Emmanuel Macron à Bagdad : "La France veut sa part du gâteau dans l'Irak de demain", selon un politologue

Hasni Abidi souligne l'intérêt pour la France de se positionner sur le marché économique irakien en investissant d'abord sur "le champ politique et le plan stratégique".

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Radio France
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Emmanuel Macron et le Premier ministre irakien, Munstafa Kadhemi, à Bagdad, le 2 septembre 2020. (- / IRAQI PRIME MINISTER'S PRESS OFF)

Après Beyrouth (Liban), Emmanuel Macron est arrivé à Bagdad mercredi 2 septembre pour affirmer son soutien à "la souveraineté" de l'Irak face aux "ingérences étrangères" qui fragilisent ce pays, soumis aux vives tensions entre ses deux alliés, Washington et Téhéran. "La France veut sa part de gâteau dans l'Irak de demain", analyse prosaïquement le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche du monde arabe et méditerranéen (Cermam), soulignant l'enjeu économique des relations franco-irakiennes.

franceinfo : Quels sont les intérêts de la France en Irak ?

Hasni AbidiAprès la visite du Liban, la France est aujourd'hui très active sur le champ de la politique étrangère au Moyen-Orient. C'est un signe positif. Le deuxième intérêt, c'est la question stratégique, la question sécuritaire. La France est engagée activement dans la lutte contre le terrorisme, elle a des intérêts importants.

On sait que des bases du groupe État islamique, qui sont en Irak et à la frontière syro-irakienne, ont servi de base arrière et de centres de commandement pour les attentats à Paris.

Hasni Abidi

à franceinfo

Évidemment, il est dans l'intérêt de la France de s'assurer soit d'un bon procès des terroristes, soit d'une bonne sécurisation de cette zone, et donc d'envoyer des soutiens militaires français dans la lutte contre le terrorisme.

La France a-t-elle aussi un intérêt économique à renouer des relations avec l'Irak ?

L'Irak est un marché potentiel très important. Tout est à reconstruire. Une fois la souveraineté irakienne retrouvée, la France ne va pas bouder le marché irakien. On sait que la France a été exclue, après la chute de Saddam Hussein, de marchés irakiens et je pense qu'elle veut aussi sa part du gâteau dans l'Irak de demain. Et pour cela, elle doit investir le champ politique et le plan stratégique. C'est un travail de longue haleine.

Une visite de quelques heures ne peut pas convaincre les Irakiens du bien-fondé de cette politique.

Hasni Abidi, politologue

à franceinfo

C'est pourquoi cette visite doit être complétée par un autre accompagnement à la fois politique, économique et sécuritaire pour être vraiment un pays présent en Irak.

Le retrait des forces américaines de la zone est-il une opportunité pour la France ?

Les Américains disposent de moyens militaires très importants et bien sûr des moyens économiques et ils sont dans la région depuis plusieurs décennies. Il était très difficile pour la France ou tout autre pays de venir et jouer un rôle important face aux Américains. Les Iraniens ont réussi à le faire, mais c'est parce que les Iraniens ont des partenaires locaux. Après la chute de Saddam Hussein, l'Iran est devenu un acteur majeur. Le nouveau Premier ministre irakien Moustafa Al-Kazimi veut justement l'aide de la France pour sortir de cette impasse, sortir un peu de cet étau entre l'Iran et les États-Unis.

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