L'article à lire pour comprendre comment la Grèce en est arrivée là

Les pays membres de la zone euro se donnent jusqu'à dimanche pour s'accorder sur un plan d'aide susceptible de maintenir la Grèce au sein de la monnaie unique, alors que le pays est aujourd'hui au bord de l'effondrement économique. 

Une femme devant une banque fermée à Athènes (Grèce), le 29 juin 2015.
Une femme devant une banque fermée à Athènes (Grèce), le 29 juin 2015. (ALKIS KONSTANTINIDIS / REUTERS)

Empêtrée dans la crise. La victoire du "non" lors du référendum organisé sur les propositions des créanciers, dimanche 5 juillet, a jeté une lumière crue sur l'état catastrophique de la Grèce.

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Mais comment le pays s'est-il retrouvé dans cette situation ? Si vous ne comprenez pas grand chose à la crise qui secoue la Grèce, voici des explications.

1On n'avait pas déjà sauvé la Grèce en 2010 ?

Si. Au printemps 2010, la Grèce est étranglée par les dettes. C'est le nouveau Premier ministre socialiste, Georges Papandréou, qui a découvert le pot aux roses quelques mois plus tôt, au lendemain des élections législatives. Le déficit public n'est pas de 6% du PIB, comme le prétendait le précédent gouvernement, de droite, mais de 12,7%. La dette publique, elle, est équivalente à 115% du PIB. La situation est catastrophique : la note financière de la Grèce chute, les marchés financiers paniquent. Plus aucun créancier ne veut prêter de l'argent.

Le 23 avril 2010, la Grèce appelle à l'aide. Un accord est trouvé avec l'UE, le 2 mai, sur un plan de sauvetage de 110 milliards d'euros. C'est le premier plan d'aide à la Grèce. Il est d'une ampleur sans précédent dans le monde. La contrepartie est douloureuse. La Grèce doit suivre une cure d'austérité drastique : gel des salaires de la fonction publique, cotisations des retraites allongées, hausses d'impôts...

La Grèce est censée faire son retour sur les marchés début 2012. Mais dès 2011, tout le monde voit que c’est impossible. Il va falloir, à nouveau, mettre la main à la poche pour prêter à la Grèce. Le pays est pris dans une spirale infernale, et la dette ne fait que grossir, grossir, grossir...

2Cette dette, elle est grosse comment aujourd'hui ?

La dette a atteint 174,5% du PIB en 2014, soit 321,7 milliards d'euros. Ce n'est pas un record dans le monde, mais c'est suffisant pour handicaper un retour de la croissance. Le grand pays le plus endetté, est, de loin, le Japon. Sa dette publique atteint 245% de son PIB. La différence, de taille, est que la dette japonaise est détenue par sa population et par sa banque centrale, ce qui évite au pays d'avoir à rendre des comptes. 

La dette grecque, elle, est détenue à 70,5% par les créanciers publics internationaux, rappelle Le Monde. Et le plus gros détenteur de la dette, c'est le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ce mécanisme permanent de soutien à la zone euro a été créé le 9 mai 2010, en premier lieu pour sauver l'Irlande. Finalement, le FESF détient près de la moitié de la dette grecque, soit 130,9 milliards d'euros, précise Le Figaro. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) en détiennent aussi une partie.

3On a prêté combien déjà, à la Grèce ?

Attention, on se lance dans les chiffres. Le premier plan d'aide, celui de 2010, est un emprunt géant sur trois ans de 110 milliards, avec 80 milliards d'euros contractés auprès de l'Union européenne, et 30 milliards auprès du FMI. Au sein de l'UE, l'Allemagne fournit la contribution la plus importante : 22,4 milliards d'euros.

Le deuxième plan d'aide est scellé le 27 octobre 2011. Il combine des prêts supplémentaires de 130 milliards d'euros, l'effacement d'une partie de la dette des banques privées (107 milliards sur 206 milliards d'euros) et leur recapitalisation. Ce plan, approuvé en mars 2012 avec une échéance prévue fin 2014, avait été prolongé jusqu'au 30 juin 2015, après la victoire de la gauche radicale (Syriza), aux élections législatives de janvier.

