Drones, portiques, bracelets électroniques... Comment sécuriser de grands événements

Après l'attentat de Manchester, à la sortie d'un concert d'Ariana Grande, franceinfo passe en revue les moyens mis en œuvre pour tenter de réduire la menace, face aux évolutions des méthodes employés par les terroristes.

Des supporters de l\'équipe de France lors du match France-Islande à Toulouse (Haute-Garonne), le 3 juillet 2016.
Des supporters de l'équipe de France lors du match France-Islande à Toulouse (Haute-Garonne), le 3 juillet 2016. (MAXPPP)

Au moins 22 personnes, dont de nombreux jeunes et enfants, ont été tuées dans un attentat-suicide à la sortie d'un concert à Manchester, lundi 22 mai. A la sortie du show de la star américaine Ariana Grande, un homme a déclenché un engin explosif visant à causer un "maximum de victimes". Cet attentat est le plus meurtrier commis au Royaume-Uni depuis douze ans.

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Ce n'est pas la première fois qu'un lieu de spectacle est la cible d'un attentat. Comment les autorités et les entreprises de sécurité font-elles face à cette nouvelle menace visant les "soft targets" – "cibles molles" – en opposition aux "cibles dures" comme les monuments publics ou les bâtiments militaires ? Franceinfo fait le point sur les méthodes employées.

Des portiques de sécurité lors de l'Euro 2016

Plus de 700 000 supporters, 24 équipes de football, 31 jours de compétition sur 10 sites différents. Pour les autorités publiques et leurs partenaires privés, la sécurisation de l'Euro 2016 a constitué un véritable casse-tête. "Nous avons commencé à préparer la sécurité de l'événement presque deux ans à l'avance, explique à franceinfo Olivier Duran, du Syndicat national des entreprises de sécurité. Dans ce genre d'événement aussi énorme, l'anticipation est la clé de la réussite."

Les attentats du 13-Novembre ont changé la donne. La mise en place de l'état d'urgence et la menace terroriste très élevée ont contraint les autorités à renforcer encore plus la sécurité, notamment aux abords des "fan zones", espaces dans lesquels jusqu'à 20 000 supporters étaient regroupés pour voir un match sur écran géant.

On a mis en place les mêmes mesures de sécurité que celles d'un aéroport.Olivier Duranà franceinfo

Devant la plupart des "fan zones", des portiques de sécurité ont donc été installés. "Les supporters étaient palpés, fouillés, filtrés. On vérifiait le contenu des sacs à dos, parfois on interdisait à certains d'entrer... Des contrôles poussés qu'on ne voit pas habituellement dans des sites de cette nature." A Paris, aucune voiture n'a été autorisée à stationner ou véhiculer autour de la "fan zone", de la tour Eiffel et des stades.

A cela s'ajoute un budget conséquent dédié à la vidéoprotection et à la mobilisation de plus de 70 000 policiers et gendarmes, selon Bernard Cazeneuve, cité par L'Equipe. Des moyens "hors norme". Clos sans incidents majeurs, l'Euro 2016 a été salué par les autorités pour son bon déroulement. "Mais cela a un coût auquel les Etats ne pourront pas toujours faire face, reprend Olivier Duran. On peut toujours augmenter la sécurité de manière quantitative, le risque zéro n'existera jamais."

Des drones et des robots pour le Mondial 2014

Le "plus gros dispositif de sécurité de l'histoire" du pays. Au printemps 2014, le Brésil s'apprête à accueillir la Coupe du monde de football. Avec plus de 40 000 homicides répertoriés chaque année, les autorités veulent promouvoir une image apaisée du pays, décrit le JDD. "On ne peut se permettre le moindre dysfonctionnement", déclare alors Ricardo Trade, le président du comité d'organisation. Près de 855 millions de dollars (760 millions d'euros) sont attribués à la sécurité de l'événement – cinq fois plus que le Mondial sud-africain en 2010 –, 100 000 policiers et 72 000 soldats sont réquisitionnés pour encadrer la compétition.

