Irak : ils ont fui Mossoul et racontent la ville en état de siège

Mossoul se prépare depuis le début de l'offensive à l'arrivée inexorable des forces armées irakiennes. Autour de la ville, les combats font rage. À l'intérieur, l'attente est interminable. Certains, peu nombreux, ont préféré fuir.

Des combattants chiites des Unités de mobilisation populaires arrivent au sud de Mossoul le samedi 22 octobre 2016.
Des combattants chiites des Unités de mobilisation populaires arrivent au sud de Mossoul le samedi 22 octobre 2016. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

Petit à petit, les forces armées irakiennes, accompagnées des combattants peshmergas kurdes et appuyées par la coalition menée par Washington, avancent en direction de Mossoul. Depuis le début de l'offensive lundi 17 octobre, les combats, violents, se rapprochent de la ville, qui subit des bombardements pour déloger les jihadistes. 

Une semaine après le début de l'offensive, la grande majorité des habitants de Mossoul a décidé de rester sur place, malgré le danger. Mais certains, peu nombreux, ont préféré fuir la ville.

Irak : ils ont fui Mossoul et racontent la ville en état de siège. Le reportage de Philippe Randé
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Peut-on parler de choix quand il se résume à attendre la mort ou tenter de la fuir ? Choix inhumain que celui de rester caché dans Mossoul en attendant les bombardements ; choix inhumain que de tenter de quitter Mossoul à travers cette gigantesque plaine poussiéreuse, où chaque village est un terrain de combat.

"Ils ont peur. Ils deviennent paranoïaques"

Hassan, un ancien policier, cheveux grisonnants, n'a pas envie de se plaindre ni d'être plaint. Il veut juste témoigner. Il a pris sa voiture et profité des combats au sud de la ville pour partir. "Il y avait deux voitures devant nous. La route était parsemée de mines. Ceux de devant ont explosé, avec des enfants et des femmes. Nous, nous avons réussi à passer". Quelques kilomètres plus loin, à Quwayr, il raconte avoir été recueilli par les peshmergas. 

Cet Irakien craignait de rester plus longtemps à Mossoul. "Les combattants de Daech commencent à se servir de nous, les civils,  pour se protéger. Ils ont peur. Ils sentent que la population peut se retourner, et ils deviennent paranoïaques." Hassan raconte les conditions de vie "qui empirent chaque matin" dans cette grande ville du nord de l'Irak, tombée aux mains des jihadistes de l'organisation État islamique en juin 2014 : "Il y a moins de nourriture, on n'a plus d'argent, on ne peut manger qu'un fois par jour. Il n'y a plus d'école, plus rien." 

"Ils vont se raser la barbe et venir au milieu des civils"

Marouane, un jeune Irakien de 17 ans, s'est lui aussi enfui, traumatisé. Pendant des mois, il a vécu à une centaine de mètres d'un centre de l'organisation État islamique, au sud de Mossoul. aujourd'hui, il a du mal à trouver les mots. regard fuyant de celui qui en a déjà trop vu, paroles saccadées, phrases répétées trois fois de suite, cigarette fumée en quelques longues bouffées nerveuses, Marouane a accepté de nous parler. "Je leur parlais, on était voisins. On leur donnait de l'eau et du thé, ils nous demandaient de la nourriture. C'était des Irakiens avec de longs cheveux, habillés bizarrement et j'avais peur d'eux."

"Daech creuse des tunnels, assure Marouane. Ils vont se cacher. Mon opinion, c'est qu'ils vont se raser la barbe et venir au milieu des civils, avec leurs voitures et leurs ceintures d'explosif."

Les jihadistes évoquaient les combats et me répétaient que c'était facile d'être kamikazeMarouane

Même loin des jihadistes, Marouane a toujours peur, marqué par ce qu'il a vu : "Il y a quelques jours, j'étais dans le centre ville. (...) Daech était en train de fouetter et de pendre quatre personnes, pour impressionner." Dans la foulée, l'adoelscent raconte être allé à la mosquée pour prier. À l'intérieur, les combattants du groupe État islamique. "Ils étaient là, assis, avec des centaines de cartouches et leurs armes qu'ils pointaient vers nous." 

"Sans armes, que voulez-vous faire ?"

A Mossoul, tout le monde se prépare à l'arrivée des forces armées. Dans cette ville à majorité sunnite, les troupes chiites qui participent à l'offensive contre le groupe État islamique inspirent la crainte à certains, même si "en général tout le monde n'a qu'une envie : que l'armée soit unie et chasse Daech", explique Hassan.

En attendant, sans armes, les habitants n'ont pas les moyens de résister. Beaucoup préfèrent rester cloîtrés chez eux. "Les civils à Mossoul n'ont pas d'armes, explique Hassan. Et sans armes, comment voulez-vous faire? On n'ose même plus sortir des maisons." Quelques uns se risquent à écrire "des phrases sur les murs des bâtiments de Daech, pour aider la coalition à les localiser et les bombarder", raconte Hassan, l'ancien policier.

Marouane craint des combats dévastateurs jusqu'au dernier moment. "J'ai vu une grande usine, près de chez moi, où ils fabriquent des voitures blindées qui résistent aux tirs, et qui, en plus, sont piégées. Ils vont les jeter sur les unités militaires." 

Le jeune homme a fui sans sa famille, restée à Mossoul. Eux aussi se préparent : "Ils sont en train de vendre les objets de valeur pour avoir de l'argent, pour acheter des téléphones portables et une radio, afin de savoir quand les forces armées vont entrer dans la ville".

Encore aujourd'hui, plus d'un million de civils se trouvent à Mossoul. Sept camps de l'ONU sont prêts à les accueillir. L'Organisation des Nations unies évoque la plus grande opération humanitaire dans le monde en 2016.