La France accorde un visa au cousin de Mahsa Amini : "Sa vie est explicitement menacée", affirme un chercheur spécialiste de l'Iran

Erfan Mortezai, retranché en Irak depuis un an, est arrivé sur le sol français ce samedi matin. Il avait été visé par des menaces d'enlèvement pour avoir défendu publiquement sa cousine morte après avoir enfreint le code vestimentaire iranien.
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Radio France
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Un manifestant brandit une photo de Mahsa Amini sous l'ancien drapeau iranien, à Istambul (Turkey), en octobre 2022. (BULENT KILIC / AFP)

Le visa accordé par la France à Erfan Mortezai, le cousin de Mahsa Amini - une Kurde de 22 ans morte il y a quatre mois en Iran après avoir été arrêté par la police des moeurs iranienne - montre que Paris "se positionne", estime sur franceinfo, samedi 4 février, David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Iris et spécialiste du Moyen-Orient. L'activiste kurde de 34 ans, retranché en Irak depuis un an, est arrivé sur le sol français ce samedi matin. "Ça fait partie des responsabilités du pays qui l'accueille d'assurer sa protection", affirme David Rigoulet-Roze.

franceinfo : Est-ce qu'en accueillant cet homme, la France prend parti activement contre le régime de Téhéran ?

David Rigoulet-Roze : En tout cas elle se positionne comme acceptant les demandes de ceux qui sont victimes de persécution. Le cousin de Mahsa Amini se sentait menacé. En cause : une déclaration qu'il avait faite en septembre 2022 en disant que la mort de sa cousine avait ouvert les portes de la colère populaire, en insistant sur le rôle des femmes et en disant que les jeunes Kurdes savent que si ce régime tombe, une vie meilleure les attendra. Ce sont des choses qui ne peuvent pas satisfaire les autorités iraniennes et qui expliquent qu'il ait dû fuir. C'est ce qui a motivé sa demande d'asile en France et ce qui explique qu'il soit arrivé aujourd'hui dans notre pays. [Concernant les relations entre la France et l'Iran] il y a un durcissement incontestable, on peut aller jusqu'à dire que les relations sont devenues exécrables. Ça s'inscrit sur la toile de fond de l'impasse sur le nucléaire iranien. Tout ça est source de tensions supplémentaires.

Erfan Mortezai est-il un militant très actif par ailleurs ?

C'est un militant du parti Komala, issu du parti communiste d'Iran et qui se présente aujourd'hui comme fédéraliste, social-démocrate, qui exprime des revendications - comme d'autres partis - au pouvoir central et qui est jugé comme terroriste par le pouvoir iranien.

Selon vous, est-ce que l'accueil de cet homme est aussi une réponse de la France sur la question des Français détenus en Iran ?

C'était difficile de ne pas donner suite à la demande d'Erfan Mortezai. On peut penser que tout cela n'est pas étranger avec les tensions vis-à-vis de Téhéran mais il y a un arbitrage très compliqué en la circonstance parce qu'il ne s'agit pas non plus de menacer la sécurité de nos compatriotes qui se trouvent détenus à Téhéran.

Quand il dit qu'il souhaite poursuivre son combat, donc depuis la France, l'accueillir veut donc dire le protéger également ?

Evidemment, puisque c'est lui accorder l'asile. C'est certainement le protéger dans la mesure où sa vie est explicitement menacée. Il a fait état de menaces directes à son endroit sur son compte Instagram où il était explicitement menacé d'enlèvement sinon d'assassinat, ce qui explique qu'il ait dû partir du Kurdistan où il s'était réfugié. Ça fait partie des responsabilités du pays qui l'accueille d'assurer sa protection.

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