Assaut du Capitole : un an après l'attaque à Washington, où en est l'enquête qui tente d'établir la responsabilité de Donald Trump ?

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Donald Trump prononce un discours face à ses partisans, le 6 janvier 2021, à Washington (Etats-Unis). (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

De nombreux éléments mis au jour par la presse et dans le cadre de l'enquête parlementaire mettent en cause l'ancien président américain, qui a encouragé l'attaque et a tardé à intervenir pour y mettre un terme. Franceinfo fait le point sur ces révélations.

"Je tiens Donald Trump pour responsable à 100% de ce qui s'est produit le 6 janvier 2021, lui et tous ceux qui l'ont protégé et continuent de le protéger." Un an après l'assaut du Capitole par des pro-Trump, la compagne d'un policier tué lors des violences a mis en cause l'ancien président américain lors d'un entretien avec la chaîne PBS*. "Il devrait être en prison", a lancé Sandra Garza. Pourtant, aucune enquête n'a jusqu'ici établi la responsabilité du républicain dans l'attaque qui visait à empêcher la certification par le Congrès de la victoire de son rival, Joe Biden, à la présidentielle.

Donald Trump a été acquitté par le Sénat, à majorité républicaine, en février 2021, à l'issue d'une procédure de destitution pour "appel à l'insurrection". Mais l'ancien président n'est pas tiré d'affaire pour autant. Dans le discours qu'il va prononcer jeudi 6 janvier pour commémorer l'assaut du Capitole, Joe Biden entend dénoncer clairement la "responsabilité" de son prédécesseur dans ce "chaos". "Le couronnement tragique de ce que quatre années de présidence Trump ont fait à ce pays", estime la Maison Blanche, alors qu'une enquête parlementaire, lancée en parallèle de la monumentale investigation menée par le FBI, espère toujours déterminer ses éventuelles fautes dans l'attaque qui a fait cinq morts.

A l'origine, les démocrates souhaitaient qu'elle soit menée par une commission indépendante bipartisane, semblable à celle qui avait travaillé sur les attentats du 11-Septembre, rappellent Les Jours (article abonnés). Dans un pays très polarisé, l'adhésion des républicains aurait permis de donner encore plus de poids aux conclusions de l'investigation. Mais c'était sans compter sur le refus des conservateurs de mettre en cause leur président sortant.

Donald Trump dans le viseur

En juin, la patronne démocrate de la Chambre des représentants a donc annoncé la création d'une commission d'enquête spéciale, ne comptant finalement que deux républicains. "Nous pouvons soit être loyaux envers Donald Trump, soit loyaux envers la Constitution, mais on ne peut pas faire les deux", a justifié l'une d'entre elles, la représentante Liz Cheney*. Au fil des commissions rogatoires et des auditions, les élus ont récolté plus de 35 000 documents retraçant l'assaut et les semaines qui y ont mené. "Ils cherchent a établir dans quelle mesure cette insurrection a été planifiée", explique à franceinfo Steven R. Ekovich, professeur de sciences politiques à l'American University of Paris.

"Le but est aussi de rassembler des éléments sur le financement de la manifestation qui a précédé l'assaut et sur la possible responsabilité de la Maison Blanche ou d'autres proches de Donald Trump à Washington."

Steven R. Ekovich, politologue

à franceinfo

De premiers documents ont révélé les efforts déployés par l'ancien chef de l'Etat et ses proches pour discréditer les résultats du scrutin présidentiel. Un "plan stratégique de communication" établi par son équipe détaille ainsi comment "inspirer les citoyens à faire pression sur les membres du Congrès (…) pour qu'ils ignorent les résultats frauduleux de l'élection et certifient la victoire de Donald Trump", rapporte le New York Times*.

La commission spéciale a également découvert, parmi 9 000 documents remis par l'ancien directeur de cabinet de Donald Trump, un document PowerPoint détaillant les "options" pour permettre au milliardaire de conserver le pouvoir malgré sa défaite. En clair, différent scénarios pour mener un "coup d'Etat", accuse le Guardian*. Parmi les pistes suggérées : la déclaration de l'état d'urgence par le président ou encore l'invalidation des résultats de certains Etats par le vice-président, Mike Pence, chargé de présider le vote de certification au Congrès.

Face au refus de son numéro 2 de porter un tel coup à la Constitution, Donald Trump a décidé de continuer à faire pression sur Mike Pence, publiquement cette fois. Le 6 janvier 2021, alors que le Congrès était en pleine session à quelques centaines de mètres de là, le président a participé à une manifestation rassemblant 40 000 de ses partisans à Washington. "J'espère que Mike fera ce qu’il a à faire", a-t-il déclaré avant d'inviter la foule à se diriger vers le Capitole.

187 minutes de silence et de "manquement au devoir"

Malgré de nombreuses alertes adressées aux forces de l'ordre dans les jours précédents*, avertissant sur un risque de violences à Washington, la police du Capitole n'avait pas assez renforcé ses effectifs. Ses agents ont rapidement été débordés par les militants ;pro-Trump, qui ont pénétré dans l'enceinte du Congrès. Donald Trump, lui, est rentré s'enfermer à la Maison Blanche.

