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Rapatriement des enfants de jihadistes : "On espère que cette déclaration soit suivie d'effets", espère une avocate de familles

La France a annoncé vouloir rapatrier une partie des 150 enfants de jihadistes français signalés en Syrie, dans les zones contrôlées par les Kurdes. 

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Radio France
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Des combattants dans les rues d'al-Qaim, en Irak. (illustration) (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

150 enfants de jihadistes Français ont été signalés en Syrie, dans les zones contrôlées par les Kurdes. La France a annoncé vouloir en rapatrier une partie. Maître Camille Lucotte, avocate de sept familles de Français détenus en Irak et en Syrie, dont 14 enfants, a confié mercredi 24 octobre à franceinfo qu'elle "espérait que cette déclaration soit suivie d'effets" aussi rapidement que possible. 

franceinfo : Quels sont les souhaits des familles de ces personnes détenues en Irak et en Syrie ?

Maître Camille Lucotte : Ces familles-là sont très inquiètes pour la situation de leurs enfants et de leurs petits-enfants qui sont en Syrie, donc ce qu'elles souhaitent, c'est un rapatriement de tous, des mères, des pères et des enfants. Mais évidemment, il y a une inquiétude encore plus importante s'agissant des petits-enfants qui sont plus fragiles, qui peuvent être davantage victimes des conditions déplorables dans lesquelles ils sont maintenus. Ces familles-là souhaitent le retour de leurs enfants, et si c'est impossible, dans tous les cas, le retour de ces petits enfants en très bas âge pour la plupart.

Les familles sont dans une situation terrible parce que ça fait des années, pour beaucoup, qu'elles luttent pour essayer de faire rentrer leurs enfants. Avec les familles qu'on représente, depuis février 2018, on se bat pour essayer d'alerter le gouvernement sur la situation qui est catastrophique pour ces familles qui sont détenues, pour ces enfants en bas âge qui sont détenus. Ce qu'elles souhaitent, c'est qu'ils puissent rentrer le plus rapidement possible avant qu'il y ait des drames. Mais il y a déjà eu des drames et notamment des décès d'enfants en très bas âge, donc le but n'est pas d'attendre que ce problème disparaisse.

Quelles sont les craintes des autorités ?

On nous parle de "lionceaux du califat". Quelle société peut considérer qu'un enfant de deux, trois, quatre ans est perdu et que c'est trop tard, c'est fini, qu'on ne peut plus rien faire ? Ça remettrait en question tous nos principes. Ça remet en question le système carcéral, ça remet tout en question. Ça veut dire que passé deux ans, on est un danger. Je pense que l'argument sécuritaire qui est servi par le gouvernement est absolument fallacieux, parce que la vérité, c'est que si ces personnes restent là-bas, alors elles seront dangereuses, parce qu'elles sont dans des conditions déplorables.

Un enfant qui aujourd'hui a cinq ans, six ans, est presque un bébé, mais si vous le laissez encore deux ans, trois ans, quatre ans dans cette situation, il aura dix ans ; et à dix ans, il va comprendre ce qu'il se passe. À dix ans, il va se rendre compte que son pays, la France - parce que ces enfants-là pour la grande majorité sont Français, ils sont nés en France - l'a laissé dans cette zone de guerre, dans ces camps. Et ce raisonnement est le même pour les adultes, mais ce n'est aujourd'hui pas la question. On se concentre sur les enfants, c'est déjà bien, on est déjà contents qu'il y ait cette réaction du gouvernement.

Les quelques cas d'enfants revenus de Syrie pour l'instant permettent-ils de faire un retour d'expérience ?

Oui ça commence, mais ça reste récent, donc on ne bénéficie pas d'une expérience de 20 ou 30 ans. Il n'y a que trois enfants qui sont rentrés sans leurs parents, mais il y a beaucoup d'enfants qui sont rentrés avec leurs parents, et en fait le parcours est le même. Les enfants, à la descente de l'avion, sont confiés à l'aide sociale à l'enfance de la Seine-Saint-Denis, présentés à un médecin, et ils suivent un parcours qui est presque un peu classique, même si leur situation ne l'est pas, avec un accompagnement par l'aide sociale à l'enfance et le placement dans une famille d'accueil. Après plusieurs mois ou plusieurs années, éventuellement, il y aura un placement chez un proche, un grand-parent par exemple. Donc en fait, s'il n'y a que trois enfants qui sont rentrés seuls, il y a beaucoup d'enfants déjà qui sont rentrés, et qui permettent d'avoir un peu de recul sur ce parcours.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

On espère déjà que cette déclaration soit suivie d'effets et que ces enfants soient effectivement rapatriés. On nous ressort le sempiternel discours du cas par cas, mais je pense qu'il n'y a pas de cas par cas à faire. À partir du moment où les enfants sont identifiés et localisés, il faut qu'ils rentrent. Je ne vois pas comment est-ce qu'on pourrait sélectionner tel enfant ou tel autre enfant. Et on espère que ça se fera rapidement. Ce qu'on entend, c'est qu'il y aurait des retours prévus d'ici la fin de l'année, voire à la fin de l'année. On est mi-octobre, deux mois et demi me paraissent largement suffisants pour faire revenir des enfants à quelques heures de vol. On sait depuis très longtemps où ils sont, l'État sait depuis très longtemps où ils sont. Donc il faut les rapatrier. Maintenant que la décision est prise, ça doit être fait rapidement.

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