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Attentats en Afghanistan : "Les jihadistes ont repris du poil de la bête à partir du moment où l'engagement occidental a baissé"

Wassim Nasr, journaliste à France 24, a expliqué, lundi sur franceinfo, que les liens entre les talibans et l'État islamique sont conflictuels alors que la capitale afghane, Kaboul, vient d'être frappée par quatre attentats en une semaine.

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Radio France
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Des membres des forces de sécurité afghanes montent la garde près d'une base militaire, à Kaboul, le 29 janvier 2018. (WAKIL KOHSAR / AFP)

"Les talibans et l'État islamique ont repris du poil de la bête du moment où l'engagement occidental a baissé", a expliqué le journaliste à France 24 Wassim Nasr, lundi 29 janvier sur franceinfo, alors que le groupe État islamique a revendiqué l'attaque contre l'Académie militaire de Kaboul (Afghanistan). L'auteur de L’État islamique : le fait accompli a expliqué que les relations entre ces deux factions sont "des liens conflictuels".

franceinfo : En une semaine, il y a eu quatre attentats. Qu'est ce qui peut expliquer cette recrudescence d'attaques ?

Wassim Nasr : Différentes factions jihadistes, que ce soient les talibans et l'État islamique, ont repris du poil de la bête à partir du moment où l'engagement occidental a baissé. On sait que l'engagement occidental a baissé en Afghanistan au profit d'un engagement plus important en Irak et en Syrie – je pense surtout à l'engagement américain. Quand ça baisse à un endroit, ça monte dans un autre. Il faut se rappeler qu'en Irak, dès que les Américains ont commencé à se désengager en 2011, on a témoigné du retour de l'État islamique, avec l'apogée de ce retour en 2014-2015. Aujourd'hui, les Américains se désengagent de l'Afghanistan et il se passe exactement la même chose. D'ailleurs ils ont remis des moyens en Afghanistan comme des avions A 10 qui ont la mission de "taper" des cibles pour aider l'infanterie.

Quels sont les liens entre Daech et les talibans ?

Ce sont des liens conflictuels. L'État islamique, pour s'implanter en Afghanistan, a utilisé le numéro deux des talibans, un ancien détenu de Guantanamo. Puis ils sont très vite rentrés en conflit. À chaque fois que l'État islamique arrive quelque part, il entre en conflit avec les autres factions présentes sur place, pour des raisons idéologiques ou matérielles. Aujourd'hui, les talibans et l'État Islamique sont en conflit ouvert. Il y a des centaines de morts dans des combats directs, des vagues d'assassinats d'un côté puis de l'autre.

Existe-t-il une forme de concurrence entre les deux ?

Je ne pense pas. Je pense que chacun a son agenda, chacun avance ses pions et, eux, ils ne sont pas dans l'action-réaction. Ils ont le souffle long, ils sont patients, le temps joue pour eux et chacun avance son agenda petit à petit. Quand un attentat se matérialise, c'est le fruit d'un long travail. Par exemple, l'attentat contre l'hôtel InterContinental de Kaboul le 20 janvier a demandé beaucoup de préparation et on sait qu'il y a eu des préparatifs dès 2011. Il ne faut donc pas penser que c'est [selon la logique] action-réaction. Au contraire, si c'était le cas ils ne pourraient pas mener leur projet terroriste à bien, surtout dans une ville comme Kaboul qui est quand même ultra sécurisée. On voit bien qu'ils arrivent à s'attaquer à des endroits très sensibles. Par exemple, pour l'ambulance piégée  [attentat qui a fait plus de 100 morts, le 27 janvier], c'est un quartier où il y a l'ancien ministère de l'Intérieur, es renseignements afghans, la sécurité de Kaboul.

Daech et les talibans n'ont donc pas les mêmes cibles ?

En général, les talibans se concentrent sur des cibles militaires. D'ailleurs, à chaque fois qu'il y a un attentat avec lequel ils ne sont pas d'accord, comme l'attaque contre l'ONG Save The Children [à Jalalabad, le 24 janvier], ils publient un communiqué pour dire que ce n'est pas eux. Alors que pour l'État islamique, toutes les cibles sont légitimes. Par exemple, ils considèrent que toutes ces ONG occidentales sont là pour faire du prosélytisme. Alors que les talibans privilégient les attaques qui visent les militaires ou les responsables gouvernementaux sans viser de civils. Cela ne veut pas dire qu'ils ne font pas d'attentats qui visent les civils, mais c'est rarement l'objectif. D'ailleurs, il y a une autre grande différence entre les talibans et l'État islamique, c'est que ce dernier vise aussi beaucoup la communauté chiite en Afghanistan. Son combat est beaucoup plus global tandis que les talibans sont plus locaux. Les talibans font de la politique, ils parlent avec l'Iran ou la Russie, alors que l'État islamique est un vrai électron libre. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils sont en conflit avec le monde entier.

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