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L’article à lire pour comprendre l’enjeu des élections législatives aux Pays-Bas

Les électeurs néerlandais sont appelés aux urnes pour élire leurs députés ce mercredi 15 mars. Le score du parti d'extrême droite mené par Geert Wilders, qui a réussi à imposer ses thématiques lors de la campagne, est particulièrement scruté.

Article rédigé par Robin Prudent
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min
L'actuel Premier ministre Mark Rutte (à gauche) et le leader d'extrême droite Geert Wilders, lors d'un débat, le 13 mars 2017, à Rotterdam (Pays-Bas). (YVES HERMAN / POOL)

Les Pays-Bas aussi ont vécu des débats politiques animés. Mercredi 15 mars, les Néerlandais sont appelés aux urnes pour élire leurs députés. Un scrutin crucial pour mesurer l'avancée de l'extrême droite dans le pays et en Europe. Depuis plusieurs semaines, c'est Geert Wilders, très critique envers l'islam et l'immigration, qui a réussi à imposer ses thématiques dans la campagne. Selon certains sondages, sa formation politique, le Parti pour la liberté (PVV) pourrait remporter un nombre de sièges record. Un symbole fort, même si cela ne signifierait pas pour autant que Geert Wilders deviendrait Premier ministre. 

Vous ne connaissez rien à la scène politique du pays des polders ? Pas de panique, franceinfo répond aux questions que vous vous posez sur le sujet.

Les élections législatives aux Pays-Bas, comment ça marche ?

Mercredi 15 mars, 12,9 millions d'électeurs néerlandais sont appelés aux urnes afin d’élire les 150 députés de la Chambre des représentants, pour un mandat de quatre ans. Chaque électeur pourra voter pour une liste de candidats présentée par l’un des 28 partis en lice (un record !). Contrairement à la France, le scrutin est intégralement proportionnel et il n’existe qu’une seule circonscription nationale. Chaque liste obtient ainsi le nombre de sièges correspondant à son score. Il faut environ 60 000 votes pour obtenir un siège.

Une fois élus, les députés doivent ensuite former des coalitions pour composer un gouvernement soutenu par une majorité au Parlement. Les tractations entre partis peuvent prendre de longs mois avant de se concrétiser. A l'inverse, ces alliances peuvent se défaire rapidement, provoquant des élections législatives anticipées. Cinq élections législatives ont ainsi eu lieu entre 2002 et 2012.

A quoi ressemble le Parlement sortant ?

En 2012, des élections législatives ont été organisées de manière anticipée après le retrait du Parti pour la liberté (extrême droite) de la coalition formée autour du Premier ministre conservateur Mark Rutte. A l'issue de ces dernières élections, son parti, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, centre droit) et le Parti travailliste (PvdA, centre gauche) étaient arrivés en tête, avec respectivement 26,5% et 24,7% des voix. Le Parti pour la liberté avait, lui, obtenu un peu plus de 10% des voix.

Près de deux mois après l'élection de 2012, le Premier ministre de centre droit sortant, Mark Rutte, avait réussi à former une nouvelle coalition avec le Parti travailliste de centre gauche. A eux deux, ils contrôlaient 79 sièges de députés sur 150. 

Quelles sont les forces en présence dans cette élection ?

Avec 28 partis en lice, ce scrutin est particulièrement dispersé. "De nombreux Néerlandais, de gauche comme de droite, hésitent encore. Ils feront leur choix mercredi, le jour de l'élection", explique à franceinfo Philip van Praag, professeur en sciences politiques à l'université d'Amsterdam. Pour autant, un duel s'est imposé au fil des semaines. Il oppose le Premier ministre néerlandais Mark Rutte (VVD) et le leader du Parti pour la liberté, Geert Wilders.

Trois autres partis traditionnels de la scène politique néerlandaise pourraient récupérer plusieurs sièges de députés : le parti centriste de l'Appel démocrate-chrétien, dont était issu l'ancien Premier ministre Jan Peter Balkenende, le Parti socialiste et les Démocrates 66.

Une surprise pourrait aussi venir de la Gauche verte. Le parti écologiste, qui ne détient aujourd'hui que quatre sièges, pourrait selon certains sondages quadrupler la mise et en obtenir 16. Son charismatique chef de file, Jesse Klaver, a réussi à faire entendre sa voix contre le discours négatif sur l'immigration. D'origine marocaine, indonésienne et néerlandaise, âgé de 30 ans, il s'est imposé comme l'antithèse du député anti-islam. Enfin, plusieurs petits partis espèrent siéger à l'assemblée, comme 50+, le parti pour les plus de 50 ans, ou encore le Parti pour les animaux.

Que disent les derniers sondages ?

Avec un électorat très volatil et une scène politique fragmentée, les sondages pour l'élection néerlandaise sont à prendre avec encore plus de pincettes. Pour autant, les dynamiques qui s'en dégagent sont intéressantes. Selon un sondage publié par le site de référence Peilingwijzer (article en néerlandais), lundi 13 mars, et réalisé juste après les incidents du week-end avec la Turquie, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre Mark Rutte serait en tête avec 17% des intentions de vote. Il est crédité de 24 à 28 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du Parlement, loin des quarante dont il dispose actuellement.

Le Parti pour la liberté (PVV, extrême droite) arrive en deuxième position, avec 14% des intentions de vote et 20 à 24 sièges crédités. 

Comment s’est déroulée la campagne ?

