Election américaine : coronavirus, crise économique, fracture raciale... Les sept dossiers chauds qui attendent Joe Biden à la Maison Blanche

Le nouveau président des Etats-Unis, élu samedi 7 novembre, hérite d'un pays abîmé, divisé et ébranlé par une crise sanitaire et économique de grande ampleur. Voici la feuille de route qu'il trouvera dans le Bureau ovale.

Article rédigé par
Envoyé spécial à Washington (Etats-Unis) - Raphaël Godet
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Joe Biden, alors candidat à la présidentielle américaine, le 5 novembre 2020, lors d'une allocution depuis son fief de Wilmington (Delaware). (JIM WATSON / AFP)

Trente-deux ans qu'il attend ça, six mois qu'il se bat pour, quatre ans pour le faire. Une fois qu'il aura déballé ses cartons à la Maison Blanche, Joe Biden, qui est devenu samedi 7 novembre le 46e président des Etats-Unis, devra se retrousser les manches. L'épidémie de Covid-19, l'économie en berne, la crise écologique, les relations avec la Chine... Franceinfo fait le point sur les gros dossiers qui attendent le nouveau président des Etats-Unis.

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Freiner l'épidémie de Covid-19

Joe Biden va rapidement devoir enfiler une blouse blanche : l'épidémie de Covid-19 a déjà tué plus de 233 000 personnes aux Etats-Unis, de loin le pays le plus endeuillé de la planète. Chaque jour, il enregistre 850 nouveaux décès en moyenne, et près de 100 000 nouvelles contaminations.

Pendant sa campagne, le candidat démocrate reprochait à l'administration Trump de n’avoir pas mis en place une réponse fédérale face à la pandémie. "Nous sommes dans cette crise depuis près de huit mois et le président n’a toujours pas de plan, a récemment déclaré l’ancien vice-président de Barack Obama dans un discours télévisé. Il a abandonné, il vous a abandonnés, il a abandonné votre famille et il a abandonné l’Amérique".

Lui s'engage à instaurer "immédiatement" un plan national de lutte contre l’épidémie "pour enfin prendre de l’avance sur le virus et recommencer à vivre". Cela implique un vaccin "gratuit pour tout le monde, que vous [ayez une assurance-santé] ou non".

Pour ne pas perdre de temps, Joe Biden veut profiter de la période de transition (c'est-à-dire avant l’investiture prévue le 20 janvier) pour consulter les gouverneurs des cinquante Etats. Une fois au pouvoir, il appellera notamment le Congrès à voter une loi d’envergure pour financer la lutte contre le virus et instaurera le port obligatoire du masque dans les bâtiments fédéraux et dans les transports entre Etats.

Relancer l'économie du pays

Qu'il semble déjà loin le temps où les Etats-Unis pouvaient se vanter de la forme olympique de leur économie, comme en février, quand le taux de chômage était à 3,5%. Neuf mois plus tard, fin septembre, le voilà remonté à 7,9%, après avoir grimpé jusqu'à 14,7%. Plus globalement, le nombre d’Américains qui déclarent avoir perdu définitivement leur emploi est désormais de 3,8 millions contre 2 millions en avril.

Le président Biden devra donc s'atteler à relever une économie à terre. Il a annoncé son intention de mettre sur la table 700 milliards de dollars pour soutenir la production américaine : 400 milliards pour acheter des produits "made in USA" et 300 alloués à la recherche et au développement dans des secteurs aussi variés que "les véhicules électriques, la 5G et l'intelligence artificielle".

Joe Biden estime que ce plan de relance permettra de restaurer les millions d'emplois détruits durant la crise sanitaire et d'en créer 5 millions supplémentaires. Il faudra au moins ça : en octobre, le pays avait déjà récréé 11,4 millions des 22 millions d’emplois perdus en mars et en avril. Mais certains observateurs estiment qu'il faudrait près d’un an et demi avant que le marché de l’emploi retrouve ses niveaux d’avant la crise. 

Diminuer la fracture raciale

Pendant sa campagne, Joe Biden a rencontré des responsables afro-américains, dénoncé un "racisme institutionnel" et mis en garde contre la tentation présidentielle d’utiliser "l’armée américaine contre les Américains". Bref, l'exact inverse de son adversaire dont certains lui reprochaient d'alimenter le climat de violence et de haine. 

