Etats-Unis : "Il s'agit d'un problème sécuritaire, pas d'un problème démocratique", estime un spécialiste du pays après les violences au Capitole

Des supporters de Donald Trump ont fait irruption dans le Congrès américain mercredi, après une nouvelle manifestation contestant la victoire de Joe Biden. Lauric Henneton, maître de conférences à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste des Etats-Unis, revient sur ces événements. 

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Propos recueillis par - Valentine Pasquesoone
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Temps de lecture : 4 min.
Des manifestants pro-Trump au Congrès américain, le 6 janvier 2021 à Washington (Etats-Unis).  (WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Des scènes de chaos, au cœur d'une institution politique. Des partisans du président sortant des Etats-Unis, Donald Trump, se sont introduits dans l'enceinte du Congrès américain, mercredi 6 janvier à Washington (Etats-Unis), après une manifestation visant à contester la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle. Après une coupure de plusieurs heures, le Congrès a repris le processus de certification des votes du collège électoral, ultime étape de validation de la victoire du démocrate.

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Pour mieux comprendre ces événements, franceinfo a interrogé Lauric Henneton, maître de conférences à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste des Etats-Unis.

Franceinfo : Comment caractériser ces événements inédits au Congrès ? 

Lauric Henneton : C'est une bonne question. C'est quelque chose d'historique, mais ce n'est pas un coup d'Etat. Un coup d'Etat est un projet politique, de prise de pouvoir par la violence, pas par les urnes. Ces manifestants savent bien qu'ils ne prendront pas le pouvoir, qu'ils ne sortiront pas du Capitole avec le pouvoir. C'est du spectacle, un happening. Il ne s'agit pas de révolutionnaires : quand vous les voyez arriver dans l'hémicycle, ils se prennent en photo. On les voit se prendre en photo également dans le fauteuil de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Il y a des personnes violentes parmi eux, mais ce n'est pas un coup d'Etat où l'armée se retourne contre le gouvernement. Il y a une intrusion, violente certes, mais ils ne sont pas là pour remettre Donald Trump sur le trône.

En revanche, nous pouvons nous interroger sur la facilité avec laquelle ces personnes sont entrées dans le Capitole. Il s'agit d'un problème sécuritaire, d'une preuve d'incompétence sécuritaire hallucinante, pas d'un problème démocratique. Quand l'on voit à quel point les forces de l'ordre étaient impressionnantes pour protéger le Capitole lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter, on s'étonne des trous dans la raquette... 

Quelle est la responsabilité du président américain dans ce coup de force ? 

La responsabilité de Donald Trump dans ces événements est totale. Il a organisé le rendez-vous, la manifestation. Il a tenu un discours devant les manifestants. Il a donné le coup d'envoi. Sa responsabilité est absolument totale du début à la fin : sa contestation des résultats avant et après le scrutin, le fait qu'il dise : "Nous ne concéderons jamais"... Il s'agit d'une incitation à l'émeute. 

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Nous avons vu une gradation. Il y a eu cette longue période de contestation de la légitimité des résultats. Donald Trump explique depuis 2016 que s'il perd, c'est que l'élection est truquée. Un certain nombre de personnes croient en cela. 

Le fait d'arriver à de tels délires aujourd'hui a une explication. Le fait que Donald Trump ait été président, en capacité d'être réélu, en dit long sur l'insatisfaction politique aux Etats-Unis. Les partis sont historiquement faibles en tant que structure. L'insatisfaction du peuple envers ses élites politiques est le symptôme de cette faiblesse des partis. Les deux partis sont impopulaires, le Congrès est impopulaire... Il y a une chute de la confiance dans les institutions. Et cela explique totalement pourquoi Donald Trump est là : il a été vu comme quelqu'un de différent et de transgressif. 

Quelles vont être les suites de ces événements ? 

Sur le terrain politique, c'est le clou dans le cercueil du trumpisme. Beaucoup de politiques aspiraient à faire du trumpisme sans Trump. Je ne sais pas s'ils s'attendaient à ce que cela dégénère à ce point. Quand on est républicain, voir le Capitole pris d'assaut comme cela est difficilement admissible. Pour les plus fidèles, ces actes sont légitimes, mais pour les trumpistes pas forcément convaincus ou les républicains qui ne sont pas trumpistes, ces images sont inadmissibles. Tout ce qui va se réclamer d'un trumpisme incendiaire, subversif, aura moins bonne presse. Nous allons voir un plus grand fossé entre la droite trumpiste et la droite américaine qui ne l'est pas. 

Il pourra y avoir d'autres incidents, mais pas forcément à Washington. A partir d'aujourd'hui, Washington va être en état d'alerte, avec des forces de l'ordre davantage déployées. Le processus de certification sera long, mais il sera finalisé. Quant à Donald Trump, il y aura bien un moment où il ne sera plus président et je pense qu'il le sait. Mais le président est un immense narcissique, il faut qu'il fasse l'actualité. Une partie de lui est résignée, mais une partie de lui va peut-être vouloir rester jusqu'au dernier moment. Inventera-t-il un nouveau stratagème pour être sorti par l'armée ? Cela ferait de belles images et je pense qu'il faut raisonner en ces termes. Tout ce qui est absurde d'un point de vue rationnel n'est plus exclu. 

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