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Crise grecque : à qui la faute ?

A quelques jours du référendum grec sur les propositions des créanciers, francetv info démêle les responsabilités des différents acteurs de la crise grecque. 

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Des manifestants anti-Union européenne à Thessalonique (Grèce), le 1er juillet 2015. (ALEXANDROS AVRAMIDIS / REUTERS)

La Grèce est plus que jamais au pied du mur. Dans une allocution télévisée, mercredi 1er juillet, le Premier ministre, Alexis Tsipras, a confirmé la tenue du référendum prévu dimanche prochain. Il a appelé les Grecs à voter non aux propositions des créanciers du pays, l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). "Le non ne signifie pas une rupture avec l'Europe, mais le retour à l'Europe des valeurs. Le non signifie une forte pression" pour continuer les négociations, a-t-il affirmé.

La Grèce tente de débloquer une extension de l'aide financière européenne. A court de liquidités, Athènes n'a pas pu honorer, mardi 30 juin, le remboursement de sa dette de 1,5 milliard d'euros auprès du FMI. A qui est due cette impasse ? 

A l'intransigeance du FMI 

Le Fonds monétaire international a une "responsabilité criminelle" dans la situation actuelle de la Grèce. Ces mots accablants ont été prononcés par Alexis Tsipras, le 16 juin, rapporte le Guardian (en anglais). Depuis, refusant toujours de transiger, l’institution internationale a refusé les dernières propositions déposées le 21 juin par Athènes. Incapable de rembourser les 1,5 milliard d’euros qu’elle doit au FMI, la Grèce s'est retrouvée en situation de défaut de paiement, mardi 30 juin.

Un grand nombre d’économistes fustigent la rigidité de l'institution. "A quoi joue le FMI en Grèce ? Veut-il punir Syriza, forcer la Grèce à faire défaut pour donner l’exemple ?" s’insurge le prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman, dans les colonnes du New York Times (en anglais). "Ces dettes grecques ne seront jamais payées et il faut cesser de se réfugier dans le déni", explique de son côté l’éditorialiste François Lenglet aux lecteurs de francetv info. Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur général du FMI, a lui-même milité pour que la Grèce puisse bénéficier d'une réduction nominale massive de sa dette, dans une note publiée sur Twitter. 

 

"Le FMI est dans son rôle, il est le prêteur en dernier ressort et réclame toujours son remboursement avec dureté, nuance Céline Antonin, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), contactée par francetv info. Si la construction européenne était plus avancée, on pourrait se passer du FMI. Il est toujours plus facile de régler les problèmes entre amis."

A la négligence de l’Union européenne

Dans le naufrage grec, l’Union européenne n’est pas exempte de responsabilités, selon les spécialistes. "Depuis l'entrée de la Grèce dans la CEE, le 1er janvier 1981, il n'y a eu que négligence et tolérance", estime Georges Prévélakis, professeur gréco-français de géopolitique à l’université Panthéon-Sorbonne.

"On a considéré la Grèce comme un petit pays marginal avec une admiration romantique pour son histoire antique et, à ce titre, l'Europe a accepté d'apporter à la Grèce une sorte de rente économique et symbolique, longtemps avant l'euro", assène Georges Prévélakis, qui est aussi le représentant de la Grèce à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Conséquence de ce soutien financier de l’Europe : une fragilisation croissante de l’économie grecque et une totale dépendance vis-à-vis des subventions européennes. "Tout le monde savait que la croissance venait de l'argent européen accordé sans contrôle et distribué par l'Etat, explique le géopolitologue. C'était une fausse prospérité. Les capacités de production grecques se sont effondrées, le pays a tout acheté à l'étranger, ce qui arrangeait bien les pays européens qui exportaient."

A la rigidité de l’Allemagne

Consciente de la fragilité de l’économie grecque, l’Allemagne a été le fer de lance de la rigueur européenne imposée à la Grèce. Depuis le début de la crise dans le pays en 2009, les Grecs ont subi huit plans d’austérité en échange des programmes d’aide internationale. Malgré tout, la dette ne cesse de croître et atteint aujourd'hui 175% du PIB, contre 125% au début de la crise.

La chancelière Angela Merkel a fermement exclu, mercredi 1er juillet, de chercher "un compromis à tout prix" avec la Grèce, estimant que quoi qu'il arrive, "l'avenir de l'Europe n'[était] pas en jeu". "L’Allemagne s’oppose à toute annulation de la dette grecque, parce qu’elle craint une contamination aux autres Etats membres qui souffrent de la crise, comme le Portugal ou l’Espagne, explique l'économiste Céline Antonin. Intransigeante, elle refuse de fragiliser l’euro."

Son économie étant basée sur l’exportation de biens à forte valeur ajoutée, l'Allemagne a intérêt à maintenir un euro fort. A l’inverse, l’économie grecque, qui repose, entre autres, sur le tourisme, n’est pas avantagée par un euro fort.

A l'euphorie de la naissance de l’euro

La Grèce fait son entrée dans la zone euro le 1er janvier 2001. Un péché originel, selon certains économistes, qui aurait contribué au gonflement de sa dette. 

"La Grèce a été conduite à dépenser bien davantage qu'il ne le fallait et à détériorer sa compétitivité par le climat d'euphorie artificielle du début de la construction monétaire européenne, c'est-à-dire de 1999 à 2007”, expliquait l’éditorialiste François Lenglet aux lecteurs de francetv info.

"Dans cette période, l'optimisme déraisonnable des marchés financiers a conduit tous les pays d'Europe du Sud, France y compris, à oublier les règles de base de la gestion économique, détaille l’économiste. Mais c'est la Grèce qui a connu les plus forts déséquilibres."

Aux mauvais choix des gouvernements grecs

Les analystes s’accordent pour pointer du doigt les dysfonctionnements structurels de l’économie grecque. Au moment de l'entrée du pays dans la monnaie commune, la santé économique de la Grèce ne remplissait pas les conditions exigées par les instances européennes. “Les comptes avaient été maquillés par des transactions financières illégales. La Grèce a fait disparaître artificiellement ses dettes, grâce à des échanges de dettes avec plusieurs banques, dont Goldmann Sachs”, explique Christian Jimenez, président de la société de gestion Diamant Bleu Gestion.

Lors de son arrivée au pouvoir à l’automne 2009, le Premier ministre Georges Papandréou découvre l’ampleur de la dette dissimulée par l’ancien gouvernement. Pour redresser les comptes et tenter de ramener le déficit grec sous la barre des 3% du PIB, le nouveau gouvernement socialiste enchaîne les plans d’austérité. En vain.

"Le problème de fond de l'Etat grec n’est pas l’insolvabilité, mais son incapacité à lever l’impôt comme il se doit, tranche Christian Jimenez. Trop d'acteurs économiques ne déclarent pas ce qu’ils touchent et ne payent pas leurs taxes. Le PIB grec est totalement biaisé, parce qu’il ne prend pas en compte l’importance de l’économie souterraine qui ne cesse d’augmenter." Contrôler cette économie souterraine : voilà l’un des grands défis du gouvernement d’Alexis Tsipras.

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