Covid-19 : que sait-on du "cocktail expérimental" prescrit à Donald Trump ?

Hospitalisé après avoir été testé positif, le président américain a reçu un traitement à base d'anticorps de synthèse développé par la firme Regeneron.

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Donald Trump arrive par hélicoptère à l'hôpital Walter Reed, à Bethesda, dans le Maryland, le 2 octobre 2020.  (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

"Je vais bien, je crois ! Merci à tous !" Dans son premier tweet depuis son arrivée dans un hôpital militaire dans la banlieue de Washington, vendredi 2 octobre, Donald Trump s'est montré rassurant. Testé positif au Covid-19 quelques heures plus tôt, à l'instar de son épouse Melania, le président des Etats-Unis "souffre de fatigue mais a le moral", selon les mots de son médecin, Sean Conley.

Dans un bulletin de santé transmis à la presse, ce dernier donne quelques précisions sur le traitement reçu par Donald Trump : les médecins lui ont injecté une dose de 8 grammes du cocktail expérimental d'anticorps de synthèse développé par la société Regeneron. Le candidat républicain, en pleine campagne pour sa réélection, prend également du zinc, de la vitamine D, de la famotidine – un médicament qui réduit les brûlures d'estomac –, de la mélatonine  une hormone traditionnellement prescrite contre les troubles du sommeil  et de l'aspirine. 

Enfin, Kayleigh McEnany, porte-parole de la Maison Blanche, a indiqué un peu plus tard dans un communiqué qu'après consultation avec des spécialistes, Donald Trump avait reçu du remdésivir, avant d'ajouter que le président américain n'avait "pas besoin d'un supplément d'oxygène". Toutefois, le choix de ce traitement, et notamment l'utilisation du cocktail expérimental de Regeneron, intrigue les spécialistes, nombreux à prendre la parole dans la presse américaine, prêt à spéculer sur l'état de santé du président.

Il imite la réponse immunitaire de l'organisme

Dans son courrier, le médecin du président, Sean Conley, indique que le traitement expérimental de la firme Regeneron, baptisé REGN-COV2, lui a été administré "à titre préventif". Son principe est le suivant : une dose – ici la dose maximale, de 8 grammes – contenant des anticorps de synthèse fabriqués en laboratoire, dits anticorps monoclonaux, est injectée au patient. Leur rôle consiste à imiter la réponse naturelle du corps face à un virus, afin de le combattre plus efficacement. Selon The Guardian (en anglais), ces anticorps s'accrochent à une protéine à la surface du virus, l'empêchant de s'attacher à des cellules sur lesquelles se reproduire, tout en permettant au système immunitaire d'attaquer le virus. Selon le professeur Peter Horby de l'université d'Oxford, une seule injection peut s'avérer efficace sur une durée "d'un mois à six semaines". 

Dans le détail, deux anticorps ont été sélectionnés par Regeneron "parmi des milliers d’anticorps humains", lesquels "sont capables de se lier aux pointes du virus", décrivait début juillet le site Industriepharma.frStat.com (en anglais) rappelle que la piste d'une combinaison d'anticorps en tant que traitement contre un virus a déjà fait ses preuves dans la lutte contre d'autres maladies. Des traitements provenant, entre autres, des laboratoires de Regeneron. Le dernier en date, REGN-EB3, ambitionne ainsi de traiter les patients atteints par le virus Ebola. Pour sélectionner les anticorps à reproduire, les scientifiques de la firme ont cette fois travaillé sur un fragment du génome du coronavirus et utilisé des souris génétiquement modifiées, ainsi que du sang de patients guéris, détaille Stat.com. 

Dans un communiqué publié mardi, la firme s'est félicité des résultats de premiers essais cliniques réalisés sur 275 patients non hospitalisés et présentant des symptômes légers à modérés, les qualifiant d'"encourageants". Les anticorps ont "rapidement réduit la charge virale et les symptômes associés chez les patients infectés par le Covid-19", a réagi le médecin en chef de la société pharmaceutique, George D. Yancopoulos, dans un communiqué (en anglais). Il a par ailleurs expliqué que le traitement s'était révélé particulièrement efficace sur les patients "qui n'ont pas bâti leur propre réponse immunitaire face au virus".

