Charniers irakiens et syriens : la difficile identification des victimes de Daech

La semaine dernière, dans le nord-est de la Syrie, près de Raqqa, 200 corps étaient découverts dans un nouveau charnier de Daech, qui pourrait en compter jusqu’à 800, selon les autorités locales. Des découvertes malheureusement régulières.

Des enquêteurs fouillent un site près de Raqqa dans le nord-est de la Syrie où près de 200 corps ont été retrouvés (7 juillet 2019).
Des enquêteurs fouillent un site près de Raqqa dans le nord-est de la Syrie où près de 200 corps ont été retrouvés (7 juillet 2019). (AHMED MARDNLI / EPA)

Depuis la défaite de Daech en Syrie, les découvertes macabres sont régulières. Il est impossible de chiffrer le nombre de victimes enterrées dans ces charniers mais pour le nord-est de la Syrie, déjà près de 5 000 corps ont été découverts dans une dizaine de fosses communes. La semaine dernière, ce sont 200 corps qui ont été exhumés près de Raqqa.

Au Kurdistan irakien, une vingtaine de charniers ont été mis au jour et près de 10 000 morts recensés, selon Dr Mohamed Ihsan, expert médico-légal auprès du gouvernement irakien. "On ne peut pas utiliser des images satellites, car on n’a pas de données sur le terrain avant et après Daech", précise-t-il.

Les découvertes dépendent des témoignages, des gens qui nous disent : 'On a trouvé des habits, des ossements', 'Daech a fait des travaux ici'…Dr Mohamed Ihsan, expert médico-légal à franceinfo

Quand un charnier est découvert, on pratique d'abord un déminage car Daech a souvent piégé ces sites, puis on procède au balisage et à la protection des lieux, en attendant l’exhumation des corps. "En observant le sol, le type de terre, on peut avoir une idée du moment où le charnier a été creusé. Ensuite, en regardant les habits des victimes, arabe, kurde, yézidis, on trouve leurs origines. L’analyse des cadavres permet facilement d’identifier leur sexe, la manière dont ils ont été tués… On procède comme ça", explique le Dr Mohamed Ihsan.

Pour rendre leur identité aux victimes, il faut faire un travail de prélèvements scientifiques, méticuleux, sur chaque victime, détaille l’expert médico-légal.

On fait un inventaire pour chaque corps : vêtements, sexe, âge à partir des ossements, prélèvements pour de futures identifications ADN, tout ce qu’on peut récolter, pour établir un dossier précis pour chaque victime.Dr Mohamed Ihsan

Ce travail sur les crimes de masse de Daech, les autorités du Kurdistan irakien l’ont lancé dès septembre 2014, après le massacre de la minorité yézidie, en créant une commission d’enquête unique au monde. Elle a recensé la quasi-totalité des charniers, lieux de tortures ou de détentions de Daech et identifié aussi des dizaines de responsables de ces crimes.

Une commission d'enquête unique au monde

C’est le juge d’instruction Mustapha Ayman qui la préside. "Tout ça peut constituer des preuves facilitant des poursuites contre les responsables mais on fait face à des obstacles", déplore le juge d’instruction Mustapha Ayman qui préside la commission d'enquête. "On pousse le gouvernement irakien à adhérer à la Cour pénale internationale. Le système légal irakien n’a pas de dispositions sur le génocide ou les crimes de guerre ou contre l’humanité, donc on pousse pour qu’une loi intègre ces crimes", explique le juge.

Depuis mars, des enquêteurs de l’ONU assistent le gouvernement irakien dans ce travail d’identification mais le juge kurde l’a dit, Bagdad, ni d’ailleurs le régime syrien, ne reconnaissent la Cour pénale internationale. Le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait la saisir, ou créer un tribunal spécial, comme en ex-Yougoslavie ou au Rwanda. Mais il y a des blocages sur des considérations politiques. En Irak, on se contente donc de procès pour terrorisme pour l’instant. Et en Syrie, il n’y a rien jusqu’à présent.