En deux plans d'aide, la dette grecque a changé de structure. Le premier plan d'aide a fait passer une grande partie de la dette des mains, ou plutôt des tiroirs-caisses, des investisseurs privés à celles des entités publiques, dont les pays de la zone euro. La France à elle seule détient 11,4 milliards d'euros de prêts directs à la Grèce et elle est engagée via le FESF à environ 32 milliards d'euros.

4Où sont passés ces milliards ?

Bonne nouvelle, l'argent prêté ne s'est pas évaporé. "Une partie est allée vers l'Etat grec, une autre vers les banques. Le premier a utilisé l'argent pour les finances courantes, et donc, pour boucler son budget, ainsi que pour commencer le remboursement de sa dette. Les secondes ont renforcé leurs capitaux propres", explique à francetv info Céline Antonin, économiste à l'OFCE, spécialiste de la zone euro. "Les fonds attribués ne sont jamais arrivés jusqu'aux Grecs. Ils ont surtout servi au sauvetage des banques", a déclaré Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, lors de son discours devant le Parlement européen mercredi 8 juillet.

Qui a reçu combien ? Difficile à dire. Un site français spécialisé dans l'actualité grecque, Okeanews, a récupéré des statistiques et réalisé ainsi cette projection, qui donne une idée du destin de cet argent.

 

5Alors, les plans de sauvetage n'ont servi à rien ?

C'est un peu plus compliqué que cela. Certes, les plans de sauvetage n'ont pas permis de combler le gouffre financier de la Grèce, mais ils ont évité un effondrement brutal de son économie. "Le déficit budgétaire de la Grèce était chronique. Avec les plans de sauvetage, les gouvernements successifs ont réussi à boucler le budget, année après année", souligne Céline Antonin.

Ainsi, le déficit budgétaire a chuté de 12,7% du PIB en 2010 à 3,4% en 2014. C'est, à titre de comparaison, mieux que la France, qui enregistre un déficit de 4% du PIB en 2014. La Grèce a également pu retourner sur les marchés financiers en avril 2014 et dégager en fin d'année un excédent budgétaire (hors charges de la dette), c'est-à-dire que ses recettes étaient supérieures à ses dépenses. Une première en quatre ans.

Malgré ces perspectives optimistes, la Grèce se retrouve aujourd'hui dans l'impossibilité de rembourser des échéances de prêt. Faute d'un accord avec ses créanciers, elle n'a pas pu honorer le remboursement de 1,5 milliard d'euros auprès du FMI et s'est retrouvée en défaut de paiement le 1er juillet. Cette incapacité précipite le pays dans une situation encore plus difficile, d'autant plus qu'il doit aussi rembourser, le 20 juillet, 3,5 milliards d'euros à la BCE. Peut-il y parvenir ? C'est tout l'enjeu des négociations actuelles.

6Et les plans de rigueur ? Les Grecs ont fait des efforts pour rien ?

Qui dit plan de sauvetage, dit plan de rigueur. Dans la crise grecque, les deux vont de pair : l'aide financière a été versée en contrepartie de l'application d'un plan d'austérité. Au départ, l'idée de ces plans était de permettre à l'Etat grec de dégager des recettes, afin de rembourser, un, jour sa dette.

La cure d'austérité commence en 2010. Elle se durcit ensuite, d'année en année. En 2012, le Parlement grec adopte un plan de rigueur drastique, malgré les violentes manifestations dans les rues du pays, en particulier à Athènes. Ce projet de loi prévoit, par exemple, un salaire minimum inférieur à 590 euros et une réduction du montant des retraites de 12% pour les salariés du secteur public. Depuis le début de la crise, les salaires ont baissé de 25%. Beaucoup d'efforts pour pas grand chose ? "Les plans de rigueur ont permis, eux aussi, de faire baisser le déficit public et de dégager un excédent budgétaire, même si c'était au prix de souffrances", estime Céline Antonin.

