Reportage Syrie : le difficile retour à la vie au milieu des ruines de Raqqa, trois ans après sa libération

Libérée par la coalition internationale il y a trois ans, Raqqa est aujourd'hui encore une ville en ruine où la reconstruction se déroule au ralenti faute de moyens.

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Radio France
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Raqqa (Syrie), le 28 février 2021. (OMAR OUAHMANE / RADIO FRANCE)

"On la reconstruira !", peut-on lire sur les murs de Raqqa, à l'est de la Syrie. Un slogan que l'on retrouve dans de nombreux quartiers, car si la vie a repris dans l'ancienne capitale du groupe Etat islamique, elle se déroule au milieu des ruines et des pelleteuses.

>> La bataille de Raqqa racontée par des photojournalistes

Dix ans après le début de la guerre en Syrie, qui a fait près de 400 000 morts et des millions de réfugiés, la ville de Raqqa, désormais sous le contrôle des forces kurdes soutenues par les États-Unis, est détruite à 80%. "Celui qui a de l'argent peut reconstruire, celui qui n'en a pas, tant pis pour lui. Et nous, on n'en a pas", se désole cette personne âgée, de retour dans sa ville de Raqqa après plus de trois années passées à Alep. "Regardez les destructions... Trois roquettes se sont abattues ici, tout a été détruit."

Cette personne âgée a tout perdu, sa maison n'est plus habitable. (OMAR OUAHMANE / RADIO FRANCE)

Sa maison anéantie, elle est accueillie chez son fils. La solidarité familiale est le pilier de la survie à Raqqa et le symbole de la difficulté, pour la nouvelle administration civile dominée par les Kurdes, à rebâtir la ville sans l'aide de la communauté internationale. "Cela fait bientôt quatre ans et seulement la moitié de Raqqa a été reconstruite, affirme une habitante, qui souhaite garder l'anonymat. Tout ça grâce à nous, aux habitants. Nous la reconstruisons de nos propres mains, ils l'ont détruite et c'est à nous de la reconstruire. Ce n'est pas de notre faute."

"Ce n'est pas nous qui avons amené l'Etat islamique à Raqqa, on n'y est pour rien. Ils l'ont détruite, c'est à eux de la reconstruire."

Une habitante de Raqqa

à franceinfo

En attendant, des milliers de familles vivent dans le plus grand dénuement. Youssef et Dima, jeunes parents de cinq enfants, habitent un appartement sans portes ni fenêtres. "Ce sont des amis qui me l'ont prêté et m'ont dit qu'on pouvait y vivre, car ma maison a été totalement rasée, confie le père de famille. Il n'y a pas d'électricité, pas d'eau courante. Cela fait un an et trois mois que nous vivons ici, c'est le deuxième hiver." Dima poursuit : "Le plus dur, c'est pour les enfants, car ils tombent souvent malades à cause du froid et de l'humidité. L'hiver, il fait un froid glacial et l'été est brûlant. On est envahi par les moustiques."

Youssef et Dima, jeunes parents de cinq enfants, habitent un appartement sans portes ni fenêtres. (OMAR OUAHMANE / RADIO FRANCE)

Des mines laissées par l'Etat islamique

Sans travail ni ressources, ces habitants de Raqqa ont basculé dans l'extrême pauvreté, les enfants sont exposés au risque de malnutrition. Mais il y a plus dangereux encore : plus de trois ans après sa libération, Raqqa n'en a pas fini avec les mines laissées par l'Etat islamique. "C'est bon, on a trouvé la mine que l'on cherchait : elle est là, devant nous", lance Hagid. Il dirige une unité de déminage, et vient d'être appelé par une famille qui a repéré une mine artisanale dans son jardin. L'équipement est rudimentaire, sans casque ni gilet de Kevlar. "Ça fait deux ans que le déminage aurait dû être terminé, explique-t-il, mais on continue à trouver des mines tous les jours. C'est sans fin. On va s'éloigner de la ville et on va la faire exploser."

Hagid dirige une unité de déminage à Raqqa (Syrie). (OMAR OUAHMANE / RADIO FRANCE)

Inimaginable sous le contrôle de l'Etat islamique, la musique a fait son retour à Raqqa. Mahmoud donne des cours de guitare, le matin. "À l'époque de l'Etat islamique, la musique était interdite, alors je m'enfermais chez moi et je jouais tout doucement, raconte-t-il. Depuis que les jihadistes ont été vaincus, on est soulagés psychologiquement, on respire, mais c'est dur de voir toute cette dévastation."

Nos maisons ont été détruites, même la mienne. En fait, on a tout perdu."

Mahmoud, habitant de Raqqa

à franceinfo

La tâche est immense pour les nouveaux maîtres de la ville, confrontés à la colère de la population et à plusieurs menaces : la Turquie, ennemi de toujours les cellules dormantes de l'Etat islamique, et le régime de Bachar el-Assad, dont l'armée se trouve à quelques kilomètres à peine et qui rêve de faire son grand retour.

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