Pourquoi les municipales en Italie sont un camouflet pour Renzi

Le Mouvement 5 étoiles vient de rafler Rome et Turin au Parti démocrate du chef du gouvernement italien.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, à Rome, le 5 mai 2016.
Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, à Rome, le 5 mai 2016. (MAX ROSSI / REUTERS)
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Battu à plate couture. Le Parti démocrate (PD) n'a pu que reconnaître son échec aux élections municipales. Rome et Turin sont perdues pour le parti du chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. "C'est certainement une défaite pour nous. Avoir perdu Rome et Turin, c'est douloureux", a constaté, dépité, Matteo Orfini, président du PD. Cette déconfiture profite au Mouvement 5 étoiles (M5S), le parti qui pioche, dans ses propositions, à droite comme à gauche et tisse sa toile aux élections locales en s'appuyant sur la dénonciation d'une classe politique malhonnête. Si le M5S remporte un succès grandissant, cette défaite est en grande partie celle de Matteo Renzi. Voici pourquoi.

Son parti perd deux villes capitales : Rome et Turin

La gestion de la ville de Rome par le PD faisait l'objet de vives critiques. Le Monde rappelle la "gestion calamiteuse" de la capitale italienne par "la gauche et la droite" avec "13,5 milliards d’euros de dettes cumulées".

Dans ces conditions, l'élection de Virginia Raggi, avec 67% des voix, n'est pas une surprise. Selon Le Monde, son "inexpérience" est devenue "garantie de son honnêteté". A 37 ans, cette avocate a capitalisé sur la gabegie et devient la première femme élue maire de Rome. 

Le PD avait anticipé sa défaite dans la capitale italienne, mais la perte de Turin, bastion traditionnel du centre-gauche et berceau du groupe automobile Fiat, est un choc. Le maire sortant, Piero Fassino, un poids lourd du PD, a été balayé par une autre candidate du M5S, Chiara Appendino, 31 ans, élue avec 55% des suffrages alors qu'elle accusait 11 points de retard à l'issue du premier tour.

Le PD reste toutefois aux commandes à Milan, la capitale financière, ainsi qu'à Bologne, où ses candidats ont devancé leurs adversaires traditionnels de centre droit.

Une défaite avec une dimension personnelle

Matteo Renzi a-t-il accéléré la chute de Rome par des erreurs stratégiques ? Le chef du gouvernement "a voulu la démission de l’ancien maire Ignazio Marino, issu de Parti démocrate mais abîmé dans une affaire plutôt bénigne de fausses notes de frais", remarque Le Monde. Il a ensuite poussé Roberto Giachetti à lui succéder, espérant que son passé vierge lui serait favorable. D'abord distant, en retrait de la campagne, remarque Le Figaro, Matteo Renzi s'est finalement engagé personnellement au côté de Roberto Giachetti. En vain.

Le Monde souligne encore qu'il s'agit d'"une défaite personnelle amplifiée par celle du maire sortant de Turin, Piero Fassino, face à une autre candidate M5S, tout aussi inconnue il y a quelques mois encore que Virginia Raggi, Chiara Appendino (...)".

Enfin, Matteo Renzi "s'est évertué à recadrer les débats en répétant (...) qu'il ne s'agit pas de voter sur le gouvernement mais, ce qui est beaucoup plus important, de choisir le futur de sa propre cité", rappelle France 24. Mais il n'est pas parvenu à faire passer son message, laissant planer des doutes sur ses compétences alors "qu'il a été nommé à la tête du pays en février 2014 avec pour seul bagage politique son expérience de maire de Florence".

Une élection qui cache un autre vote décisif pour Renzi

Cette défaite laisse planer des doutes sur la capacité de Matteo Renzi à faire adopter d'importantes réformes. Réformes sur lesquelles il fait reposer son avenir politique.

En effet, les électeurs sont à nouveau appelés aux urnes le 12 octobre pour un référendum sur une réforme de la Constitution déjà approuvée par le Parlement. Elle prévoit notamment de supprimer le Sénat. Le chef du gouvernement juge cette réforme nécessaire à la stabilité politique. Il a exclu de démissionner pour les élections de juin, mais il a mis son avenir politique dans la balance pour le vote d'octobre.

Or, les municipales ont montré des convergences entre le M5S, dont l'électorat est plutôt marqué à gauche, et la droite ou l'extrême droite. Certains ténors de la droite et de l'extrême droite italienne n'ont pas hésité à déclarer publiquement leur préférence pour les candidats du M5S au second tour, un appui que le M5S s'était bien gardé de refuser. Et cette configuration pourrait se reproduire en octobre.