Mais ces plans de rigueur ont surtout un effet contre-productif terrible pour la situation économique du pays. "On a sous-estimé l'effet pervers de la rigueur sur la croissance", note Céline Antonin. Ces plans ont plongé la Grèce dans la récession. Depuis le début de la crise, le pays a perdu un quart de sa richesse nationale. Le ralentissement de l'activité économique a provoqué une explosion du chômage. Il touche actuellement plus de 25% de la population active, dont 50% de jeunes de moins de 25 ans. En 2014, pour la première fois en six ans de récession, la Grèce a relevé la tête en enregistrant 0,8% de croissance. Bien, mais trop timide pour créer des emplois, relancer l'activité et les recettes fiscales.

7Alors c'est de la faute de qui, cette crise ?

Difficile de désigner un seul coupable. Avec l'arrivée de capitaux étrangers et la croissance de l'économie mondiale, la Grèce connaissait un taux de croissance de plus de 4% entre 2000 et 2007. Mais l'Etat grec a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens, en se basant sur des chiffres falsifiés par les gouvernements qui se sont succédé avant 2009, volontairement ou par négligence. 

Certains analystes affirment que c'est l'entrée de la Grèce dans la zone euro qui a déstabilisé l'économie du pays. La crise financière de 2008 est aussi passée par là. Il faut ajouter à cela les défauts structurels de l'Etat grec et un manque à gagner fiscal dû à la fuite illicite de capitaux. Avec les plans de sauvetage, la pression du FMI et de l'Union européenne n'a fait qu'aggraver la crise. Les créanciers de la Grèce portent donc eux-mêmes une part de responsabilité dans cette impasse.

8Et maintenant, est-ce que la Grèce peut s'en sortir ?

La réunion de l'Eurogroupe et le sommet des dirigeants de l'Union européenne prévus samedi et dimanche pourraient bien être la dernière chance de trouver une issue à cette crise. Trois scénarios se dessinent : un accord entre la Grèce et ses créanciers sur un ensemble de réformes et de mesures d'austérité qu'Athènes appliquerait en contrepartie d'un troisième plan d'aide ; une sortie de la zone euro négociée ; son éviction pure et simple de la zone euro.

Pour Céline Antonin, tout n'est pas perdu. "Les réformes n'ont pas été initiées de la bonne manière. Il faut construire une administration fiscale forte pour récolter l'impôt, limiter l'évasion fiscale et augmenter l'âge du départ à la retraite. Ces mesures permettraient de récolter de l'argent", indique-t-elle. L'économiste cite l'exemple de l'Italie, qui a missionné des brigades dans les restaurants pour lutter contre la fraude fiscale. Mais ces mesures ne sont pas toutes aussi simples à mettre en œuvre. Elles dépendent aussi de la volonté politique. "On ne veut pas fâcher l'électorat", glisse Céline Antonin.

C'est tout l'enjeu pour le gouvernement d'Alexis Tsipras, au pouvoir depuis six mois seulement. Il semble l'avoir compris. Athènes s'est engagée, mercredi 8 juillet, à réformer dès la semaine du 13 juillet son système de retraites et sa fiscalité pour obtenir de ses partenaires européens un prêt de trois ans couvrant les remboursements de sa dette.

9J'ai eu la flemme de lire l'article en entier, vous pouvez me faire un résumé ;) ?

Prise à la gorge par les dettes, la Grèce a fait appel à une aide internationale en 2010. Elle a bénéficié d'un premier plan de sauvetage sous la forme d'un emprunt de 110 milliards d'euros. Mais cela n'a pas été suffisant pour améliorer sa situation. Un deuxième plan d'aide a été scellé le 27 octobre 2011. Il combinait des prêts supplémentaires de 130 milliards d'euros et l'effacement d'une partie de la dette des banques privées (107 milliards sur 206 milliards d'euros) ainsi que leur recapitalisation. En contrepartie, la Grèce a appliqué des mesures d'austérité drastiques dans le pays, au grand dam de la population.

Ces plans de sauvetage et de rigueur ont permis de faire baisser le déficit public et de dégager un excédent budgétaire. Mais ils ont pénalisé la croissance, faisant plonger l'économie grecque dans la récession et entraînant une hausse massive du chômage. Ils n'ont pas, non plus, fait baisser la dette, qui continue d'augmenter. Cette situation a mené la Grèce dans une impasse. Le sommet de la zone euro prévu dimanche pourrait bien être la dernière chance de trouver une porte de sortie, si petite soit-elle, à cette crise.