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Affaire Khashoggi : "Il y a une volonté de réduire au silence les voix critiques" en Arabie saoudite

Reporters sans frontières (RSF) demande l'ouverture d'une enquête indépendante internationale sous l'égide de l'ONU après la disparition du journaliste saoudien en Turquie.

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Des caméras de télévision devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie), le 18 octobre 2018. (ELIF OZTURK / ANADOLU AGENCY / AFP)

Le mystère qui entoure la disparition du journaliste saoudien, réfugié aux Etats-Unis, Jamal Khashoggi n'a toujours pas été levé. Il a été vu pour la dernière fois au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie), le 2 octobre. Il se rendait dans le bâtiment afin d'accomplir des formalités pour son mariage avec sa fiancée turque. Il n'en est jamais ressorti. Alors que les scénarios sordides circulent sur son probable assassinat, la disparition de ce journaliste met en lumière la situation catastrophique de la liberté d'expression en Arabie saoudite.

A commencer par la liberté de la presse. "Elle est quasi inexistante, indique à franceinfo Sophie Anmuth, responsable du bureau Moyen-Orient pour Reporters sans frontières (RSF). Tous les médias sont aux mains du pouvoir." Il suffit de voir comment les médias autorisés en Arabie saoudite couvrent cette disparition. "Ils accusent en fait les médias turcs et du Qatar [notamment Al-Jazeera] de complots, de raconter n'importe quoi", poursuit Sophie Anmuth.

"La répression s'intensifie"

Les rares journalistes qui prennent la parole sur les réseaux sociaux sont empêchés de le faire. "A l'été 2017, il y a eu une vague de convocations. On leur a demandé de ne pas s'exprimer sur la situation dans le Golfe. On a compté également une quinzaine de journalistes arrêtés, même si c'est toujours difficile de savoir" relève Sophie Anmuth. 

Certains se sont réfugiés dans des groupes privés comme Telegram et Snapchat. Mais même ces groupes ont été infiltrés et ils ont dû arrêter de s'exprimer.

Sophie Anmuth, RSF

à franceinfo

Cette censure touche tous les militants des droits humains. "Depuis des mois, il y a une volonté de réduire au silence les voix critiques. Il y a une répression qui s'abat et qui s'intensifie", pointe Katia Roux, chargée de plaidoyers libertés pour Amnesty International. A titre d'exemple, un mois avant d'autoriser les femmes à conduire, plusieurs militantes des droits des femmes ont été arrêtées. "Elles n'ont plus le droit de communiquer sur les réseaux sociaux. Il y a eu une volonté de montrer que ce droit est le fait du prince et non la victoire d'un long combat de la société civile", développe Katia Roux. 

Appel à une enquête indépendante

Or, ces actions pour museler les journalistes ou les militants "envoient un message paralysant" à l'ensemble de la société. "A l'intérieur, les espaces de liberté se réduisent drastiquement, mais on voit aussi qu'à l'extérieur, on n'est pas à l'abri de la répression saoudienne", constate Katia Roux, pour qui l'image du prince réformateur ne peut pas tenir. Elle fustige ainsi le "grand écart entre la campagne de communication favorable à Mohammed Ben Salmane et la répression contre la société civile".

Après la disparition de Jamal Khashoggi, Amnesty International et RSF exhortent donc la communauté internationale, la France en tête, à réagir et sortir de son silence complice". "Il devrait y avoir un front commun des Etats", estime Katia Roux. Reporters sans frontières (RSF) demande que la lumière soit faite sur la disparition du journaliste saoudien. L'ONG réclame l'ouverture d'une enquête indépendante internationale sous l'égide de l'ONU.

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