Geert Wilders a réussi à imposer ses thèmes, la critique de l'islam et la lutte contre l'immigration, alors qu'il avait dû suspendre ses activités publiques pour des raisons de sécurité pendant plusieurs jours. "Ce qu'il est parvenu à faire, c'est politiser ces enjeux, des choses qui ont longtemps été assez taboues aux Pays-Bas, parler de liberté de religion et des droits des réfugiés", analyse Monika Sie Dhian Ho, directrice de l'Institut Clingendael à La Haye.

La question de "l'identité hollandaise" a aussi fait son apparition dans la campagne, indique le professeur Philip van Praag à franceinfo : "Beaucoup de Néerlandais ont peur que leur culture disparaisse", explique-t-il. "Nous avons déjà gagné les élections, car tout le monde parle de ce dont on parle", avait d'ailleurs lancé Geert Wilders début mars.

Qui est Geert Wilders ?

Son visage et sa chevelure blonde peroxydée recouvrent les murs des Pays-Bas et les unes des journaux européens. Geert Wilders, le leader de l'extrême droite néerlandaise, âgé de 53 ans, s'est imposé comme la figure centrale de cette élection. En 2004, il avait claqué la porte du Parti populaire libéral et démocrate, actuellement au pouvoir, pour fonder deux ans plus tard sa propre formation, le Parti pour la liberté.

Celui qui est souvent qualifié de populiste a alors durci son discours et pris pour cible les étrangers et l’islam. En 2014, lors d'un meeting, il avait demandé à la foule si elle souhaitait "moins de Marocains" dans le pays, une déclaration qui lui a valu une condamnation deux ans plus tard. Depuis, il a promis d'interdire le Coran dans les bibliothèques, de fermer les mosquées et de bloquer l'accès aux migrants issus de pays musulmans. L’homme est aussi connu pour son rejet de l'Union européenne. Il plaide pour un Nexit, une sortie des Pays-Bas de l'Union européenne, comme l'a fait le Royaume-Uni.

Le parti d'extrême droite peut-il vraiment arriver au pouvoir et former un gouvernement ?

La probabilité de voir Geert Wilders prendre la place de Premier ministre semble faible. Même si le Parti pour la liberté devenait la plus grande formation du Parlement à l'issue du scrutin, le député controversé aurait du mal à entrer au gouvernement, la majorité des autres partis ayant promis publiquement de ne pas collaborer avec lui. Il faudrait donc imaginer qu'ils changent d'avis... Ce n'est pas impossible, mais pour le moment, rien ne laisse à penser qu'ils puissent s'allier avec le parti de Geert Wilders.

Même si ce sera long et difficile, le plus probable est que Mark Rutte [actuel Premier ministre] forme une nouvelle coalition avec quatre ou cinq partis.

Philip van Praag, professeur de sciences politiques

à franceinfo

Avec une telle fragmentation du paysage politique, le prochain gouvernement devra en effet être composé autour d'une large (et fragile ?) coalition. Dans ce contexte, les partis traditionnels, comme l'Appel chrétien-démocrate (CDA) ou les Démocrates 66 (D66) et même la Gauche verte pourraient jouer un rôle clé, celui de faiseurs de rois, dans une future coalition.

Quelles seront les conséquences en Europe si Geert Wilders arrive en tête ?

Les observateurs considèrent que cette élection aux Pays-Bas est un baromètre de la montée de l'extrême droite en Europe. D'autant que plusieurs autres élections, dont la présidentielle française et les législatives en Allemagne, sont organisées cette année.

Les résultats de l'élection néerlandaise ne devront pas pour autant être surinterprétés, ni transposés à l'élection présidentielle française, explique Christophe de Voogd, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, dans une tribune au Monde. Même si la comparaison entre les dynamiques de Marine Le Pen et de Geert Wilders est tentante, le contexte des élections est différent. Les Pays-Bas "affichent aujourd’hui une économie en bonne santé, avec une croissance au-dessus de 2% et un chômage sous les 6%" et "le pays n’a pas connu de terrorisme de masse", rappelle Christophe de Voogd.

Quoi qu'il en soit, le message envoyé par les Pays-Bas à l'Europe va être scruté avec attention. Avec la possible percée de Geert Wilders, "tous les responsables du pays devront se montrer davantage prudents sur la politique européenne", estime Philip van Praag.

Désolé, j'ai eu la flemme de tout lire et j'ai scrollé vers le bas. Vous me faites un petit résumé ?

Les Néerlandais sont appelés aux urnes pour élire leurs députés mercredi 15 mars. Avec 28 partis en lice (un record !), cette élection intégralement proportionnelle promet de déboucher sur une assemblée fragmentée.

Parmi les enjeux principaux de cette élection, il faudra scruter le score du leader d'extrême droite, Geert Wilders. Ce dernier a longtemps fait la course en tête et a réussi à imposer ses thématiques, sur l'islam et l'immigration, au cœur de la campagne. Sa percée serait un symbole fort pour l'Europe. Mais même en arrivant en tête, Geert Wilders aura beaucoup de difficultés à regrouper autour de lui une coalition afin qu'il devienne Premier ministre. Tous les autres partis refusent en effet, pour le moment, de faire alliance avec lui.

L'autre homme fort de l'élection est l'actuel Premier ministre, le conservateur Mark Rutte. Son parti est donné vainqueur, selon les derniers sondages. Si c'est le cas, il devra sûrement bâtir une coalition de quatre ou cinq partis pour essayer d'obtenir une majorité au Parlement. Des tractations qui promettent de durer plusieurs mois après les résultats de cette élection mouvementée et très observée.

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