Afghanistan : ce que l'on sait de l'attaque d'un hôtel à Kaboul, qui a fait au moins 22 morts

L'attaque a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche dans l'hôtel Intercontinental. Quatorze étrangers figurent parmi les victimes, selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur afghan. L'assaut a été revendiqué par les talibans.

Au moins 18 personnes ont péri dans l\'attaque de l\'hôtel Intercontinental à Kaboul (Afghanistan), dans la nuit de samedi à dimanche 21 janvier 2018.
Au moins 18 personnes ont péri dans l'attaque de l'hôtel Intercontinental à Kaboul (Afghanistan), dans la nuit de samedi à dimanche 21 janvier 2018. (WAKIL KOHSAR / AFP)

Les combattants islamistes afghans ont à nouveau frappé à Kaboul. L'hôtel Intercontinental, situé dans la capitale de l'Afghanistan, a été la cible d'une attaque, samedi 20 janvier, peu après 21 heures (heure locale). Un commando s'est introduit dans l'hôtel de luxe et a déclenché une explosion avant d'ouvrir le feu au hasard sur les personnes présentes dans l'hôtel.

L'assaut a duré près de douze heures et a été revendiqué, dimanche matin, par les talibans. Selon un bilan provisoire, au moins 22 personnes, dont 14 étrangers, sont mortes durant l'attaque, a rapporté le porte-parole du ministère de l'Intérieur afghan. Le média afghan Tolo News (en anglais) annonce, de son côté, 43 morts. Voici ce que l'on sait de cette attaque aussi spectaculaire que meurtrière.

Les étrangers visés par les terroristes

Vers 21 heures, samedi 20 janvier, des hommes armés ont pris d'assaut l'hôtel Intercontinental de Kaboul, situé dans les quartiers ouest la capitale afghane, déclenchant une explosion. Selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, "le commando est arrivé par le nord pour entrer dans l'hôtel par la cuisine, avant de gagner le hall où il a ouvert le feu sur les clients et les gardes de sécurité".

Un témoin, interrogé par la BBC (en anglais), raconte qu'il dînait avec son fils lorsque les hommes armés ont commencé à tirer en l'air avec des armes légères. Les hommes auraient alors crié "où sont les étrangers ?" avant de tuer une femme et de tourner leur arme dans sa direction. L'homme qui dînait a crié : "Je suis Afghan !" L'un des assaillants lui a alors répondu qu'ils ne visaient pas les Afghans, mais les étrangers, et ne lui a pas tiré dessus.

L'Intercontinental de Kaboul est l'un des deux hôtels cinq étoiles de la ville. Il accueille fréquemment des mariages, des conférences et des réunions politiques. Samedi, les assaillants ont fait irruption alors que plusieurs clients étaient en train de dîner. Certains étaient des employés d'entreprises du secteur des télécoms venus participer à une conférence. Le nombre exact de personnes se trouvant dans l'hôtel lors de l'attaque est toujours incertain, de même que la nationalité des étrangers.

Un assaut qui a duré douze heures

Peu de temps après l'attaque, l'électricité a été coupée dans le quartier et dans l'hôtel situé sur une colline de Kaboul. Des hautes flammes s'échappaient du toit de l'Intercontinental, provoquées par l'explosion. A l'intérieur, des gens hurlaient, et couraient dans tous les sens, certains atteints par des balles et tombant à terre, a décrit Aziz Tayeb, un client de l'hôtel, sur Facebook.

Ce directeur régional de la compagnie Afghan Telecom ne pensait pas en réchapper : "Priez pour moi, je vais certainement mourir", a-t-il écrit, désespéré, avant de finalement réussir à se cacher derrière un pilier puis à s'enfuir avec d'autres près de la piscine et être secourus. Depuis cette cachette, "j'entendais explosion après explosion, des grenades, [les assaillants] utilisaient beaucoup de grenades", raconte-t-il d'une voix épuisée à l'AFP. "J'ai vu cinq ou six corps à l'extérieur de l'hôtel alors qu'on nous escortait vers la sortie", ajoute-t-il. "Les deuxième, troisième et cinquième étages étaient en feu. Le cinquième était ravagé par les flammes."