En plus de ces mesures exceptionnelles, les autorités importent des drones d’Israël, des robots démineurs nord-américains et des chars antiaériens allemands, note Le Monde. Equipés de caméras, de radars et de senseurs, les drones sont capables de suivre le mouvement des personnes et des véhicules et de survoler les sites de la compétition d'une hauteur de 2 000 à 5 000 m, explique Le FigaroTrente robots antiexplosifs sont par ailleurs déployés sur les différents sites. Utilisés dans les zones de guerre, en Irak ou en Afghanistan, ils sont équipés de plusieurs caméras haute résolution, d’un GPS et de capteurs capables de détecter des explosifs, résume L'Usine digitale.

Malgré ces énormes moyens, plusieurs enquêtes révèlent que certaines portes grillagées autour du stade Maracana, à Rio, ont été fermées par de simples cordons de plastique ou que des barrières sont tenues par du simple gros scotch, décrit Le Monde. Des "failles ponctuelles", selon le sous-secrétaire des grands événements à la sécurité de Rio de Janeiro de l'époque. Selon plusieurs observateurs, c'est l'organisation à la hâte et le manque de personnels privés et qualifiés qui ont manqué au pays.

Des bracelets électroniques pour le pèlerinage à La Mecque

Chaque année, près de deux millions de musulmans se rendent à La Mecque, en Arabie saoudite, pour le pèlerinage du "hadj", le cinquième pilier de l'islam. L'événement est régulièrement endeuillé par de mortelles bousculades, comme en 2015, où environ 2 000 personnes ont trouvé la mort. Face à la succession de ces drames, l'Arabie saoudite a décidé d'équiper tous les bêlerions de bracelets électroniques étanches et reliés à un GPS en 2016, décrit RFI. Le but étant de gérer au mieux le nombre important de pèlerins dans un lieu confiné et sur une durée limitée.

Ce bracelet comportait des informations personnelles telles que le passeport ou l'adresse des pèlerins, mais aussi des informations médicales comme les maladies, les allergies. Elles étaient accessibles aux employés du ministère et agents de sécurité via un smartphone et permettaient d'identifier rapidement les pèlerins en cas d'accident.

Aux abords des sites, de nouvelles mesures de sécurité ont aussi été prises afin d’assurer le bon déroulement de l’événement, avec la mobilisation de plus de 100 000 agents de sécurité, 177 ambulances, 260 000 cadres médicaux et paramédicaux, résume Jeune Afrique. Des quotas de pèlerins ont également été mis en place et les horaires de lapidation des stèles de Satan, un des moments les plus risqués du pèlerinage, ont été réduits afin de mieux maîtriser les flux. 

Des "no man's land" autour des salles de concert en Israël

Depuis les attentats du 13-Novembre à Paris, la France a engagé des mesures afin de sécuriser ses salles de concert. A l’instar d’Israël, plusieurs salles de grande taille ont mis en place des "no man’s land" à leur périphérie comme l’Arena de Bercy à Paris, où seuls les spectateurs et le personnel habilité peuvent pénétrer.

Le public est prié de venir bien à l’avance car le temps passé dans cet espace tampon peut facilement atteindre la demi-heure, détaille Le Figaro. Les sacs à dos sont d’ailleurs interdits. Mais les moyens mis en œuvre restent limités car ils concernent surtout les grands complexes et non les salles moyennes. En Israël, celles-ci font également l'objet d'un contrôle de sécurité en amont et en aval. "Outre des barrages filtrants prépositionnés, ces zones de 'no man's land' sont étroitement surveillées par des patrouilles mobiles des unités d'élite de la police prêtes à intervenir à tout moment", précise David Khalfa, chercheur associé à l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE). Et la sensibilisation du public reste encore largement inférieure à ce qui se fait dans l’Etat hébreu.

Car en Israël, toute la société est sensibilisée à la menace, explique Les Echos. "La formation de la population, par les exercices tout au long de la vie, dans les écoles, les grands magasins, permet l’établissement d’un système d’alerte permanent et une grande rapidité d’intervention", explique à franceinfo David Khalfa. Toutes les semaines, les forces de l’ordre participent à des exercices de simulation d’attaques, de concert avec les personnels hospitaliers et les psychologues. C’est donc l’ensemble des acteurs qui sont prêts à réagir en cas d’attaque.