Des partisans de Donald Trump forcent l'entrée du Capitole, le 6 janvier 2021, à Washington (Etats-Unis). (ROBERTO SCHMIDT / AFP)

Qu'a fait l'ex-président américain durant les trois heures qui se sont écoulées avant qu'il n'appelle ses partisans au calme ? C'est une autre question centrale posée par l'enquête parlementaire qui souligne l'ampleur de son inaction. Selon le Washington Post*, le milliardaire a suivi les violences en direct sur une télévision de la Maison Blanche.

Plusieurs SMS reçus par l'ancien directeur de cabinet de Donald Trump, Mark Meadows, attestent que des présentateurs de la chaîne conservatrice Fox News, des responsables politiques et des élus piégés à l'intérieur du Congrès ont demandé à la Maison Blanche d'intervenir pour mettre un terme aux violences. "Il doit condamner ce merdier dès que possible", a même écrit l'un des fils du chef d'Etat, Donald Trump Junior, à Mark Meadows. "Nous avons besoin d'une prise de parole depuis le Bureau ovale. (...) C'est allé trop loin."

Des partisans de Donald Trump à l'intérieur du Capitole, à Washington, le 6 janvier 2021 (SAUL LOEB / AFP)

Mais ce n'est qu'après 187 minutes que Donald Trump a enfin publié une vidéo sur Twitter, demandant à ses partisans de "rentrer chez eux". Cent-quatre-vingt-sept minutes durant lesquelles "un photographe de presse a été traîné dans des escaliers", 138 policiers ont été blessés, des élus terrorisés et "le bureau de la présidente de la Chambre saccagé", liste le Washington Post.

"Il est totalement inhabituel pour un responsable, quel qu'il soit, de regarder ces événements se dérouler sans rien faire", a dénoncé le président de la commission spéciale dans un entretien à CNN*, fin décembre. "Plusieurs éléments pourraient potentiellement faire l'objet de poursuites, mais je crois qu'il n'y a aucun doute sur le fait qu'il y a eu un manquement au devoir" de la part de l'ancien président américain, a abondé la républicaine Liz Cheney*.

Une course contre-la-montre avant les élections de mi-mandat

La partie est pourtant loin d'être gagnée pour la commission spéciale. A l'automne, Mark Meadows a cessé de coopérer avec l'enquête et refusé de témoigner devant les parlementaires, s'exposant à un an de prison pour "tentative d'entrave à une enquête du Congrès". Selon le Guardian*, plusieurs autres anciens collaborateurs de Donald Trump ont multiplié les tentatives pour ralentir l'investigation (et se protéger, au passage, d'éventuelles poursuites).

Le milliardaire a, lui, déposé des recours devant la justice afin d'empêcher la commission d'accéder aux archives de la Maison Blanche, qui consignent le détail de ses activités du 6 janvier. Deux tribunaux l'ont déjà débouté, estimant que cette requête n'avait pas de fondement juridique et le dossier est désormais devant la Cour suprême. "On attend de connaître la décision de la plus haute juridiction du pays, où Donald Trump a nommé plusieurs conservateurs. Mais il serait surprenant que la Cour suprême aille à l'encontre des deux autres juridictions", avance auprès de franceinfo Lauric Henneton, maître de conférences à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

"Ce qui transparaît, c'est que si l'ex-président insiste à ce point pour que les documents ne soient pas remis à la commission, ça ne doit pas être flatteur pour son propre récit."

Lauric Henneton, historien

à franceinfo

L'objectif du républicain est surtout de gagner du temps. "Même si ses recours n'aboutissent pas, ils ralentissent le processus : à chaque fois qu'il attaque en justice, cela retarde la production des documents", note Steven R. Ekovich. Rien ne garantit que la commission parviendra au bout de son enquête avant les élections de mi-mandat (midterms), début novembre, que les républicains semblent être en position de remporter. En cas de victoire à la Chambre des représentants, le GOP pourrait mettre un terme à l'investigation. C'est donc une véritable course contre-la-montre qui s'est engagée à Washington.

La commission entend livrer un premier rapport sur l'assaut cet été, précise le Washington Post*. Elle a déjà averti qu'elle envisageait de faire des recommandations au parquet fédéral en vue d'éventuelles poursuites pénales, alors que plus de 700 militants ont été mis en examen et 70 ont été condamnés. Le ministre de la Justice a d'ailleurs promis mercredi que toutes les personnes impliquées dans l'assaut seraient poursuivies "quel que soit leur statut". L'enquête parlementaire "a aussi vocation à empêcher que ces violences se reproduisent, donc à mettre en place des nouvelles législations", rappelle Lauric Henneton.

"Une des choses sur lesquelles la commission doit se pencher, sur le plan législatif, c'est de savoir si nous avons besoin de durcir les peines pour ce type de manquement au devoir."

Liz Cheney, vice-présidente républicaine de la commission d'enquête

à la chaîne américaine ABC

A travers cette enquête, les démocrates espèrent surtout répondre au discours conspirationniste et aux fausses informations relayées par les militants pro-Trump depuis le jour de l'élection présidentielle. "L'objectif est de documenter les faits et surtout d'établir le récit qui fera autorité sur le déroulement de cette journée du 6 janvier, analyse Lauric Henneton. Car les Etats-Unis sont aujourd'hui plongés dans une bataille de récits entre les trumpistes, qui ont leur propre réalité, et les autres."

* Ces liens renvoient vers des articles ou des contenus en anglais.

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