Qui est Mickaël Dos Santos, le second jihadiste français de la vidéo de l'EI ?

Agé de 22 ans, il est originaire de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et s'est converti à l'islam voici quelques années.

Photo non datée de Mickaël Dos Santos, publiée sur son compte Twitter au nom d\'Abou_Uthman_2.  
Photo non datée de Mickaël Dos Santos, publiée sur son compte Twitter au nom d'Abou_Uthman_2.   ( DR )

Il y a bien un second Français sur la vidéo des exécutions d'otages par le groupe Etat islamique (EI) diffusée dimanche 16 novembre. Selon les informations recueillies par France 2 auprès des services de renseignements, il s'agit d'un jeune homme nommé Mickaël Dos Santos, 22 ans, originaire de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Une information confimée mercredi 19 novembre par le parquet de Paris. 

Francetv info revient sur son parcours.

Tecktonik, foot, puis conversion à l'islam 

Aîné d'une fratrie de trois enfants, Mickaël Dos Santos naît à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) en 1992. Selon le maire (PCF) de la ville, Dominique Adenot, la famille, d'origine portugaise, vit un temps à Saint-Maur-des-Fossés avant de revenir à Champigny, il y a cinq ou six ans. Mickaël Dos Santos mène la vie de n'importe quel adolescent. Selon son ancienne petite amie contactée par Le Monde, "c'était un petit jeune 'fashion', qui se la pétait un peu. Il adorait la tecktonik". Au foot, il se fait remarquer par son entraîneur de l'équipe du CO de Vincennes, qui le décrit dans So Foot comme "un très bon joueur".

Mickaël Dos Santos commence à dériver vers 17 ans. Naturalisé en 2009, il fait l'objet d'un signalement au rectorat par son lycée, inquiet de son comportement, selon Jean-Charles Brisard, expert des questions liées au terrorisme joint par francetv info. En BEP peinture au lycée professionnel Samuel-de-Champlain, à Chennevières-sur-Marne, comme le relate Le Monde, il apparaît comme le leader d'un trio qui prie dans les couloirs et fréquente une mosquée de la ville voisine de Villiers-sur-Marne.

Une radicalisation notée par ses proches, notamment sa fréquentation de sites prônant le jihad. Un de ses anciens amis, contacté par France 2 au téléphone, confirme que Mickaël Dos Santos s'est converti à l'islam, comme lui, il y a "quatre ans, quatre ans et demi" et a ensuite "dévié". Voici son témoignage. 

Audrey Goutard, et Thomas Paga / France 2

Dans l'immeuble où il vit, en bord de Marne, Mickaël Dos Santos se fait néanmoins discret. Barbe longue et djellabah, il est décrit par ses voisins comme un garçon poli. "Il disait toujours bonjour, était respectueux, mais ne parlait pas beaucoup", témoigne une jeune voisine contactée par francetv info.

Inquiète, sa mère alerte les autorités. "Très catholique, [elle] était sévère avec ses enfants. Elle a mal vécu la conversion de son fils. Il y a eu une rupture entre elle et lui", témoigne pour 20minutes.fr un habitant d’un immeuble voisin. Selon Jean-Charles Brisard, "il n'y a aucun doute, sa mère l’a reconnu sur la vidéo, et elle est effondrée". Elle a été entendue par les enquêteurs.

Un mot d'adieu et un départ en Syrie en août 2013 

Pour les services de renseignement, le nom de Mickaël Dos Santos émerge lors du démantèlement d'une filière de jihadistes dans le Val-de-Marne, fin 2013. Trop tard. Le jeune homme est déjà parti pour la Syrie, en août 2013. 

Lors d'une perquisition effectuée au domicile familial en septembre 2013, les enquêteurs tombent sur ce mot d'adieu, révélé par Le Parisien : "Je t’aime maman, peut être je te l’ai pas assez montray mais je t’aime beaucoup.  Et papa aussi. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. Je vous oublirai jamais. Converti toi à l’islam Maman et tu aura le bonheur. Converti toi à l’ismal et on se verra au paradis ! Bisous !"

Selon une source du renseignement, les services remontent de nouveau jusqu'à lui grâce à une vidéo diffusée mi-octobre 2014 sur internet. En français et à visage découvert, il y appelle "tous les frères qui vivent en France" à "tuer n'importe quel civil" en représailles aux raids de l'armée française contre l'EI en Irak. 

Comme Maxime Hauchard, le premier Français présent sur la vidéo des exécutions, il pourrait être mis en examen dans l'enquête ouverte lundi pour assassinat en bande organisée dans le cadre d'une entreprise terroriste. 

Très actif sur le réseau social Twitter

"Abou Uthman", de son nom de guerre, s'est fait remarquer depuis quelques mois sur Twitter, en raison de ses appels répétés à la violence et au jihad en Syrie, mais aussi sur le territoire français. 

Sur son fil, des photos de femmes kurdes ou de soldats syriens décapités et des messages glorifiant l'action du terroriste toulousain Mohamed Merah. Une propagande pour l'Etat islamique telle qu'elle a été raillée par des internautes sous le hashtag (mot-clé) #TweetCommeAbouOtman

Censuré par le réseau social, le jihadiste a changé plusieurs fois de compte Twitter, passant de Abou_Uthman à Abou_Uthman_2, Abou_Uthman_3 puis Abou_Uthman_5, toujours actif, montrant des photos de décapitations, mais sur lequel certains messages et images ont été retirés.