C'est que l'ancien vice-président de Barack Obama, qui a toujours soutenu les manifestations pacifiques, a compris que la fracture raciale était l'un des défis majeurs qui l'attendait. "La haine se cache, mais elle ne disparaît pas et lorsque quelqu’un au pouvoir insuffle de l’oxygène dans cette haine dissimulée, elle sort de sa cachette", a-t-il par exemple déclaré quelques jours après la mort de George Floyd lors de son inter­pellation par la police de Minneapolis (Minnesota). 

Renouer avec l'accord de Paris sur le climat

Cela aura été l’un des derniers actes de Donald Trump : le 4 novembre dernier,  les Etats-Unis quittaient de manière effective l’accord de Paris sur le climat. Mais aussitôt partis, aussitôt revenus ? Le nouveau président démocrate s'engage à retrouver le fauteuil vacant, et ce, dès son entrée en fonction. L'un des objectifs de l’accord de Paris, signé en décembre 2015 par 195 pays, est de contenir la hausse des températures à 1,5° C par rapport à l’ère préindustrielle.

Comment ? Il lui suffit de notifier officiellement à l’ONU la volonté des Etats-Unis de revenir. Cet acte a une portée symbolique. "Il marque le retour des Etats-Unis dans les instances multilatérales et de l’Amérique dans la communauté de destin mondiale", écrit Le Monde.

Apaiser les relations avec Pékin

Entre la guerre commerciale qu'il a lancée contre la Chine, il y a trois ans, et  le fameux "virus chinois" qu'il a vociféré sur les estrades électorales, les relations entre Washington et Pékin se sont largement détériorées sous Donald Trump. Mais ces tensions devraient – du moins, pourraient – disparaître avec Joe Biden.

Et ce, même si du côté de Pékin aucune préférence officielle entre les deux candidats n'avait été émise. "Nous nous moquons de savoir qui est à la Maison Blanche. Ce que nous voulons, c’est une relation calme et meilleure avec les Etats-Unis", assurait il y a quelque temps le vice-ministre chinois des affaires étrangères, Qin Gang. 

Sur le plan économique, Joe Biden héritera des droits de douane et "Pékin devra probablement céder à d’autres exigences américaines s’il veut la levée de ces surtaxes", observe dans La Croix Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington. En revanche, Joe Biden l'a déjà dit : il ne reviendra pas sur l’exclusion des équipements de Huawei pour l’installation de la 5G.

Renouer avec les instances internationales

Joe Biden va en avoir des mains à serrer pour se rabibocher avec les représentants des instances internationales que son prédécesseur a snobées ou tout simplement quittées pendant son mandat. Outre sa promesse concernant l'accord de Paris, le 46e président des Etats-Unis s'est engagé à d'autres actes  :

- Remettre en place la contribution financière que les Etats-Unis versaient il y a encore quelques mois à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Faire en sorte que son pays réintègre l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) que Donald Trump accusait d'être "anti-israélienne".

- Permettre aux Etats-Unis de réintégrer le Partenariat transpacifique (TPP) que Donald Trump a quitté dès janvier 2017, quelques jours après sa prise de fonction. 

Quant à l'Otan, que Donald Trump a un jour qualifiée d'"obsolète", là encore Joe Biden veut remettre les choses à plat. L'organisation envisage d'ailleurs un sommet dès le mois de mars à Bruxelles pour "réunir l'Europe et l'Amérique du Nord". Ce rendez-vous "fournirait à Biden une tribune (...) et fournirait aussi à l'Otan l'opportunité de laisser derrière elle l'époque Trump", a déclaré un diplomate.

Relancer la solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien

Encore un dossier bouillant que Joe Biden trouvera quelque part sur son bureau. Fin avril, celui qui n'était encore que candidat démocrate à la Maison Blanche affirmait qu’il maintiendrait à Jérusalem l’ambassade des États-Unis en Israël s’il remportait l’élection en novembre. Selon lui, elle "n'aurait pas dû être déplacée" par l’administration Trump, "mais maintenant que c’est fait, je ne ramènerais pas l’ambassade à Tel Aviv", avait-il ajouté lors d’une collecte de fonds organisée en ligne, selon des propos rapportés par l'AFP.

Par ailleurs, Joe Biden souhaite rouvrir un consulat "à Jérusalem-Est pour dialoguer avec les Palestiniens". Son administration "exhortera les deux parties à prendre des initiatives afin de maintenir en vie la perspective d’une solution à deux Etats."

Nous ne pouvons pas avoir peur de dire la vérité à nos amis les plus proches (…) la solution à deux Etats est la meilleure, sinon l’unique solution pour garantir un futur pacifique à l’Etat juif et démocratique d’Israël.

Joe Biden

devant l’organisation progressiste juive J Street

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