"Il est impossible de s'assurer de la sincérité du repentir d'un jihadiste", estime le journaliste David Thomson

Ancien correspondant de RFI en Tunisie et spécialiste du jihadisme, il a passé des centaines d'heures avec des jihadistes français de retour de Syrie et d'Irak. 

La Cour anti-terroriste de Qamishli.
La Cour anti-terroriste de Qamishli. (ERIC AUDRA / RADIOFRANCE)
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Pendant six ans, David Thomson a enquêté sur le milieu jihadiste, en France et à l'étranger. Lauréat du prix Albert-Londres pour son livre Les Revenants, qui traite du retour en France des hommes et femmes partis en Syrie et en Irak faire le jihad, le journaliste évoque, dans une interview publiée jeudi 25 janvier dans Le Figaro (lien pour abonnés), la question du retour des jihadistes français de l'Etat islamique. "Il est impossible de s'assurer de la sincérité du repentir d'un djihadiste", assure-t-il. 

Après avoir passé des centaines d'heures avec celles et ceux qu'il appelle "les revenants", dans le cadre de son enquête, David Thomson l'assure : "les revenants reviennent déçus mais, pour la plupart, fidèles au courant jihadiste de l'islam sunnite. Une des femmes rencontrées en France me disait ainsi être revenue de Syrie après avoir subi enfermement et violences sous l'EI, tout en me confiant que l'attentat de Charlie Hebdo avait été 'le plus beau jour de sa vie'", raconte le journaliste, qui qualifie les tentatives de programmes de déradicalisation mis en place par l'Etat de "chimère". 

Ainsi, sur quarante personnes interviewées pendant six ans dans le cadre de son travail de journaliste, David Thomson explique qu'un seul jeune suivi lui a "donné le sentiment d'avoir sincèrement rompu avec cette idéologie."  

La menace des "revenantes" 

Le journaliste revient enfin sur le cas des femmes de retour des zones de conflit. Selon lui, il faut "casser le paradigme prévalant jusqu'à l'attentat raté des bonbonnes de Paris à l'été 2016, qui faisait systématiquement des femmes jihadistes des victimes de leur mari et qui donc les déresponsabilisait totalement."

"En raison de ce biais de genre qui renvoie à une représentation sexiste de la femme, elles n'étaient quasiment pas envoyées en prison au retour de Syrie. Il n'y a aucune différence à faire entre un homme et une femme en matière de jihadisme, les niveaux de détermination et de dangerosité sont les mêmes", prévient-il.