Âge, sexe, origines sociales, scolarité, parcours professionnel... Une étude de l'Ifri dresse le profil type du jihadiste français

Dans une étude, dévoilée mercredi par franceinfo, un chercheur de l'Ifri a examiné les profils et les parcours de 137 personnes condamnées en France pour des faits de terrorisme.

FRANCEINFO

Un jeune homme de 26 ans, né dans un quartier défavorisé, sans diplôme et connu pour des faits de délinquance, voici le portrait-robot du jihadiste français ou condamné en France, qui ressort d'une étude, dévoilée mercredi 28 mars par franceinfo.

L'étude a été menée par Marc Hecker, directeur des publications de l'Institut français des relations internationales (Ifri) et enseignant à Sciences Po. Il s'est penché sur les jugements de 137 personnes majeures condamnées en France dans des affaires de jihadisme entre 2004 et 2017. 

Un profil type

L'auteur fait remarquer qu'"à partir de la mi-2016, le discours sur l'absence de 'profil type' a commencé à être battu en brèche", notamment en raison des caractéristiques communes de plusieurs terroristes impliqués dans les attentats sur le sol français.

Sexe et âge. Il ressort de cet échantillon que ces radicalisés sont âgés de 26 ans en moyenne (au moment de leur mise en examen) et que ce sont des hommes dans la plupart des cas. On compte en effet 131 hommes et six femmes.

Parcours social. Les individus examinés ont un parcours social difficile : dans 90% des cas, ces jihadistes sont nés dans des familles nombreuses ou très nombreuses, et fréquemment disloquées, note l'auteur. 40% sont issus de quartiers défavorisés. Marc Hecker a pu collecter des données sur le niveau d'étude de 68 personnes : près de la moitié (32) n'a aucun diplôme. Par ailleurs, les situations de chômage (36%) et d'emplois précaires (22%) sont majoritaires. Enfin, plus de la moitié (57%) sont en couple.

Parcours judiciaire. 40% des individus étudiés avaient déjà été condamnés au moins une fois pour des faits de violences, vols, escroqueries, trafic de stupéfiants ou délits routiers. Les autres avaient un casier judiciaire vierge, mais 12% avaient déjà été signalés aux services de police.

Nationalité et religion. 69% des cas examinés sont des Français et 22% des binationaux. L'étude indique que 59% des personnes ont des parents originaires du Maghreb. Par ailleurs, on compte 74% de musulmans de naissance et un quart (26%) de convertis à l'islam. 

Le processus de radicalisation

Un processus de longue durée. L'étude - qui n'a pu s'appuyer ici que sur les données concernant 39 individus - révèle que la radicalisation relève davantage du cheminement relativement long que du basculement instantané. Ainsi, pour 30% des cas, le processus a duré quelques années.

Une dynamique de groupe. L'étude n'a relevé, dans son échantillon, aucun cas de "loup solitaire". Elle dépeint plutôt des hommes souvent guidés par une dynamique de groupe, via une fratrie ou des amis qui se connaissent parfois depuis les bancs de l'école. Et internet seul, selon l'étude, ne suffit pas à la radicalisation : il permet surtout les rencontres, la communication et la préparation d'actions.

Un faible niveau de connaissances religieuses. L'enquête montre des jeunes gens qui étaient plus instruits religieusement dans la première décennie des années 2000 que ces dernières années, même si "dans les groupes plus récents, il arrive qu'un individu se distingue par ses connaissances religieuse", note l'auteur.

La réponse judiciaire

L'étude souligne enfin un durcissement de la réponse judiciaire. Pour certains délits ou crimes à caractère terroriste, les sanctions prévues dans le Code pénal ont été alourdies. En effet, la moyenne des peines de prison ferme est passé de 4 ans en 2014, à 6 ans et demi en 2016 et à 10 ans en 2017. 

L'auteur fait aussi remarquer qu'"il arrive de plus en plus souvent que les personnes ayant rejoint une organisation jihadiste en Syrie soient poursuivies non pas pour association de malfaiteurs terroriste correctionnelle, mais pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Elles sont alors jugées par une cour d'assises spécialement composées de magistrats professionnels".

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La salle d\'audience du palais de justice de Paris, en octobre 2017, avant l\'ouverture du procès d\'Abdelkader Merah, le frère du tueur de Toulouse et de Montauban en 2012.
La salle d'audience du palais de justice de Paris, en octobre 2017, avant l'ouverture du procès d'Abdelkader Merah, le frère du tueur de Toulouse et de Montauban en 2012. (ERIC FEFERBERG / AFP)