Il n'a pas encore été autorisé sur le marché

De l'autre côté de la Manche, au Royaume-Uni, "des centaines de patients" ont déjà reçu ce traitement dans le cadre d'essais menés par l'université d'Oxford, a indiqué à Radio 4 le professeur Peter Horby. "Très prometteurs", les essais doivent ainsi s'étendre à "30 à 40 hôpitaux" britanniques dans le courant de la semaine prochaine. Pour l'instant, ce médicament particulier "n'a pas généré de signaux alarmants". 

Si prometteur soit-il, selon les dires de Regeneron, ce traitement n'a pas encore reçu l'aval de l'autorité sanitaire américaine, notamment la Food and Drugs Administration (FDA). Des voix se sont ainsi élevées vendredi pour douter de la pertinence d'administrer un tel cocktail au président américain, un homme de 77 ans en surpoids, une catégorie plus à risque de développer une forme grave de la maladie.

"Donner des choses qui n'ont pas fait leurs preuves à des gens qui détiennent le pouvoir, c'est une mauvaise façon de faire de la science, une mauvaise façon de faire de la médecine et ce n'est pas éthique", a réagi un médecin à l'université de San Francisco sur Twitter.

Surtout, les spécialistes s'inquiètent de ne pas disposer d'études scientifiques concernant ce traitement. "Tout ce dont nous disposons, c'est un communiqué de presse. Donc nous ne savons pas sur quelles données scientifiques il s'appuie", a relevé le médecin urgentiste Craig Spencer sur CNN. "Je dirai que je n'avais jamais entendu jusque-là le cas d'un patient, surtout un patient de l'importance du président, qui reçoit un cocktail d'anticorps expérimental", a relevé pour sa part le pneumologue Vin Gupta, à l'antenne de la chaîne MSNBC.

Une décision exceptionnelle pour une situation exceptionnelle, selon le docteur Jonathan Reiner, qui enseigne à l'université George Washington. Pour lui, ce choix "illustre l'inquiétude de la Maison Blanche face à ce diagnostic", a-t-il commenté sur CNN. C'est d'ailleurs l'entourage du président qui a expressément demandé vendredi à Regeneron de lui procurer ce traitement, explique le New York Times. Une demande exceptionnelle qui a nécessité l'aval de la FDA. 

Car en dépit des premiers bilans rassurants communiqués par la Maison Blanche, les médecins rappellent que les patients atteint du Covid-19 sont susceptibles de voir leur état se dégrader rapidement, insistant sur l'importance d'une surveillance constante. Ainsi, des sources proches de la présidence ont indiqué à CNN que le président présentait des difficultés à respirer. "Tout va bien pour l'instant, mais nous craignons que son état change rapidement", a partagé une source anonyme.

Il coûte très cher et il est difficile à produire

Délivré au président à titre exceptionnel, ce traitement pourrait, s'il s'avère efficace sur Donald Trump, faire l'objet de nombreuses demandes. Comme le rappelle le New York Times, il est possible en vertu de la loi sur le "droit d'essayer", signée en 2018, de demander directement au laboratoire de fournir à des patients sur qui les traitements ont échoué des médicaments expérimentaux sans attendre l'aval de la FDA. "Notre priorité est de maintenir une quantité suffisante du traitement pour poursuivre des essais cliniques rigoureux, a déclaré au journal une porte-parole de Regeneron. Il existe une quantité de produit disponible pour cet usage dit 'de compassion', lesquels sont approuvés au cas par cas, dans des circonstances exceptionnelles." 

Or, les anticorps de synthèses sont difficiles et coûteux à développer. Ainsi, Regeneron, dont le PDG est un partenaire de golf de Donald Trump, a bénéficié de 500 millions de dollars de fonds fédéraux pour développer et produire son médicament avant même l'obtention du feu vert des autorités sanitaires. En cas de réussite de Regeneron, le Département de la Défense s'est déjà engagé à distribuer les 300 000 premières doses, poursuit le New York Times. 

Avant de contracter le virus lui-même, Donald Trump s'était fait le VRP de traitements potentiels, comme l'hydroxychloroquine. Or, la molécule ne fait pas partie de l'arsenal administré à l'ancien magnat de l'immobilier. Autre médicament considéré comme parmi les plus prometteurs, l'antiviral remdésivir a également été administré au président des Etats-Unis. Reste à savoir les effets que produiront la combinaison de ces médicaments prescrits contre le Covid-19, une maladie qui ne bénéficie pour l'instant d'aucun traitement spécifique. 

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