qui ne mentionne pas le résultat – positif ou négatif – de son dernier test. "C'est vraiment à un niveau qui est très bon, très bon pour voir le virus disparaître", a-t-il vaguement ajouté. 

Un discours suivi par son médecin, Sean Conley, samedi. Ce dernier, déjà critiqué pour ses prises de parole manquant de transparence et de rigueur, a assuré que Donald Trump avait "globalement extrêmement bien réagi au traitementqu'il avait reçu. "Le président américain n'est plus contagieux", a-t-il affirmé, sans confirmer que son dernier test s'était avéré négatif. Sa charge virale "diminue", a-t-il simplement précisé.

"Ce soir, je suis heureux d'annoncer qu'en plus du fait que le président remplit tous les critères des CDC (les centres américains de contrôle et prévention des maladies) pour une cessation en sécurité de l'isolement, le test Covid PCR de ce matin montre, au regard des standards actuellement reconnus, qu'il n'est plus considéré comme risquant de transmettre (le virus) à d'autres personnes", s'est félicité Sean Conley dans un communiqué, huit jours après l'annonce du test positif de Donald Trump. Aux Etats-Unis, les CDC préconisent* un isolement de dix jours après l'apparition des premiers symptômes, à prolonger jusqu'à vingt jours en cas de forme sévère du Covid-19. 

"Il semble que je sois immunisé, pour, je ne sais pas, peut-être une longue période, peut-être une courte période, peut-être pour la vie. Personne ne sait vraiment mais je suis immunisé", a même déclaré le président américain dimanche, lors d'un entretien téléphonique sur Fox News.

Une allocution officielle... aux allures de meeting 

L'événement avait été présenté comme officiel par la Maison Blanche. Samedi, Donald Trump a prononcé une allocution d'un peu moins de 20 minutes depuis un balcon de la résidence présidentielle. Un discours sur le thème de "la loi et l'ordre", tenu pourtant... devant quelque 500 partisans du président américain, reçus sur la pelouse de la Maison Blanche, souligne Le Monde. Nombreux étaient ceux portant la désormais célèbre casquette "Make America Great Again" ("Rendre sa grandeur à l'Amérique"), un symbole de la campagne de Donald Trump. "Quatre ans de plus ! Quatre ans de plus !", entendait-on dans la foule, relève le Washington Post*. 

Comme le précise le journal américain, Donald Trump n'a pas hésité à mentionner sa campagne lors de ce discours "officiel". "Nous commençons très fort avec les meetings", a-t-il lancé à sa foule de sympathisants, ajoutant qu'ils ne pouvaient pas "laisser [leur] pays devenir une nation socialiste", en référence à son démocrate et à sa colistière, la sénatrice de Californie Kamala Harris"Nous allons tellement les submerger", a-t-il assuré devant un public conquis. 

Apparu avec un masque, le président l'a vite retiré au début de son allocution. Face à lui, les participants étaient eux, tenus de rester masqués, mais il est difficile de dire si tous ont suivi cette règle, souligne le New York Times*. Les participants ont dû remplir un questionnaire et leur température devait être prise à l'entrée. Aucune distanciation physique n'a toutefois été constatée entre eux lors du discours présidentiel. 

Des partisans de Donald Trump attendent son discours depuis la pelouse de la Maison Blanche, le 10 octobre 2020 à Washington (Etats-Unis).  (SAMUEL CORUM / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

"Je me sens très bien !", a affirmé d'emblée Donald Trump, apparaissant en forme. Une nouvelle fois, et même après avoir été lui-même malade, le président a promis que le Covid-19 allait bientôt "disparaître". "Partout dans le monde, on voit de grosses flambées en Europe, de grosses flambées au Canada (...) Beaucoup de flambées. Mais ça va disparaître", a-t-il déclaré, sans une seule fois mentionner l'évolution de l'épidémie dans son pays.

Je veux que vous sachiez que notre nation va vaincre ce terrible virus chinois. Nous produisons des thérapies et des médicaments puissants, nous guérissons les malades, nous allons nous en remettre et le vaccin va arriver très, très vite.

Donald Trump

lors d'un discours devant des sympathisants à la Maison Blanche

Les Etats-Unis, pays le plus touché et le plus endeuillé au monde par la pandémie de Covid-19, a enregistré environ 7,7 millions de cas de contamination et près de 215 000 décès liés au virus. Le nombre de nouveaux cas quotidien repart à la hausse, comme le montre l'université américaine Johns Hopkins*, qui fait référence en la matière. 

Trois rassemblements en trois jours 

Le retour (officiel) du président américain en campagne est imminent. Samedi, son équipe de campagne a annoncé la tenue de deux nouveaux meetings dans des aéroports la semaine prochaine, l'un en Pennsylvanie, mardi et l'autre dans l'Iowa, mercredi. Ils feront suite à un meeting dans un premier aéroport, lundi, en Floride, un Etat capital dans la course à la présidence.

Donald Trump, à peine sorti de la maladie, tiendra donc trois meetings en seulement trois jours. Une manière de rapidement reprendre la main sur sa campagne, dans des "Etats pivots" (les fameux "swing states") où il semble en perte de vitesse. En Pennsylvanie, le président sortant est en recul selon les derniers sondages, relève FiveThirtyEight*. L'écart avec Joe Biden est plus serré dans l'Iowa et en Floride, mais Donald Trump y recule aussi, souligne le site américain. 

Après le meeting dans un aéroport proche d'Orlando lundi, le dirigeant républicain se rendra à Johnstown mardi, puis à l'aéroport de Des Moines (Iowa) mercredi, précise le New York Times*. Le quotidien ajoute que la température de tout participant sera prise avant ces meetings, et que chacun recevra un masque qu'il devra porter. Ces règles seront-elles respectées ? A Des Moines par exemple, le port du masque est obligatoire, mais aucune sanction n'est prévue en cas d'infraction à cette mesure, comme l'explique le Des Moines Register*.

Ces derniers mois, plusieurs cas de contamination au Covid-19 ont été liés à des événements organisés par l'équipe de Donald Trump. Ce fut le cas à Tulsa, dans l'Oklahoma, où le nombre de cas avait sensiblement augmenté début juillet, après un meeting de campagne du président-candidat où une grande majorité des participants ne portaient pas de masques. Plus récemment, neuf personnes ayant pris part à un meeting du président dans le Minnesota ont été testées positives, rapporte CNN*. Deux d'entre elles ont été hospitalisées, dont une en soins intensifs.

* Tous ces liens renvoient vers des pages en anglais. 

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