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Quel était le niveau de sécurité au Royaume-Uni avant l'attentat de Manchester ?

Malgré l'image flegmatique prêtée au peuple britannique, les autorités se préparaient depuis longtemps à un attentat meurtrier.

Article rédigé par franceinfo
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Une patrouille de police dans la gare londonienne de Waterloo, le 28 juillet 2012. (ANDREW COWIE / AFP)

"Il y aura des attentats terroristes dans le pays", affirmait sans ambages Andrew Parker, le patron du service de contre-espionnage britannique MI5 dans une interview au Guardian (en anglais), fin 2016. Depuis cette déclaration, le Royaume-Uni a été frappé par deux attentats. D'abord le 22 mars, lorsqu'un assaillant percute plusieurs piétons près du Parlement, avant de poignarder un policier et de se faire abattre. Et ce lundi 22 mai, quand un homme s'est fait exploser à la sortie du concert d'Ariana Grande à Manchester. Le pays s'était depuis longtemps préparé à cette éventualité. Mardi, Theresa May a néanmoins annoncé que le niveau d'alerte était relevé d'un cran, au niveau "critique", le plus élevé.

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Un niveau de menace "sévère" depuis 2014

Au Royaume-Uni, ce n'est pas le gouvernement qui fixe le niveau de menace terroriste, mais un collège d'experts rattaché à Scotland Yard. Depuis 2014, le niveau est fixé au quatrième échelon, sur une échelle qui en compte cinq. Les experts se basent sur des informations concernant une menace directe pour le pays pour le réajuster, explique le Telegraph (en anglais). Il n'a ainsi été poussé qu'une seule fois au niveau "critique", le plus haut : en 2007, après la découverte de deux voitures piégées dans le centre de Londres, puis une attaque avec un camion citerne à l'aéroport de Glasgow. Après l'attaque de Westminster, en mars dernier, le collège n'avait pas jugé bon de passer au niveau "critique", faute d'informations sur d'éventuels projets d'attentats, selon Theresa May.

Des services secrets renforcés

Les services secrets britanniques ont fait de gros efforts depuis les attentats du métro de Londres, en juillet 2005. Ils ont été réorganisés de fond en comble, en se dispatchant sur tout le territoire au lieu de rester concentrés à Londres. Le MI6 – responsable de la sécurité extérieure – a laissé entendre qu'il avait réussi à infiltrer des agents dans l'état major de l'Etat islamique. Et ils ont pu bénéficier de renforts considérables dans leurs effectifs : le MI5 – en charge de la sécurité intérieure – a recruté 1 000 agents, pour passer à 5 000, le MI6 passant dans le même laps de temps de 2 500 à 3 500 agents, indique le Guardian (en anglais). Et ils bénéficient toujours de leur alliance avec la NSA, via l'organisation Five Eyes, pour récupérer des communications interceptées.

Une présence policière plus visible

Après les récents attentats en Europe (les attentats du 13-Novembre, l'attaque au camion de Nice ou de Berlin), la réaction des autorités britanniques est toujours la même : augmenter les patrouilles de police visibles. Au lendemain des attentats de Bruxelles, la "Met Police" annonçait un renforcement des patrouilles, en précisant que "ces policiers additionnels sont déployés dans le cadre de mesures visant à rassurer la population." Le patron du Metropolitan police service londonien expliquait à CNN, après les attentats de Paris, qu'"en juillet, nous avons fait un exercice important pour ce type de scénario, une série de fusillades".

Un arsenal législatif conséquent

De par sa situation géographique, le Royaume-Uni est mieux protégé que le continent. Les points d'entrée y sont limités, mieux contrôlés. Il y est également plus difficile de se procurer une arme que sur le continent.

Le gouvernement de David Cameron a aussi fait voter une loi particulièrement liberticide, bien plus sévère que la loi Renseignement qui avait causé un certain émoi en France. La "Snooper's charter" – littéralement la "charte du fouineur" –  permet aux services de sécurité de s'introduire dans les équipements informatiques de tout un chacun, de maintenir de gigantesques bases de données sur les citoyens, y compris ceux qui ont un casier vierge, ou d'obliger les entreprises à livrer les données sur un de leurs utilisateurs, résume le site spécialisé Wired. L'historique de navigation de tous les utilisateurs est gardé pendant un an par les fournisseurs d'accès à internet, pour être disponible pour les autorités. Lors de sa campagne, Theresa May proposait d'aller encore plus loin et de réduire la liberté de commenter ou de partager des contenus sur Internet.

Des dizaines de projets d'attentat déjoués

Il a fallu attendre le début des opérations de la coalition contre l'Etat islamique en Syrie et en Irak, courant 2014, pour que les autorités communiquent sur le nombre d'attentats déjoués. Cette année-là, Theresa May, alors ministre de l'Intérieur, annonçait à la BBC que 40 projets d'attentats avaient été stoppés depuis 2005. Chiffre plus récent : le patron de l'Intelligence and Security Committee parlait d'une douzaine d'attentats déjoués entre fin 2015 et début 2017. "Le tempo des projets d'attentats est inquiétant", reconnaissait le patron du MI5 en 2016.

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