Sur Twitter, des proches angoissés demandaient des nouvelles des leurs. Depuis Washington, le Département d'Etat a appelé à signaler l'éventuelle présence d'Américains.

Des images de la chaîne afghane Tolo News ont montré des personnes tentant de s'échapper des balcons à l'aide de draps noués. Au moins l'une d'entre elles a lâché prise et est tombée. "Je suis sorti, mais plus d'une centaine de mes collègues et amis sont toujours coincés entre la vie et la mort. Priez pour eux s'il vous plaît", a écrit plus tard Aziz Tayeb sur Facebook. Au total, l'attaque ne s'est achevée qu'au matin, douze heures après l'assaut, une fois les assaillants abattus.

La sécurité de l'hôtel en question

Selon un employé de l'hôtel, les gardes de sécurité de l'établissement "se sont enfuis sans se battre". "Ce sont de nouveaux gardes d'une compagnie privée, le problème principal est qu'ils n'avaient aucune expérience dans le contrôle" des personnes et des voitures entrant dans le complexe hôtelier, a accusé ce comptable de 24 ans, présent au moment de l'attaque. Il s'agissait d'une nouvelle équipe sous contrat depuis le début de l'année avec l'hôtel Intercontinental. Cet établissement n'appartient pas à la chaîne internationale éponyme, mais à l'Etat afghan.

Une journaliste de l'AFP avait elle-même constaté, quelques heures avant l'attaque, que la fouille au corps, à l'entrée même du bâtiment, pouvait être facilement contournée en sautant les barrières. "Nos équipes enquêtent pour comprendre comment les terroristes se sont infiltrés. S'il y a eu des négligences, elles seront sanctionnées", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Un bilan provisoire d'au moins 22 morts

L'attaque a pris fin plus de douze heures plus tard, vers 9h30 dimanche, une fois les six assaillants abattus par les unités afghanes avec le soutien de la coalition occidentale sous mandat de l'Otan – la Norvège, notamment, a annoncé avoir contribué au dénouement grâce à ses soldats.

"L'attaque est terminée, tous les assaillants ont été tués, 126 personnes ont été secourues dont 41 étrangers", a annoncé le porte-parole du ministère de l'Intérieur. Il a précisé que six membres des forces spéciales afghanes, réputées pour leur excellence, ont été blessés et que les chambres étaient toujours fouillées pour trouver d'éventuelles victimes.

L'Ukraine a annoncé sur Twitter le décès d'un de ses ressortissants. La compagnie aérienne afghane Kam Air a déploré "seize disparus parmi les 42 membres de son personnel qui se trouvaient dans l'hôtel, dont des pilotes et membres d'équipage", a expliqué son PDG. 

L'attaque revendiquée par les talibans

Selon le gouvernement afghan, six hommes, et non quatre comme annoncé précédemment, ont fait irruption samedi soir dans l'hôtel : "Deux autres se trouvaient cachés dans les réserves du sixième étage". Dimanche matin, le porte-parole des talibans, Zabiullah Mujahid, a revendiqué l'opération dans un message affirmant que l'hôtel était "plein d'envahisseurs américains et d'autres nationalités" et que l'attaque a tué des "dizaines" d'entre eux. "Hier soir, l'hôtel Intercontinental (...) a été attaqué. L'attaque a été menée par cinq de nos moudjahidines en quête de martyr", a déclaré leur porte-parole, dans un communiqué diffusé par courriel.

L'établissement, ouvert en 1969, avait déjà été visé en juin 2011 par une attaque des talibans qui avait fait 21 morts. La violence reste endémique en Afghanistan, seize ans après le débarquement des Occidentaux fin 2001. La même nuit, dans le nord du pays, à Balkh, au moins 18 policiers ont été enlevés et abattus par des insurgés talibans dans un village, selon le chef adjoint de la police.